L’oiseau d’or

Toute ma vie j’ai pourchassé un oiseau
Son vol était rapide, et je marchais inlassablement
Sur une terre arpentée par tant d’autres
Les plumes de l’oiseau étaient d’or, elles brillaient
A chaque fois qu’un nuage coulissait vers l’oubli
Longtemps, je me suis lancée à sa poursuite, longtemps
J’ai espéré qu’il me remarque de son perchoir de ciel
Mais il ne semblait pas se préoccuper des mortels,
Son regard était triste et son port altier
On eut dit qu’il allait se noyer dans un ciel liquide
Atteint par le harpon d’un pêcheur invisible
Au-dessus des gratte-ciels, je le voyais
Piquer de biais pour rejoindre une ville plongée dans la nuit,
Au-dessus des vallées et des lacs, ma main en visière
Je l’observais, comme on contemple le passé et l’avenir
Il était ma destination et il volait toujours hors de ma portée
Bien que je n’aie jamais cessé de rechercher sa lumière
Il en allait de ma vie, je m’étais fixé comme unique but
Dans cette existence à la traîne d’obscurité
De toujours vivre à proximité de ses battement d’ailes rapides
Il me remarquait parfois, un bâton de marche planté dans la terre
Suivre le chemin qui menait à une cime enneigée
Ou dévaler une pente sur une herbe mouillée par le soleil
Mais jamais il ne s’est arrêté sur une branche pour me faire entendre sa musique,
Jamais il n’a cessé son vol effréné, sa course irrésistible
Alors j’ai continué de le chasser
J’espérais en secret qu’il descende du ciel, se pose devant moi
Je lui aurais murmuré un secret dans sa langue
Je lui aurai raconté le chemin que j’ai parcouru
Depuis que je l’ai vu la première fois,
Fendant les nuages comme une flèche d’or,
Comment j’ai abîmé ma vue en contemplant l’éclat de ses plumes,
Perdu du temps sur des chemins inaccessibles,
Gravi des moyennes-montagnes les jambes meurtries,
Transpercé la nuit de ma volonté de fer,
Toujours en le suivant à une certaine distance
Mais ce moment n’est jamais arrivé, un jour
J’ai remarqué que les cieux étaient vide
Il n’y avait plus ni Dieux, ni oiseau d’or
J’ai fermé les yeux sur le soir tombé
Le silence habitait chacune de ces secondes illusoires
A cet instant, assise sur une mousse bleue à l’orée de la tombe,
J’ai compris que tout ce temps, l’oiseau que je pourchassais
N’avait été que le reflet de mes pupilles sur le dai noir du ciel
Mon cœur avait désiré ce qu’il portait en lui depuis toujours
Alors j’ai cessé de courir, j’ai tendu la main au vent qui soufflait
Comme un vieil ami sur mes paupières déjà lourdes,
Et je suis retournée dans le brouillard des grandes capitales
Sans poursuivre d’autres buts que l’or de l’existence lui-même

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