Une seconde (Pour C.)

Il y avait une chanson un peu triste
Des galets sur une plage abandonnée dans mon cœur
Je me sentais vacillante sous un orage de conseils « marie-toi et travaille dur »
Qui se voulaient bienveillants, mais m’arrachaient la peau des mains
Alors pour échapper à des requins qui venaient de loin
J’ai noyé mon cœur dans l’espoir de retrouver mon enfance
J’ai tendu la main à quelqu’un que j’avais connu il y a dix-sept ans
Comme un marécage invisible mon visage face contre le sable mouvant
Et la chanson continuait de me dire que je perdais mon temps
A écrire un roman pour attirer l’attention des anges
A oublier la mort assise sur une chaise
Une seule interstice pour laisser passer le vent
Et mon chien qui aboie lorsque la lune scintille
J’avais oublié qu’on écrit pas pour faire revenir un songe
Mais pour faire sourire ne serait-ce qu’un peu
Un ami perdu sur le chemin des horloges insensibles
Un ami imprévu, comme une libellule perchée sur la lune
Un ami qui sait vous sauver la vie, en ayant l’air
Simplement de jouer un coup rapide au billard
L’air de rien, entre un verre de champagne à l’hibiscus
Pendant que les anges essoraient mon âme au pressoir du mépris
Et que mon enfance saignait dans mes yeux délavés
J’ai failli oublier l’importance de ce qui existe
J’étais loin. J’avais couché le revers de ma manche sale
Sur du papier calciné par le feu de mon sang
J’aurais pu continuer des heures, assise sur une chaise
Mon regard transperçant le temps comme une flèche empoisonnée
Toi tu as ramassé les mots qui trainaient comme des chiens enragés
Dans le parc aux herbes folles de ma vie désordonnée
Tu m’as parlé d’un monde dans lequel on peut vivre
Un monde fait de rires et de blessures désinfectées à l’eau de vie
Tu m’as tendu tes propres doutes reliés sur du papier bleu ciel
Je n’avais plus rien osé lire d’autre que le destin que je m’étais choisi
J’ai pris ton livre entre mes mains et le destin a glissé des pages blanches
Comme un enfant dévale une pente en luge et rit dans la poudreuse
Je me suis laissée happer par la beauté de la mort lorsqu’elle est enneigée
Qu’elle se laisse poétiser par ton talent ensoleillé et tes coups d’épée dans le réel
Je me suis laissée percuter par un autre univers que la jungle qui m’obsède
Depuis mon enfance frappée par le sceau d’un soleil vert
Et du Bengale à l’Antarctique, je ne sais pas dans quel pays je serai demain
Si je serai assez en vie pour écrire assez pour
Te faire rire assez je ne sais pas si
Le soleil brûlant me laissera m’échapper, mais dans un coin de mon cœur
Si je me retrouve perdue dans une prison de sel, dans un ciel inhumain
Au milieu de gens qui ne me ressemblent pas
Qui ont le goût de la mort et le sourire de Kim Kardashian,
Je laisserai mon chien et mon dernier souffle t’accompagner en Antarctique
Nous laisserons derrière nous nos rêves les plus cadenassés
Et le drapeau de l’amitié flottant sur les espaces envoûtés de glace
Nous ferons briller un feu bleu sur les étendues blanches
Nous parlerons des heures de toutes ces amitiés
Qui comme la notre ont décalé d’une seconde l’heure de rejoindre les ombres
Du fait que cette seconde a pris la forme de l’éternité
A chaque fois que nous avons refait le monde ensemble
Et prié pour que demain nous ressemble

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