Le champ d’Hélianthes

Une goutte de myrte mon sang dans la nuit
J’ai tracé une croix blanche sur ma poitrine
Mon cadavre reposait comme une brume
Dans un champ d’Hélianthes

L’encre des fleurs bleuissait ma chair fantôme,
Tu m’as emmenée prendre feu dans les montagnes
Nous avons survolé l’enfer, et le gué du temps
Et les étoiles qui peuplent les ciels inversés

Ta voix d’évangile a coulé dans ma nuque
Ta main a éteint les fumées de cristal
Et la nuée humide de mes regrets,
Nos spectres s’attardaient près d’un port – il faisait nuit

Le moteur du bateau volé, je l’ai coupé,
Je me suis approchée de ta nuque grise
Tu bégayais en observant le phare
Et tu t’es adressé à moi ; quand le soleil s’est tu

Où est passé le métal de la voix des Dieux ?
L’as-tu fait fondre pour payer l’amarrage ?
J’ai pris ta main je l’ai posée sur l’eau
Les vagues nous ont surpris, le temps s’est arrêté

Je vais voler chaque lueur de cette ville morte
Pour tracer à ton destin un chemin lumineux
Et redessiner les contours de la nuit
Mais voilà que quelqu’un vient – plus un bruit !

No man’s land

Les stroboscopes racontent l’histoire d’un pyromane
Rendu fou par les lumières de la ville
Dans cette cité — nos exercices de moralité
Sont comme des serments d’amour fragile
Aussi inutiles qu’une averse d’eau bénite
Dans un no man’s land de cathédrales
Loin de la rampe d’accès à l’autoroute
Un chanteur flingue un tube des années 90
J’ai pris un Valium pour oublier le goût
De la lumière sur ma peau blanche
M.T.V résonne dans le chalet en pin
De la poudre sur la carte postale
Les enfants qui applaudissent Noël
Ont les yeux vitreux du crime organisé
Et je bois un pepsi en oubliant ton nom et Sunset boulevard
Le juke-box passe une chanson de mon adolescence
Une fille aux cheveux ultra-courts accoudée au flipper
Me regarde comme si j’étais un train en marche pour l’enfer
Je vais m’endormir la beauté de la nuit se perd
L’amour – une satanée bouffée de cigarette
Et ce goût qui vous prend à la gorge
Des lunettes de soleil roses
J’ai brisé mon miroir de poche
En embrassant le barman du Avalon
Les ondes de chaleur
Emeuvent les stores de cette pièce
J’ai versé mon gin tonic sur la plaie ouverte
De ton souvenir —
L’amour est la violence la plus pure
Une neige de meth sans couronne mortuaire
De ton visage j’ai fait un ciel pour mon âme
Des tes yeux un tunnel pour ma liberté
Je parcours le monde en me rappelant tes rêves
Je me défends contre la mort en murmurant ton nom
Et quand la vie me glisse des mains comme une écharpe de soie,
Que mon destin semble s’échapper sur des chevaux de feu
Qui galopent sur la prairie insensée de mes songes
J’implore les Dieux insincères de me laisser te faire une dernière prière
De retour sur la plage, sous un soleil rougeoyant :
Allez, monte le volume de la radio
Laisse-moi te parler de la folie
Et des larmes bleues de Los Angeles

Les stroboscopes racontent l’histoire d’un pyromane
Rendu fou par les lumières de la ville
Dans cette cité — nos exercices de moralité
Sont comme des serments d’amour fragile
Aussi inutiles qu’une averse d’eau bénite
Dans un no man’s land de cathédrales

L’étoile pourpre 1

—Tu as écrasé un bout de scone, je lui ai dit, et elle m’a lancé un regard désespéré.
— Ma chérie ?
              J’ai pensé à l’aspirateur que Doumya passerait le mardi suivant. J’ai regardé la peau de mon avant bras : lisse, pas une ride. Le seul endroit de mon corps qui eut échappé au scalpel du Diable. Puis, je me suis massé les pommettes.
— Oh, les scones, elle a répété en mâchonnant, d’un petit rire de chèvre. Les scones… Ils sont friables.
              J’ai regardé son teint vitreux, ses cheveux noirs tirant sur le verdâtre, effilés, tombant comme des arbres morts sur chaque côté de ses joues rehaussées d’un bronze tapageur.
Elle a regardé mon parquet luisant d’un oeil torve. Doumya vient mardi, non, jeudi. Je réfléchissais, en touillant mon thé noir. L’odeur de la cardamome me parvint aux narines, comme une promesse de légèreté. L’air vint s’engouffrer dans le col de ma marinière. Je soupirai. Il faut que mon mari s’occupe du jardin. Je regardai la photographie. Pourquoi les hommes partent-ils avant nous ? La mort, je l’oublie tellement. Quelle ingratitude d’être parti si tôt. Je me revis aux fourneaux, en tenue de soirée, le défilé de touts les habits qui avaient colorés mes années de jeunesses se transformèrent en souvenirs, puis en larmes. Mon amie pour me changer les idées entrepris de me questionner sur le jardin.
— Ce n’est tout de même pas Doumya qui s’en occupe ? Elle partit d’un nouveau petit rire sybillin, laissa tomber un nouveau bout de scone.
— Ce n’est rien, je masquai mon agacement, par frayeur de la voir se tendre de toute sa mollesse pour le récupérer.
Au-delà de nos enfantillages, la neige tombait délicatement sur le jardin. La pelouse, grillée par le manque d’entretien, se recouvrait d’une fine couche de froid, comme une seconde chance. Je respirai l’odeur du thé noir et fermai les yeux. La voix de mon amie me réveilla :
— C’est quoi ça ?
              La harpie s’était levée. Elle avait trouvé, je ne sais comment, un certificat que Doumya en rangeant, avait laissé traîner sur une pile de documents. Je suffoquai et toussai.
— Laisse.
              Elle se rassis et croqua dans un bout de marbré, je fermai les yeux à nouveau, pour ne pas entendre le bruit du gateau sur le plancher, pour ne pas sentir l’agacement me monter à la gorge, pour éviter ces larmes, que la vue du certificat avait fait ressurgir. Si mon amie eut été psychologue, je l’aurais su, pourtant, elle me demanda d’une voix où perçait plus le reproche que la curiosité :
— Tout de même, « l’étoile pourpre », en voilà un nom. D’après le certificat, mais… Ce ne peut être vrai…
— Qu’est-ce qui ne peut être vrai ?
— Que tu possèdes une étoile, ma chérie.
              Je lançai un regard désespéré à la neige à l’horizon, comme si la matière gelée eut pu à cet instant m’emmener dans ses mains blanches loin de ce petit appartement confiné dans le confort de la région parisienne.

