Le destin (poème sur Louise Glück)

Il y avait du sang sur la voie ferrée
Mon ombre était demeurée là
Happée par les rayons du soleil
Dans l’interstice de la vie
Et quelqu’un m’a poussé du train,
Je suis tombée j’ai roulé sur l’herbe
Comme une botte de foin
Des vaches et des moutons
Regardaient défiler les jours
J’ai écrasé plusieurs iris, plusieurs roses
Qui poussaient là depuis longtemps
Quand mon corps meurtri s’est retrouvé
Le visage dans le ruisseau,
J’ai senti des bras qui me soulevaient,
Un voix amicale qui m’époussetait, me relevait
Et m’installait à une table où l’on coupait du pain
Nous étions treize alors, et je reconnus
L’un d’entre nous comme mon meurtrier
Il avait changé depuis le voyage en train,
Il portait une barbe et le sourire des vainqueurs
Son visage était comme une gifle sur la joue de la lumière
Mes amis se sont tournés vers moi lentement
Ils devinaient que j’avais envie de les quitter ;
Retourner près du ruisseau, arracher les herbes drues
Le visage rouge sous la chaleur, des fleurs entre les doigts,
Attendre que le soleil décline dans l’horizon rageur
Mais je suis restée assise, il fallait bien que quelqu’un
Décide pour toujours de notre destin
J’ai fait un signe de la main au treizième homme
Je lui ai assuré que je repartirai en train
Après avoir arraché les fleurs sauvages qui entravent les rails
Pour ouvrir une route insensée à ceux qui meurent un peu
En ravalant leur désirs de beauté lors des couchers de soleil

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