L’ombre du Qaïd-e-Azam (Gujaratî)

Mâre javunche
(Je veux partir)
Pour la péninsule du Kâthyâwâr
La lune fait du trapèze sous le chapiteau de la nuit
Mane eklo chhodi
(Laissez-moi seul)

Je vais à pieds à travers la poussière de la ville d’Ahmedabad

Tame mane madad karî shako
(pouvez-vous m’aider ?)
J’ai fait un rêve qui habite encore mes paupières, mes cils
Tremblent de froid sous l’océan de dunes ensauvagées par le soleil
Libérez-moi de la nuit qui ensevelit mon courage
La mort – Ketlun chetrun che
(A quelle distance est-ce ?)
Une femme fait voler sa robe rouge au-dessus d’un précipice
Les étoiles tombent par saccades et leurs branches
Se sont changées en lames de poignards
Elles lardent de coups nos heures sans action

Ek bhâshâ kadi pan purti nathi
(Une langue n’est jamais suffisante)

Pour exprimer l’ondulation nacrée du vent sur les collines,
Décrire le soulèvement des arbres de Sasan Gir sous la guerre des voix
Tamâro shun savâl che
(Quelle est votre question ?)

Je suis venu de Vadodar vous emmener dans le dry state
(Etat Indien dans lequel l’alcool est interdit)
Répondre à une question historique
Dans la violence aigüe des grandes villes trempées,
En caressant de la main droite les arabesques vertes incrustées dans la pierre du Aina Mahal de Bhuj
En buvant une eau de vie distillée dans votre regard

Tamne shun kehvâ mâ lakhyun hatun
(Que vous a-t-on dit ?)
Je ne suis pas fou — Je n’ai fait que voler un peu de sel sur la table de l’existence
Pour le jeter à vos yeux et vous faire marcher jusqu’à l’Indépendance
(Le Gujarat est l’Etat de naissance de Gandhi, organisateur des marches au sel en réponse à la colonisation)

Je vous dit que j’aime ce pays
L’ombre du Qaïd-e-Azam (Jinnah, fondateur du Pakistan) plane sur ces vallées sans ombre
Mais le soleil a le cœur noirci de rancune
Et le Palais Lakshmi Villas de Vadodar prend feu,
Sautons sur le dos d’un onagre doré galoper à travers le Kutch
Plongeons dans le puit à degré de Rani-ki-Vav
Pour nager et nous élever jusque dans le fond du ciel laqué d’or
Les temples brillent sous le vent, je suis parti sans me retourner

Tame mane madad karî shako
(Pouvez-vous m’aider ?)
J’ai fait un rêve qui habite encore mes paupières, mes cils
Tremblent de froid sous l’océan de dunes ensauvagées par le soleil
Libérez-moi de la nuit qui ensevelit mon courage
La mort – Ketlun chetrun che (à quelle distance est-ce ?)
Une femme fait voler sa robe rouge au-dessus d’un précipice
Les étoiles tombent par saccades et leurs branches
Se sont changées en lames de poignards
Elles lardent de coups nos heures sans action

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