Une idée vertigineuse

J’étais allongée sur mon lit les bras en croix. Soudain, le plafond s’est effondré sur moi. J’ai sursauté. J’ai cru que ma dernière heure était arrivée. Mais la mort était assise sur un gravat. Elle me regardait d’un œil morne.
— Je te reconnais, tu es la mort, j’ai rigolé.
Je me suis levée, j’ai épousseté mes vêtements. J’ai enjambé les ruines de ma chambre. Je suis sortie le soleil faisait un doigt d’honneur à la nuit. Il était cinq heures du matin, il brillait comme une âme amoureuse sur le bleu de la ville. Je me suis hâté de sortir complètement des décombres de mon immeuble. Il y avait des ombres brillantes un peu partout. Des filets pourpres qui dégoulinaient jusque dans des flaques de soleil J’ai regardé la seule étoile restée brillante et j’ai cligné des yeux. L’étoile a disparu et un avion a surgi devant mes yeux. Il s’est rapproché et m’a transpercée.
— Je ne saigne pas, la mort. Pourtant, un avion m’a traversée.
Elle a éclaté de rire, puis a sorti de sa manche un jeu de cartes.
— Tu veux jouer ?
Mais je n’étais pas d’humeur à m’amuser. La guerre ravageait mon crâne, j’avais des bourdonnements dans le cœur.
— Où on va, je lui ai demandé ?
Elle m’a pris par la hanche, et nous avons survolé la ville.
Les gens nous regardaient, les yeux écarquillés. Une jeune fille a agité un drap blanc sur notre passage. La mort lui a touché le front et la fille s’est affaissée sur le sol.
— Je suis morte, c’est pour cela que tu m’emmène ?
J’ai regardé le visage de ma compagne. Un beau visage, quelques rides, des traits nocturnes, pas une once de malice. J’ai eu envie de me confier à elle.
— Je l’aimais, tu sais.
— Je sais.
— Mais maintenant…
— Plus rien n’a d’importance. Je sais.
Nous avons discuté bras dessus, bras dessous, en volant à l’oblique au-dessus des toits cuivrés et vert sombre. La mort voulait que nous allions manger un peu alors nous nous sommes posée dans une clairière. J’ai rouvert les yeux et je me suis aperçue qu’il s’agissait d’un parking. L’odeur d’urine le disputait à celle du gazoile. J’ai réfléchi un instant, j’ai regardé l’intérieur de mon poignet.
— Je commence à disparaître, la mort. Je l’aimais tu sais.
— Je sais.
— Mais maintenant…
— Suis-moi.
Elle m’a emmenée sur la terrasse d’un grand hôtel. Ca faisait mal aux yeux, tellement il y avait de lampes étincelantes dans l’hôtel. Le vent lui-même n’avait pas réussi à entrer en tenue de bal. Les convives soupaient à l’étage du dessus. Et sur la terrasse, devant la piscine, je sirotais une vodka à l’orange. Je jetai la fin de mon verre dans les remous noirs de la piscine.

— Je veux bien jouer aux cartes.
Il s’agissait de lancer chaque carte du haut de l’hôtel, qui faisait bien une douzaine d’étages, et de souffler la main penchée vers les nuages, pour envoyer une sorte de fumée magique, qui noircissait la carte puis la faisait disparaitre dans un tourbillon de fumées sombres.
— Tu n’as jamais joué à ce jeu, je parie.
Elle me fit un clin d’œil.
Cette nuit, je l’écoutai me raconter sa vie d’avant. Comment elle avait fui un pays en guerre avec son petit frère. Comment Dieu l’avait chargée de la mission d’accompagner les âmes déchues, une fois là-haut.
— Il y en a beaucoup qui font ton travail ?
— Oh, tu sais. Ce n’est pas spécialement bien vu, d’être la mort. Nous sommes beaucoup dans mon cas. Nous essayons de faire changer les choses, mais…
Mon regard fut happé par un obus bleu qui traversait les nuages comme une idée vertigineuse. Je tendis le bras pour l’attraper, mais la mort retint ma main.
Je frissonnai. Le contact des doigts de la mort était glacial mais agréable. Je sentis une odeur, celle de mon enfance et je levai les yeux vers elle. Alors, elle m’embrassa.
— Tu n’es pas sensée…
— L’amour. Qui peut dire qui peut le ressentir et pour qui ?
— Tu es toi-même…
— Toi et moi, nous ne sommes plus de ce monde, fit-elle, en décrivant un arc de cercle de sa main. Les bombes tombaient comme des notes de piano. Le ciel avait pris une couleur violette qui tirait vers le pourpre. Déjà, elle m’embrassait à nouveau, et je fermais les yeux.
Je me revis sur mon lit les bras en croix. Je revis le visage sombre d’un homme, qui m’avait jadis plu. Tellement plu que je lui avais offert ma vie. Je me revis devant lui :
— Je reste.
— Tu pars.
— L’un de nous deux doit protéger ce quartier. Tu pars.
Il était parti, les mains humides de sueur, le visage plein de suie. Je savais qu’il ne m’avait jamais aimée. Mais quand je l’ai vu se retourner, depuis ma fenêtre au dernier étage de l’immeuble, j’ai su que cela n’avait aucune espèce d’importance. Et les oiseaux blancs avaient joué entre les éclats de balle. J’étais trop loin pour entendre les cris des hommes sur la grand place. J’avais fermé les yeux, j’avais pensé à lui sur mon lit, les bras en croix.
— Est-ce qu’il est en lieu sûr, je demandai à ma compagne.
Elle avait les yeux rouges d’avoir pleuré. Je compris que je lui plaisais.
— Il est loin d’ici. Ne t’inquiète plus pour lui.
Nous survolâmes à nouveau la ville. Le matin avait dissipé la candeur de la nuit. Les bombes tombaient dans un roulement de tambour militaire. Je priai pour que notre voyage dure toujours. Mais quand j’ouvris les yeux, je compris que j’étais prisonnière des décombres. Un filet de sang coulait sur mon nez. Une femme l’étage du dessus saignait et le sang gouttait sur mon visage. Je fermai les yeux et pensai à la mort. Je l’invoquai, comme une prière pour les vivants. Puis je rouvris les yeux et je vis son visage. Je chuchotai :
— Est-ce qu’il est en lieu sûr ?
Et l’immeuble s’effondra comme une tornade de sable.

Faro

Le porto refluait dans mes veines. Je vomis une première fois et l’écume mousseuse se teinta d’un carmin éblouissant. J’étais aveuglée par le soleil d’août. Les dunes de sable me parlaient, elles me disaient toutes « arrête ton char, descends de ta planche » alors j’ai trainé mon surf. Ma main saignait. Il y avait plusieurs surfeurs derrière moi, tous des pros. Ils me regardaient tirer la langue, la main en visière vers le n’importe quoi. Et puis, quand j’ai eu fini de remonter mon surf, j’ai vomi à côté de la planche tout le porto d’hier. Le soleil faisait un corridor de lumière à la plage. Des avions volaient bas et grisaient de leur ventre ballonné une fraction de l’océan. Je me suis allongé, j’ai mis mes bras en croix, et j’ai agonisé quelques instants « Pourquoi tu ne m’as pas rejointe ici ? Je sais que tu aimes l’ordre, et la poussière qui brille sur les souvenirs bien organisés, mais je t’aime, et je » et je vomis le reste du vin sur une petite plante frêle. J’arrachai la plante au milieu du vomi, et commençai à la mâchonner, à moitié happée par le parfum de iodine et de sang qui se dégageait de ma main. Je remarquai une éraflure à ma cuisse. Le ciel brillait comme un œil de prêtre, bienveillant, mais réprobateur. Je me levai, chancelante, pris mon sac sur l’épaule. Le bus partait à une demi-heure de marche de la plage. Je hâtai mon pas et lui couru après sans effet. Je finis par longer le sentier de la plage jusqu’à Faro, la capitale de l’Algarve. Brandissant comme une épée mon téléphone dont la batterie suffoquait, j’envoyais quelques messages.

