Là-bas, tu sais !

Il y a une route qui part de nulle part
Les nuages auraient besoin d’une pompe
Pour les regonfler alors que la pluie allume
Les herbes folles sur le goudron
Cette route serpente entre nos idées noires
Elle mène à un torrent de nostalgie
Et lorsque la Cadillac s’arrête sous les trombes d’eau noire
Cette route disparaît, et nous laisse pantelants,
Aux prises avec le rire des anges et le secret d’un monde bleu –
Et fier d’être foulé aux pieds par des âmes plus lasses que nous
J’ai emprunté cette route, c’était il y a dix ans
Il n’y avait que des ombres grises sous la pluie
J’ai essayé d’attraper le bras de l’une d’elle
Elle m’a chuchoté dans la langue de mon enfance
Quelque chose que je faisait semblant d’oublier :
« La vie est un monstre tapi dans le creux de nos souvenirs
Qui se laisse amadouer par une course folle,
Une voiture lancée à pleine vitesse sous une lune de neige »
Je me suis sentie triste, sur le chemin du retour – mais y avait-il un retour,
Alors que perdue entre les feuillages denses, à la recherche du ciel,
J’ai entrevu ton regard fugace, comme un jaguar blessé
Disparu dans une brume sombre qui était la jungle de mes peurs
Et j’ai mis le contact. J’ai roulé des heures. La vie tressautait sous mes roues.
Les trombes d’eau devenaient des silences fiévreux
Et les fleurs blanches perdues le long des tombeaux
Sur le bas-côté de la route blanche elle aussi,
M’ont indiqué le chemin vers une dernière halte
Le sourire d’un ami m’attendait, perché sur un monticule de terre
La Cadillac était égratignée, mes bras saignaient, j’ai pris mon ami dans mes bras,
Je lui ai fait promettre de m’accompagner le long de cette route
Là bas je lui ai dis là bas tu n’imagines pas
Ton cœur est trop pur et tes yeux trop mouillés par les gouttes de pluie
Qui dégoulinent sur tes cils blancs
Là bas tu n’imagines pas, loin derrière les vents hurlants
Il y a une route qui ne mène nulle part.
Cette route je l’ai empruntée en traversant la mort
Et les gués du temps, et les souvenirs que la mémoire agite
Comme le sable d’un sablier doré par nos rires.

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