Crypto (2)

— Tu peux l’apporter jeudi prochain ?
De rage, Prince jeta son orange en direction du soleil. Les rayons faisaient étinceler la chaussée. Un bruit de camion interrompit leur discussion. Il faisait chaud, les trois adolescents suaient à grosses gouttes.
— Qu’est-ce qu’elle a ton orange ? Elle est pourrie comme toi ?

Prince serrait les dents. Mike et Navy le toisaient de leur mètre soixante. Il eut un mouvement du coude qui attira l’attention des deux jeunes Américains sur un chien blanc qui passait par là, puis son regard se braqua sur ses chaussures noires. Mike le secoua par l’épaule
— Tu peux apporter l’argent jeudi prochain ?
— Je n’ai pas d’argent.
Les larmes montaient aux yeux de Prince. Un camion de pompiers surgit devant eux, emmenant dans son sillage le silence de la rue. Une poubelle restée ouverte accueillait désormais une pluie fine. Navy essaya d’attirer Mike vers une autre rue. Une buandière sortit sur le pas de la porte, intriguée par la discussion des trois adolescents. Mike entraîna Navy et Prince dans une ruelle si mal éclairée, que le matin ne parvenait pas même à faire briller.
— Shaitan, murmura Prince
— Qu’est-ce qu’il a dit le petit négro ?
— Je n’ai pas d’argent.

Prince se dégagea subitement de l’étreinte de Mike. Interloqué, le jeune garçon regarda s’enfuir sa proie en plissant les yeux. Prince courait depuis déjà dix minutes, quand un point de côté le fit ralentir. Le soleil fronçait les sourcils et les nuages obscurcissaient les trouées entre deux immeubles d’affaire. Prince porta la main droite à sa bouche et se recroquevilla devant un lampadaire qui venait de s’éteindre.

A cet instant précis, un homme passa devant lui. L’homme n’avait pas regardé l’adolescent, mais ce dernier fut comme frappé par la foudre. Il venait de reconnaître le voisin dont les amies de sa mère se moquaient lors de leurs après-midi potins. Il chancela en se relevant, essaya de s’agripper au lampadaire, manqua sa prise, et s’affaissa à terre.

L’Allemand fit volte-face. Son regard croisa celui de l’adolescent, mais il ne fit pas un geste pour l’aider. Ils restèrent un instant à se contempler l’un et l’autre. « Voilà comment je peux obtenir de l’argent pour jeudi », pensa Prince. « Cet Allemand est plein aux as. C’est ce que dit Maria l’amie de maman qui a couché avec lui ». Il se releva et repartit en courant en direction de leur appartement.

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