J’avais consulté le tableau de vols en partance de Paris. Le prochain avec un nom accorte de destination s’envolerait dans quelques heures pour l’extrême sud du Portgual. Je rangeai quelques affaires qui trainaient chez moi, renonçai à faire la vaisselle, et me barricadai dans un cyclone de pensées dépressives. Qui sait si je n’oublierai jamais cet homme ? Je traînai ma valise d’escalators en marches puantes, embaquai sur le vol XXXX pour Faro. Quelques heures plus tard, j’étais sur le toit en terrasse d’un hotel. Près de la piscine qui me faisait les yeux doux, je sirotai un martini pêche en réfléchissant à l’inconséquence de l’amour. Ainsi, deux êtres que tout rapproche ne pourront jamais passer l’éternité dans un caveau l’un près de l’autre, puisque l’un d’entre eux n’est pas d’accord pour cette union. Je levai les yeux, un avion passa juste au-dessus du toit.

Comment oublier quelqu’un en quelques jours ? C’est le pari que je m’étais jeté à la figure comme de l’acide en venant ici plonger mon désespoir dans l’eau glacée – même les combinaisons ne vous empêchent pas de grelotter. Ma première décision fut de me brancher sur une application de rencontre. J’hésitai entre un portugais, un allemand et un anglais pour passer ma soirée, quand je résolus de donner la primauté aux citoyens locaux. Je m’ennuyai quelques heures avec le portugais, les battements de mon cœur s’intensifièrent au moment où il m’offrit une bouteille de vin pour me remercier de la soirée. En rentrant dans mon hôtel, j’avisai le barman, j’allai lui parler. Nous passâmes la nuit ensemble, lui, moi, mon téléphone dans ma main droite.

Je ne pouvais m’empêcher d’envoyer des messages éloquents à Sh… Il les recevait, ne les lisait plus. J’étais sur un bateau, entre Faro et l’île du Phare. Je marchais sur une île anonyme. Le vent me gifflait et me faisait promettre de l’oublier. Mais je photographiais une plage, un enfant, un marchand de glace, et lui envoyai, comme des promesses de sincérité et de bonheur artificiel. Un vol de flamand rose au-dessus d’un banc de pierres me rappela combien j’étais calme avant de l’aimer

Je revis ces derniers mois, passés à écrire un roman de 500 pages, une longue déclaration d’amour, son incrédulité, son regard plus transparent que l’insipidité qui étrangle le quotidien. Mes tentatives pour ranimer une flamme qui n’avait jamais existé par mes mots. Son manque de passion. Son absence d’émotions.

Je visitai toutes les églises de Faro, volant de l’une à l’autre comme une mouche attirée par du vin. Jésus me fit les gros yeux, je répondis en mastiquant un chewing gum, que je collai dans la nef des mariages. Eh quoi, je ne peux pas avoir l’homme que j’aime, à quoi bon sanctifier ces lieux d’union sacrée de mon respect ?

5 March 2022 (A poem by Nuri Jahanara) English Original & French Translation

Ecoute,

Ecoute-moi,

Faisons cesser cette guerre.

Cesser les combats, la haine. Allons plutôt sourire à la distance qui demeure

là telle une montagne rocheuse entre toi et moi,

Dans l’eau,

Qui te submerge comme une vague de joie ;

Vois ce que nous sommes :

Cette eau

du Gange, et de l’Amazone, qui s’élève jusqu’à surplomber

les forêts sur le rivages en broderies de bananeraies

l’aloe vera qui s’enracine sur le bois et atteint ton torse,

ta présence en battements de cœur tout autour de moi,

cet instant crépusculaire à la lune embrumée

tout cela fait partie de nous et nous mène l’un à l’autre pas après pas.

Et en tout cela, toi, et moi :

Le blanc bleuté du ciel d’automne,

Les ombres luxuriantes des fleurs sauvages, des arbustes,

La crique, et ses bras d’eau qui atteignent chaque lieu tout autour de nous,

tandis que nous patientons en paix, alors que tu essaie de soumettre la marée que je suis devenue,

les étés de mousson, les printemps surgirons,

je les caresserai de ma tendre folie

au milieu de mes pleurs, désirant plus de toi,

alors que tu t’enfonces en moi, qu’une fontaine de baisers me recouvre.

Mais cela peut ne pas être réél.

Dans ce combat peu à peu nous nous réduisons l’un l’autre à néant,

Au lieu du nectar, nous nous gorgeons d’une eau au goût de sang

Nous attendons en vain que quelqu’un vienne nous extirper de ce cauchemar, en donnant naissance à,

Tu vois,

Toi, le canon fondu dans l’action,

Et moi cette femme avec un utérus volé, un fœtus,

Baigné dans la semence et le sang,

Les jambes écartées, les yeux révulsés,

La poitrine lacérée,

Sur cette terre désertée par tous !
Tandis que les bombes atomiques ont remplacé les cœurs,

Qu’un millier de baiser ont laissé des traces au milieu d’une pluie de balles,

Les missiles nous ont remplacés, les microbes asphyxient les nuages brillants,

Comment savoir si nous avons été en vie jadis ?

Si nous nous sommes jadis offert des pluies de fleurs l’un à l’autre ?

Laissons les graines se transformer en arbres,

Extrayons de la terre nourricière un peu de bonheur.

Comment le sauras-tu,

de poussière à poussière

du sang au sang,

d’une particule à une autre particule,

que ce vent qui se brise sur les roches de la montagne,

c’est moi

partie à ta recherche ?

Jahanara Nuri 05 March 20
Translation / Traduction : Nina Cabanau

5 March 2022

Listen

Listen once,

Not war.

Stop fighting, hate. Rather let’s smile at this distance, which remains

Your rocky range and mine

In the water,

Which is crashing on you like a wave of joy.

See what we are:

This water

of the Ganges, and the Amazon, rising through me,

the forests on the shore embroidered by the banana plants,

the aloe vera that grows on the wood to your heart,

the engrossing you all over me,

the twilight moment of misty moonlit,

all are us inch by inch pulled towards each other.

Within everything, you, and me:

The blue and white of the autumn sky

The deep green shade of wildflowers, bushes,

The creek, extended arms of everything around

waiting in peace, as you ride my tide,

bring monsoon and spring,

caress with tender madness

of stroke,

crying for more of you,

as you dig deep, the fountain of kisses covers me.

But this may not be the case.

Little by little in battle we tear each other to pieces,

Instead of nectar, drink water that has turned blood,

When we keep looking for someone to save us from this nightmare, we gave birth to,

see:

You, the iron-mold canon,

the woman with raptured womb came out a foetus,

bathed in semen and blood,

legs spread, eyes gauged out,

breast sliced,

in the no man’s land!

When there are the atomic bombs, instead of the heart,

where a thousand kisses are traced through bullet rain,

missiles replace us, germs rot our clouds of dust,

How do we know once we were alive?

