L’étoile pourpre 1

—Tu as écrasé un bout de scone, je lui ai dit, et elle m’a lancé un regard désespéré.
— Ma chérie ?
              J’ai pensé à l’aspirateur que Doumya passerait le mardi suivant. J’ai regardé la peau de mon avant bras : lisse, pas une ride. Le seul endroit de mon corps qui eut échappé au scalpel du Diable. Puis, je me suis massé les pommettes.
— Oh, les scones, elle a répété en mâchonnant, d’un petit rire de chèvre. Les scones… Ils sont friables.
              J’ai regardé son teint vitreux, ses cheveux noirs tirant sur le verdâtre, effilés, tombant comme des arbres morts sur chaque côté de ses joues rehaussées d’un bronze tapageur.
Elle a regardé mon parquet luisant d’un oeil torve. Doumya vient mardi, non, jeudi. Je réfléchissais, en touillant mon thé noir. L’odeur de la cardamome me parvint aux narines, comme une promesse de légèreté. L’air vint s’engouffrer dans le col de ma marinière. Je soupirai. Il faut que mon mari s’occupe du jardin. Je regardai la photographie. Pourquoi les hommes partent-ils avant nous ? La mort, je l’oublie tellement. Quelle ingratitude d’être parti si tôt. Je me revis aux fourneaux, en tenue de soirée, le défilé de touts les habits qui avaient colorés mes années de jeunesses se transformèrent en souvenirs, puis en larmes. Mon amie pour me changer les idées entrepris de me questionner sur le jardin.
— Ce n’est tout de même pas Doumya qui s’en occupe ? Elle partit d’un nouveau petit rire sybillin, laissa tomber un nouveau bout de scone.
— Ce n’est rien, je masquai mon agacement, par frayeur de la voir se tendre de toute sa mollesse pour le récupérer.
Au-delà de nos enfantillages, la neige tombait délicatement sur le jardin. La pelouse, grillée par le manque d’entretien, se recouvrait d’une fine couche de froid, comme une seconde chance. Je respirai l’odeur du thé noir et fermai les yeux. La voix de mon amie me réveilla :
— C’est quoi ça ?
              La harpie s’était levée. Elle avait trouvé, je ne sais comment, un certificat que Doumya en rangeant, avait laissé traîner sur une pile de documents. Je suffoquai et toussai.
— Laisse.
              Elle se rassis et croqua dans un bout de marbré, je fermai les yeux à nouveau, pour ne pas entendre le bruit du gateau sur le plancher, pour ne pas sentir l’agacement me monter à la gorge, pour éviter ces larmes, que la vue du certificat avait fait ressurgir. Si mon amie eut été psychologue, je l’aurais su, pourtant, elle me demanda d’une voix où perçait plus le reproche que la curiosité :
— Tout de même, « l’étoile pourpre », en voilà un nom. D’après le certificat, mais… Ce ne peut être vrai…
— Qu’est-ce qui ne peut être vrai ?
— Que tu possèdes une étoile, ma chérie.
              Je lançai un regard désespéré à la neige à l’horizon, comme si la matière gelée eut pu à cet instant m’emmener dans ses mains blanches loin de ce petit appartement confiné dans le confort de la région parisienne.

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