Rained flowers on each other?

Let the seeds grow into trees,

and dug happiness from mother earth?

How will you know,

from dust to dust,

from blood to blood,

from particles to particles,

that crazy wind breaking itself on the rocks of the Mountain,

is me,

in search of you?

Jahanara Nuri 05 March 20

The Possibility of an Island

I watched the sun splash the Seine. The candelabras of the Alexandre III bridge were taking on coppery hues. The evening was about to fall. A cloud seemed to change shape, to stretch out lasciviously and take on the appearance of the woman I loved. She was holding out her arms to me in a kind of daydream. Except that I didn’t have a wife, I didn’t have the courage to tell the one who animated my nights without bottom that she made me dream.

I took my phone and sent her twenty messages in a row to explain to her the beauty of the evening that falls, red and dancing, on the boats of Paris, to show her by A plus B my exhaustion to plunge my soul in the ocean of the night in her absence. I spoke to her about the wind, the sun, the moon, what do I know, she answered me three hours later laconically.

I climbed the steps leading to the Basilica of the Sacred Heart. Once inside, I wanted to light a candle for all the feelings that, like trains, leave our souls for a journey without return. I looked up at the ceiling. Suddenly, the building shook. I looked up into the nave. The tourists had disappeared and the interior was pitch black. Only a small candle was lit in front of the altar. I reached for it, like a ghost haunted by its living past, and grabbed it. Just as my fingers were burning on the pink flame, a thunderous voice was heard in the religious monument:

— You!
I took a step backward, and a shadow passed over me. I slumped into one of the wooden chairs in the church, exhausted by this unlikely adventure.
The ghost suddenly took on human form. I saw it stretch out and take on the features of the woman I loved, then of my mother, then of Jesus. I stretched out an angry fist in the darkness:

— What are you playing at, spirit of woe?

I came to tear you away from your imbecility, whispered the spectre, and he wrapped his long smoke trail around my chest. I shivered, I was cold, the adventure was freezing the blood in my veins consumed by love.

The ghost burst out laughing. I closed my eyes and slumped to the cold ground. I was thinking about the last time I had made love to a woman, when the sound of a bird singing woke me up. Around me, the sun was burning an ash-colored cornfield. An opaque moon was gradually disappearing in the grey clarity of the pearly sky. I looked for Paris, but the brilliant blue sky told me that the ghost had taken me on a journey of no return. I felt my pocket. My phone was still there. I tried again to send a burst of messages to the young woman who was making me dream. But an old man snatched the phone out of my hand as I waved it toward the sun to get service.

—Who are you stranger?

—Where am I?

In the distance, the ocean was receding with a drumming sound.

—Southwest Pacific. You must have come to the Solomon Islands with the last shipment of rosewood.

—Am I on an island?

—You are on the possibility of an island.

—The…

—The Solomon Islands and Makira exist only in your heart. You visited them as a child to escape your parents’ slap. Since then, you have forgotten about this asylum. Your encounter with the Devil in the basilica led you to me.

—The Devil?

—God delegates to him all the boring matters of the heart, which he doesn’t feel like dealing with. The Devil is just trying to help you forget a woman.

—I will never forget her!

I ran away. I knew, having memorized it as a child, that the Solomon Islands are a double chain of islands separated by a channel, including the islands of Santa Cruz, Makira, Malaita… and Ysabel, named after the woman I loved.
In the distance I saw the smoke of a volcano fading into the calm morning. I clenched my fists and realized that my phone was still there. I tried compulsively to send a message to Ysabel, to tell her about this adventure, but she didn’t answer me. I continued on my way, brushed by children holding a small dog on a leash. The capital Honiara surrounded me with its low buildings. The forest left a dark trail behind me and soon became a memory.
I crossed the city and lit a fire in the night cut by a collar of red clouds, on the beach of Guadalcanal. Families laughed quietly beside me. Houses on stilts lit candlesticks in the dark distance. A woman chased a rat with a broom and her gaze pierced me.

The Devil appeared, while I was still trying to get an answer from Ysabel. The torrential rain fell on us like an omen, and I began to dance alone on the beach, with the Devil as my dance partner.

— The southeast trade wind is to blame, not me, » replied my companion, who had taken the form of a white bird.

Small boats continued to coast in the moonlight and rain ahead of us. I put my hand in my visor and stopped my dance against the weather.

— You see, the Devil, I couldn’t forget her here.

He put a wing on my shoulder, he had the size of a tall man, and I saw his yellow eyes change color. Then I understood that he had changed me too, into a bird. I followed him over the Solomon Islands, over the fishing canoes and the blazing foam of the evening.

We crossed the forest of the Kwaios of Malaita, the banks of the Arosi of Makira. The bird swooped down to steal a bit of beef roti skewered on a beach. It tore off a piece of the meat and handed it to me. I cried a little as I realized that my phone was useless with wings.

We arrived at the port of Malaita. Sailors were unloading a load of soap, kerosene and plastic bowls. I saw a man spreading a mosquito net on either side of two breadfruit trees for some reason unknown to me. I shuddered when I saw a young woman with a dazzling smile, who reminded me of Ysabel.

South of Guadalcanal, we spent a night to rest in the village of Komuvaolu. Nobody noticed the presence of two white egrets. When night came, I escaped from my companion’s grip and flew over an incantatory ritual; the smoke stung my ears but I continued my flight, piercing the clouds, which wept a little above the divinatory fires. I almost hit a wall in my flight, and as I caught my breath, I realized that it was a church, isolated a few blocks from this small beach of Guadalcanal. A bowl had been placed there on purpose, with berries and a little tapioca puree, which I pecked at. The Devil had not followed me, and I entered the church flying like a madman, lost in my regret for not telling Ysabel I loved her, and bumping into the stained glass windows like a mosquito into the burning bulb of a bedside lamp.

The confined air of the church held a fragrance of frangipani and tulip tree. I thought of Ysabel’s white neck, of the movements of her hands when she explained to me one day that she did not love me, and I closed my eyes.

— Let’s go back to Honiara, said the Devil.

How he had found me, I did not know.

We flew over the Lunga River east of the capital, to White River, Point Cruz and the surrounding hills. In the Ranadi district, an industrial area sent its night-blue fumes over us and I coughed in the darkness.

The morning dragged us in its relentless swell. Tired, the Devil had taken the shape of a grey smoke trail. A yacht club was waving in the heat of the early day. I listened to a pidgin radio and followed the Devil over the Solomon Islands until he decided to wrap himself around the happy white clouds. The ocean made a sliding carpet for us into the dark distance. I prayed to see Paris again, I swore that I would never fall in love again. And then, when the sun had finished burning my efforts to remain at an unreasonable altitude and to bring me closer to the heat that was rumbling in my heart, I joined the Devil below the clouds. He slowly sang me a lullaby in pidgin, I was caught by the sound of the waves, jostled by the Devil’s song, I was flying without being aware of it.

I was thrown on the floor of the basilica, and my face was black with soot. I looked for the Devil, he had disappeared. I looked up at the ceiling of the nave, snow was crying in the darkness set on fire by the candles of the building. I began to dance in the midst of the snowstorm that was raging in the church. There was no one there, I was alone with my ashen heart and my memories of the ocean. And then, when God had finished reminding me of his greatness and the cowardice of my heart, I violently pushed open the door of the building’s entrance.

A resplendent sun was blazing through the heart of Paris. I stretched over the low-angle view of the capital and pulled my phone from my pocket. I sent a last message to Ysabel to apologize for disturbing her daily life while I was having a thousand adventures with the Devil, then my gaze merged with the twilight, and turning into a white bird, I forgot God and love.

La possibilité d’une île (Histoire 1)

Je regardai le soleil éclabousser la Seine. Les candélabres du pont Alexandre III prenaient des teintes cuivrées. Le soir allait tomber. Un nuage me sembla changer de forme, s’allonger lascivement et prendre l’apparence de la femme que j’aimais. Elle me tendait les bras dans une sorte de rêve éveillé. Sauf que j’avais pas de femme, pas le courage de dire à celle qui animait mes nuits sans fond qu’elle me faisait rêver.

Je pris mon téléphone et lui envoyai vingt messages d’affilée pour lui expliquer la beauté du soir qui tombe, rouge et dansant, sur les bateaux de Paris, pour lui démontrer par A plus B mon épuisement à plonger mon âme dans l’océan de la nuit en son absence. Je lui parlais du vent, du soleil, de la lune, que sais-je encore, elle me répondit trois heures plus tard laconiquement.

Je montai les marches qui mènent à la basilique du Sacré-Cœur. Une fois à l’intérieur, je voulus allumer un cierge pour tous les sentiments qui comme des trains, partent de notre âme pour un voyage sans retour. Je levai les yeux au plafond. Soudain, l’édifice trembla. Je portai mes yeux sur la nef. Les touristes avaient disparu et l’intérieur était plongé dans le noir. Seule une petite bougie était allumée devant l’autel. Je m’y pressai, comme un fantôme hanté par sa vie passée, et m’en saisis. Au moment où mes doigts se brûlaient à la flamme rose, une voix tonitruante se fit entendre :

— Toi !
Je fis un pas en arrière, et une ombre me traversa. Je m’affalai sur une des chaises en bois de l’église, épuisé par cette rencontre improbable.
Le fantôme pris successivement les traits de la femme que j’aimais, puis de ma mère, puis de Jésus. Je tendis un poing rageur dans l’obscurité :
— A quoi joues-tu ?
— Je suis venu t’arracher à ton imbécilité, me susurra le spectre, et il enroula sa longue traîne de fumée autour de mon torse. Je frissonnai. J’avais froid, l’aventure glaçait le sang dans mes veines consumées par l’amour.

Le fantôme éclata de rire. Je fermai les yeux et m’affaissai sur le sol gelé. Je réfléchissais à la dernière fois que j’avais fait l’amour à une femme, quand le son d’un chant d’oiseau me réveilla. Autour de moi, le soleil brûlait un champ de maïs couleur cendre. Une lune opaque disparaissait petit à petit dans la clarté grise du ciel. Je cherchai des yeux Paris, mais le bleu brillant du ciel me répondit que le fantôme m’avait entraîné dans un voyage sans retour. Je tâtai ma poche. Mon téléphone était toujours là. J’essayai à nouveau d’envoyer une salve de message à la jeune femme qui me faisait rêver. Mais un vieil homme m’arracha le téléphone des mains alors que je le brandissais en direction du soleil pour capter du réseau.

— Qui es-tu étranger ?
— Où suis-je ?
Au loin, l’océan refluait dans un bruit de tambours.
— Pacifique sud-ouest. Tu as du venir sur les Iles Salomon avec la dernière cargaison de bois de rose.
— Je suis sur une île ?
— Tu es sur la possibilité d’une île.
— La…
— Les îles Salomon et Makira n’existent que dans ton cœur. Tu les as visitées enfant pour échapper aux gifles de tes parents. Depuis, tu as oublié cet asile. Ta rencontre avec le Diable t’as mené jusqu’à moi.
— Le Diable ?
— Dieu lui délègue toutes les affaires de cœur ennuyeuses, qu’il n’a pas le goût de traiter. Le Diable va t’aider à oublier une femme.
— Jamais je ne l’oublierai !
Je m’enfuis en courant. Je savais, pour l’avoir mémorisé enfant, que les Iles Salomon sont une double chaîne d’îles séparées par un chenal, comprenant les îles de Santa Cruz, de Makira, de Malaita… et d’Ysabel du nom de la femme que j’aimais.
Je vis au loin la fumée d’un volcan s’évanouir dans le matin calme. Je serrai les poings et réalisai que mon téléphone était toujours là. J’essayai compulsivement d’envoyer un message à Ysabel, pour lui narrer cette aventure, mais elle ne me répondit pas. Je continuai ma route, frôlé par des enfants qui tenaient un petit chien en laisse. La capitale Honiara m’encerclait de ses immeubles bas. La forêt, laissait une traîne sombre derrière moi et ne devint bientôt plus qu’un souvenir.
Je traversai la ville et allumai un feu dans la nuit échancrée par un collier de nuages roux, sur la plage de Guadalcanal. Des familles riaient à bas bruit à mes côtés. Des maisons sur pilotis allumaient des chandeliers dans le lointain obscur. Une femme chassa un rat avec un balai et son regard me transperça.

Le Diable reparut, alors que je cherchais encore à obtenir une réponse d’Ysabel. La pluie diluvienne tomba sur nous comme un présage et je me mis à danser seul sur la plage, le Diable pour tout compagnon de bal.
— L’alizé du sud-est est coupable, pas moi, répliqua mon compagnon, qui avait pris la forme d’un oiseau blanc.
De petits bateaux continuaient à faire du cabotage sous la lune et la pluie devant nous. Je mis ma main en visière et arrêtai ma danse contre le temps.
— Tu vois, le Diable, je n’ai pas réussi à l’oublier ici.
Il posa une aile sur mon épaule, il avait la taille d’un homme de grande stature, et je vis ses yeux jaunes changer de couleur. Alors, je compris qu’il m’avait moi aussi, changé en oiseau. Je le suivis au-dessus des Iles Salomon, au-dessus des pirogues de pêche et de l’écume flamboyante du soir.

Nous traversâmes la forêt des Kwaios de Malaita, les berges des Arosi de Makira. L’oiseau descendit en piqué pour voler un peu de roti de bœuf embroché sur une plage. Il arracha un morceau de la chair de la viande et me le tendis. Je pleurai un peu en réalisant que mon téléphone était inutilisable avec des ailes.

Nous arrivâmes au port de Malaita. Des marins déchargaient une cargaison de savonnettes, kérosène et cuvettes en plastique. Je vis un homme étendre une moustiquaire de part et d’autre de deux arbres à pain pour une raison qui m’était inconnue. Je frémis en voyant une jeune femme au sourire éblouissant, qui me fit penser à Ysabel.

Au sud de Guadalcanal, nous passâmes une nuit pour nous reposer dans le village de Komuvaolu. Personne ne remarqua la présence de deux aigrettes blanches. La nuit venue, je m’échappai de l’emprise de mon compagnon et survolai un rituel incantatoire ; la fumée me piqua les yeux, mais je continuai mon vol en transperçant les nuages, qui pleurèrent un peu au-dessus des feux divinatoires. Je faillis heurter une paroi, dans mon vol, et en reprenant mon souffle, je m’aperçus qu’il s’agissait là d’une Eglise, isolée à quelques encâblures de cette petite plage de Guadalcanal. Une coupelle avait été déposée là comme exprès, avec des baies et un peu de purée de tapioca, que je picorai. Le Diable ne m’avait pas suivi, et je pénétrai dans l’église en volant comme un fou, perdu dans mon regret de n’avoir pas dit à Ysabel que je l’aimais, et en me heurtant aux vitraux comme un moustique à l’ampoule brûlante d’une lampe de chevet.

L’air confiné de l’église retenait un parfum de frangipanier et de tulipier. Je pensai au cou blanc d’Ysabel, aux mouvements de ses mains quand elle m’expliqua un jour qu’elle ne m’aimait pas, et je fermai les yeux.
— Retournons à Honiara, tonna le Diable.
Comment il m’avait retrouvé, je ne le sus pas.
Nous survolâmes la rivière Lunga à l’est de la capitale, jusqu’à White River, Point Cruz et les collines avoisinantes. Dans le quartier de Ranadi, une zone industrielle nous envoya ses fumées bleu nuit et je toussai dans l’obscurité.

Le matin nous entraîna dans sa houle implacable. Fatigué, le Diable avait repris la forme d’une traînée de fumée grise. Un yacht-club ondulait dans la chaleur du début de journée. J’écoutai une radio en pidgin et suivis le Diable au-dessus des Iles Salomon jusqu’à ce qu’il se décide à s’enrouler autour des nuages blanc et heureux. L’océan nous faisait un tapis coulissant jusque dans le lointain obscur. Je priai pour revoir Paris, je jurai que l’on ne m’y reprendrai plus à tomber amoureux. Et puis, quand le soleil eut fini de brûler mes efforts pour demeurer à une altitude déraisonnable et me rapprocher de la chaleur qui grondait dans mon cœur, je rejoignis le Diable au-dessous des nuages. Il me chanta lentement une berceuse en pidgin, j’étais happé par le bruit des vagues, bousculé par le chant du Diable, je volais sans en avoir conscience.

Je fus projeté sur le sol de la basilique, et mon visage était noir de suie. Je cherchai des yeux le Diable, il avait disparu. Je levai les yeux sur le plafond de la nef, de la neige pleurait dans l’obscurité incendiée par les bougies de l’édifice. Je me mis à danser au-milieu de la tempête de neige qui faisait rage dans l’église. Il n’y avait personne, j’étais seul avec mon cœur en cendre et mes souvenirs de l’océan. Et puis, quand Dieu eut fini de me rappeler sa grandeur et la lâcheté de mon cœur, je poussai violemment les battants de porte de l’entrée de l’édifice.

Un soleil resplendissant faisait exploser le cœur de Paris. Je m’étirai au-dessus de la vue en contreplongée de la capitale et sortit mon téléphone de ma poche. J’envoyai un dernier message à Ysabel pour m’excuser de l’avoir dérangée dans son quotidien pendant que je vivais mille aventures avec le Diable, puis mon regard fusionna avec le crépuscule, et me changeant en oiseau blanc, j’oubliai et Dieu, et l’amour.


Broken Suns (Albania)

I drop Broken April by Ismaël Kadaré. The white flowers of a tree outside the window invite me to follow them. They tell me « What are you still doing in this life ». So I take all my things, oh it’s not much, and I set off never to return.

I get a little hotel room in… My wife tries to call me, I don’t pick up.

I write to the other one, all night long, telling her my suffering. The mornings spent at the factory, slaving so that my wife buys green curtains instead of blinds. Or the other way around, I don’t remember. I tell the other one my dreams. I wanted to become a writer like Mr. Kadaré, and I had the style for it, that’s for sure, but life sounded like a drum on a funeral day. My wife gave me two children, and time flies like a dragonfly. If I had been a young man driving a white Porsche like one sees in the capital, I would have taken her away from her daily life, we would have traveled to my country, I would have made her love Albania. I would have taken her to visit an Illyrian citadel under a blazing sun. Violinists would have played for us a waltz in front of the mosque called of the swans, built in 1827. I would have taken her away from the sight of the thin and brown trees on the Via Egnatia, in Elbasan. I would have spoken to her in Bulgarian and Turkish. I would have learned Spanish for her. I would have bought her a pistol sold by a little old lady from Gjirokastër. I tell her all this, well no, I write it down, and I tear up the paper.

One day I really send her my messages, but she does not answer me. I feel from here her contempt, like the south wind, this charlatan of contempt, it coagulates in my throat and prevents me from breathing. I pay the hotel, I don’t have much money left, it doesn’t matter. I am curled up in a ball on the rough hotel blanket she throws me like a bone to a dog a « good evening I am sorry, I am a very busy person ». My heart beats wildly. I brush my teeth. My wife has called three more times. I think of our two children, and I pray for a moment that the wind will uproot the tree of passion that shadows my reason.

One night, it was two nights after I arrived at the hotel, I told her that I loved her. She does not answer me. And then she ends up giving me a simple salute, like an overripe fruit, a salute that doesn’t sound right, a cheap salute. I have tears in my eyes. I look at her photographs, in galas or on the arms of other men. I look at myself in the mirror, I don’t do the comparison, yet I was a strong swimmer when I was younger and I am a good writer.

I wait two days, holed up in the hotel like a fox chased by fire and the shadow of guns. She ends up saying « good evening, we don’t know each other », and I answer her that I love her madly, that I left everything for her. She doesn’t say anything more, one day, two days, several days go by like that. Then I finally break down. I send her a long message. My novelist’s blood vibrates, for sure, the message is too long. I explain everything to her. Her bewitching look, her bewitching voice, her intelligence, I explain her beauty, her charm, and in explaining this, I reveal to her that I am a fool. And she does not understand anything. The rain falls like piano notes on the roof of the hotel. My enchantress answers me seriously that she doesn’t know me, so why am I telling her this? I know she thinks I’m talking nonsense, but I’m just crazy about her, so with the money from my wife’s bank account I buy a plane ticket to Spain.

I confess to her, she doesn’t seem to understand that I come to see her breathe on the other side of Europe. She asks me what day I arrive with the composure of a horseman pursued by a chimera.

How many nights before I am expelled from the hotel? I go out on the terrace. The night is bright and humid. I pick a flower, to offer it to my Esmeralda, but the stem breaks between my big red fingers.

I return in the small room. I drink until I am thirsty, then I try again to contact her. Hours go by. She has read my message, but she doesn’t answer me. She must be tired of my messages. I don’t talk to her about love anymore, I don’t talk to her about me or her, I tell her about the world. I throw her the hope, the night, the chastity of passion. I tell her about the short stories I write, the novel I am finishing. She won’t read it though, she is its heroine.

My novel is the story of a man madly in love with a face, a shadow, a voice, who crosses the world to realize the dreams of the woman he idealizes, without ever meeting her. I tell her the story of my masterpiece, which is my passport to another life, because one day I will publish it under my real name, no more pseudonyms, and I will be able to wallow in champagne and the eyes of women. I send her many more messages that go unanswered, I tell her again that I love her, that I have learned Spanish for her since my heart met her eyes, I tell her again that my novel is about her, that she is the most beautiful thing I have ever heard in the world, yet I have two children who are as cute as dog’s fleas.

I tell her all this, and wait with my heart out. I undress, I am naked on the floor of the room, the hotelier knocks to ask for his due. Already, damn it, I get dressed, I puke in the shower and then I open it for him. He looks bad, like a rifle turned into a man. He frowns one of his thick grey bushy eyebrows. I stammer out excuses as thin as playing cards, he leaves shrugging, I shrug too, then I close the door. I take the sheet, I tear it, I make a rope of it, I try to hang myself. My wife keeps calling. I try to hang myself, but I am too heavy, I fall like a buffalo on the carpet. My phone lights up again, it’s Esmerelda. She answers me, icy, like an angel frigid by a harsh winter, like a virgin violated by the eternal snows. So I play my cards right, I declare my love for her once again. And everything burns, my phone burns, the little table burns, the lamp and the curtains burn; the bed burns, the sheets burn too. The hotelier knocks again on my door, he must have heard me shouting insanities. Or maybe he is a wizard. Yes, maybe he saw the flames escaping from the small window of my room that looks out on the bottomless night that separates me from the hope of a shared love.

I flee from the hotel, a dragon appears in the darkness. He sets the hotel ablaze and the hotelier on fire, and I laugh out loud. Then he takes me with him, we fly over Albania. He blows flames through his nostrils, and I laugh like I have never laughed before. Is it because of despair? My laughter is heard and shakes the mountains we fly over.

The dragon drops me on a hill, I faint. When I wake up, I don’t know how I got here. There is a car with the key in the ignition. I don’t hesitate a moment, I start the engine. It’s my car, the one I parked in front of the hotel. How did it get there? I drive to a border – is it the one of Kosovo?

I arrive at a gas station. I cry like a child, my hands are stained with grease, my reddened nose has swollen from crying. I remember the lake of Shkodër, I imagine her thin hand in mine, her violet-brown hair I see her dancing in the fog, and my tears liquefy like melted gold. I pay for gas, get in the car, drive away. More alone than ever. I drive past the chemical plants in the Fier region. The sky looks like silver cobalt. I want to drive the car into one of those lower clouds, pink like girls’ cheeks, but I don’t dare. A police car passes me. An engineer stares at me on the side of the road, but all I can think of is the Spanish girl, her voice steady, her eyes shining like an ingot from the Elbasan metallurgical complex. Where to go? Hungary? Czechoslovakia?

There are vines a little further on in a field. I continue on my way, through the winter meadows, I am like the wind, my car melts into the speed and into the landscape. I arrive in a small town, it smells of rancid meat and coffee. A woman picks up a carpet on a plastic chair. I look in the glove compartment, I take out a devilishly elegant cigarette case. I smoke for a moment, thinking of Andalusia, of this woman who doesn’t love me, and I call my wife back to tell her I’m coming home. On the phone, she is not surprised, she asks me where I am. I tell her the name of the village. I turn around in the dark. I arrive home a few hours later, in the early morning. I hang the laundry, silently, without apologizing or giving any explanation. My children are playing in the garden. The sun looks exhausted, its strength broken into a thousand splinters.

In the evening, I send a last message to the other. I explain to him that life is a dream. That you have to squeeze this dream like coffee beans in your hand if you want to roast time, tear the blood-stained sheet of boredom. I thank her for having inspired me the future masterpiece of Albanian literature. She will answer me in a few months when she knows who I have become… Then I shoot myself in the temple.

Soleils brisés (Albanie)


Je laisse tomber Avril brisé d’Ismaël Kadaré. Les fleurs blanches d’un arbre devant la fenêtre m’invitent à les suivre. Elles me disent « Que fais-tu encore dans cette vie ». Alors je prends toutes mes affaires, oh ça n’est pas grand-chose, et je m’embarque pour ne plus jamais revenir.

Je prends une petite chambre d’hôtel à… Ma femme essaie de m’appeler, je ne décroche pas.

J’écris à l’autre, toute la nuit, je lui raconte ma souffrance. Les matins passés à l’usine à trimer pour que ma femme achète des rideaux verts plutôt que des stores. Ou l’inverse, je ne me rappelle plus. Je lui dis mes rêves. Je voulais devenir écrivain comme Monsieur Kadaré, et j’avais le style pour cela, c’est certain, mais la vie m’a sonné comme un tambour un jour de funérailles. Mon épouse m’a fait deux enfants, et le temps file comme une libellule. Si j’avais été un jeune au volant d’une Porsche blanche comme on en voit dans la capitale, je l’aurais enlevée à son quotidien, nous aurions voyagé dans mon pays, je lui aurais fait aimer l’Albanie. Je l’aurais emmenée visiter une citadelle illyrienne sous un soleil de plomb. Des violonistes auraient joué pour nous une valse devant la mosquée dite des cygnes, construite en 1827. Je l’aurais entraînée loin de la vue des arbres maigres et bruns sur la Via Egnatia, à Elbasan. Je lui aurais parlé en Bulgare et en Turc. J’aurais appris l’espagnol pour elle. Je lui aurais acheté un pistolet vendu par une petite vieille de Gjirokastër. Je lui dit tout cela, enfin non, je l’écris, et je déchire le papier.

Un jour je lui envoie vraiment mes messages, mais elle ne me répond pas. Je sens d’ici son mépris, comme le vent du sud, ce charlatan de mépris, il coagule dans ma gorge et m’empêche de respirer. Je paie l’hôtel, il ne me reste plus beaucoup d’argent, peu importe. Je suis recroquevillé en boule sur la couverture rêche de l’hôtel elle me lance comme un os à un chien un « bonsoir je suis désolée, je suis quelqu’un de très occupée ». Mon cœur bat à tout rompre. Je me brosse les dents. Ma femme a encore appelé trois fois. Je pense à nos deux enfants, et je prie un instant pour que le vent déracine en moi l’arbre de la passion qui fait de l’ombre à ma raison.

Un soir, c’est deux nuits après mon arrivée à l’hôtel, je lui dis que je l’aime. Elle ne me répond pas. Et puis elle finit pas me toiser d’un simple salut, comme un fruit trop mûr, un salut qui ne sonne pas juste, un salut de pacotille. J’en ai les larmes aux yeux. Je regarde ses photographies, dans des galas ou au bras d’autres hommes. Je me regarde dans le miroir, je ne fais pas le poids, pourtant j’étais un nageur aguerri plus jeune et puis je suis un bon écrivain.

J’attends deux jours, terré dans l’hôtel comme un renard chassé par le feu et l’ombre des fusils. Elle finit par me dire « bonsoir, nous ne nous connaissons pas », et moi je lui répond que je l’aime à la folie, que j’ai tout quitté pour elle. Elle ne me dit plus rien, un jour, deux jours, plusieurs jours passent comme cela. Alors je finis par craquer. Je lui envoie un long message. Mon sang de romancier vibre, c’est sûr, le message est trop long. Je lui explique tout. Son regard envoûtant sa voix envoûtante, son intelligence, je lui explique sa beauté, son charme, et en lui expliquant cela, je lui dévoile que je suis un fou. Et elle ne comprend rien. La pluie tombe comme des notes de piano sur le toit de l’hôtel. Mon enchanteresse me répond avec sérieux qu’elle ne me connait pas, alors pourquoi est-ce que je lui dit cela ? Je sais qu’elle croit que je dis n’importe quoi, mais je suis juste fou d’elle, alors avec l’argent du compte en banque de ma femme je prends un billet d’avion pour l’Espagne.

Je lui avoue, elle semble ne pas comprendre que je viens pour la voir respirer à l’autre bout de l’Europe. Elle me demande quel jour j’arrive avec le sang-froid d’un cavalier poursuivi par une chimère.

Combien de nuits avant qu’on m’expulse de l’hôtel ? Je sors sur la terrasse. La nuit est brillante et humide. Je cueille une fleur, pour l’offrir à mon Esméralda, mais la tige se brise entre mes gros doigts rougeauds.

Je rentre dans la petite chambre. Je bois jusqu’à plus soif, puis j’essaie à nouveau de la contacter. Les heures défilent. Elle a lu mon message, mais elle ne me répond pas. Elle doit en avoir assez de mes messages. Je ne lui parle plus d’amour, je ne lui parle plus de moi ni d’elle, je lui raconte le monde. Je lui lance en pâture l’espoir, la nuit, la chasteté de la passion. Je lui détaille les nouvelles que j’écris, le roman que je suis en train de terminer. Elle ne le lira pas pourtant ce roman, c’est elle qui en est l’héroïne.

Mon roman c’est l’histoire d’un homme fou amoureux d’un visage, d’une ombre, d’une voix, qui traverse le monde pour réaliser les rêves de la femme qu’il idéalise, sans jamais la rencontrer. Je lui raconte l’histoire de ce mon chef d’œuvre, qui est mon passeport pour une autre vie, car je le publierai un jour sous mon vrai nom, finis les pseudonymes, et je pourrai me vautrer dans le champagne et le regard des femmes. Je lui envoie encore beaucoup d’autres messages restés sans réponses, je lui redis que je l’aime, que j’ai appris l’espagnol pour elle depuis que mon cœur a croisé son regard, je lui répète que mon roman parle d’elle, qu’elle est la plus belle chose que je n’ai jamais entendue au monde, pourtant j’ai deux enfants mignons comme des puces de chien.

Je lui dis tout cela, et j’attends le cœur à découvert. Je me déshabille, je suis nu sur le plancher de la chambre, l’hôtelier frappe pour demander son dû. Déjà, merde alors, je me rhabille, je dégueule dans la douche puis je lui ouvre. Il a l’air mauvais on dirait une carabine transformée en homme. Il fronce un de ses épais sourcils gris broussailleux. Je lui bafouille des excuses fines comme des cartes à jouer, il repart en haussant les épaules, je hausse moi aussi les épaules, puis je referme la porte. Je prends le drap, je le déchire, j’en fais une corde, j’essaie de me pendre. Ma femme continue d’appeler. J’essaie de me pendre, mais je suis trop lourd, je retombe comme un buffle sur la moquette. Mon téléphone s’allume à nouveau, c’est Esméralda. Elle me répond, glaciale, comme un ange frigorifié par un hiver rigoureux, comme une pucelle violentée par les neiges éternelles. Alors je joue mon va-tout je lui déclare une nouvelle fois ma flamme. Et tout brûle, mon téléphone brûle, la petite table brûle, la lampe et les rideaux brûlent ; le lit brûle, les draps brûlent eux aussi. L’hôtelier frappe à nouveau à ma porte, il a du m’entendre crier des insanités. Ou peut-être est-il un sorcier. Oui, peut-être a-t-il vu les flammes s’échapper de la petite fenêtre de ma chambre qui donne sur la nuit sans fond qui me sépare de l’espoir d’un amour partagé.

Je m’enfuis de l’hôtel, un dragon apparaît dans l’obscurité. Il fait s’embraser l’hôtel et incendie l’hôtelier, et je ris à gorge déployée. Puis il m’emmène avec lui, nous survolons l’Albanie. Il souffle des flammes par les naseaux, et je ris comme jamais je n’ai ri. Est-ce à cause du désespoir ? Mon rire s’entend et fait trembler les montagnes que nous survolons.

Le dragon me dépose sur une colline, je m’évanouis. Quand je me réveille, je ne sais plus comment je suis arrivé jusqu’ici. Il y a une voiture avec la clef sur le contact. Je n’hésite par un instant, je mets le moteur en route. C’est ma voiture, celle que j’avais garée devant l’hôtel. Comment est-elle arrivé là ? Je roule jusqu’à une frontière – est-ce celle du Kosovo ?

J’arrive à une station-service. Je chiale comme un enfant, mes mains sont tâchées par le cambouis, mon nez rougi a enflé sous les pleurs. Je me rappelle du lac de Shkodër, j’imagine sa main fine dans la mienne, ses cheveux brun-violets je la vois danser dans le brouillard, et mes pleurs se liquéfient comme de l’or fondu. Je paie l’essence, je monte dans l’auto, je prends la tangente. Plus seul que jamais. Je passe devant les usines chimiques dans la région de Fier. Le ciel semble de cobalt argenté. J’ai envie de foncer avec la bagnole dans l’un de ces nuages plus bas, roses comme des joues de filles, mais je n’ose pas. Une auto de police me dépasse. Un ingénieur me dévisage sur le bas-côté de la route, mais je ne pense qu’à l’Espagnole, sa voix posée, son regard brillant comme un lingot sorti du complexe métallurgique d’Elbasan. Où aller ? La Hongrie ? La Tchécoslovaquie ?

Il y a des vignes un peu plus loin dans un champ. Je continue ma route, à travers les prairies d’hiver, je suis comme le vent, ma voiture se fond dans la vitesse et dans le paysage. J’arrive dans une petite ville, ça sent la viande rance et le café. Une femme reprise un tapis sur une chaise en plastique. Je regarde dans la boite à gants, j’en sors un étui à cigarette diablement élégant. Je fume un instant, en pensant à l’Andalousie, à cette femme qui ne m’aime pas, et je rappelle ma femme pour lui dire que je rentre. Au téléphone, elle n’est pas surprise, elle me demande où je suis. Je lui indique le nom du village. Je fais demi-tour dans l’obscurité. J’arrive chez nous quelques heures plus tard, au petit matin. J’étends le linge, en silence, sans m’excuser ni donner d’explications. Mes enfants jouent dans le jardin. Le soleil a l’air épuisé, sa force brisée en mille éclats.

Le soir venu, j’envoie un dernier message à l’autre. Je lui explique que la vie est un rêve. Qu’il faut serrer ce songe comme des grains de café dans sa main si l’on veut torréfier le temps, déchirer le drap tâché de sang de l’ennui. Je la remercie pour m’avoir inspiré le futur chef d’œuvre de la littérature albanaise. Elle me répondra dans quelque mois quand elle saura qui je suis devenu… Puis je me tire une balle dans la tempe.