La cavalgada / La chevauchée (Langue occitane médiévale + Français)

Si’m valha Dieus (si la Providence m’est favorable) je brandirai la croix occitane
Dans la nuit vair (brillante) devant les armées ennemies
Aliénor laisse moi vairejar (être infidèle)
Je vais abrandar (incendier) le cœur d’une ville loin de toi

Hier j’étais mercejaire (soupirant) agenouillé près de toi
Jusqu’à ce qu’une sagèl (lettre scellée) m’éloigne de ton regard pâle
Veux-tu metre d’estracha (parier) le jour de ma mort ?
Déjà le jour se lève, le rossinholet (rossignol) chante

Et si je me perds dans la vision de l’afaitament (fard) d’une prostituée
Oublie moi Aliénor, oublie moi semprars (sur le champ)
Je suis venu achaptar (mendier) un peu de gloire sur ces étendues de terre
L’aissents (absinthe) bleuit mes veines, et la nuit tire sa révérence

Un essaim d’oiseau est venu aconselhar (tenir conseil) au-dessus du capçana (licou) de mon
destrièr (cheval de bataille)
Mon arc en alborn (sureau) je l’ai bandé en direction du soleil
J’ai tué un ancessí (fanatique drogué au haschisch) qui dormait encore
J’ai dû ajostar (en venir aux mains) avec un mendiant qui s’est transformé en fumée

Mais à quoi bon alongar (parler longuement de quelque chose), Aliénor ma chère,
Si je rentre et que tu me reconnais ; je vais apelar d’amor (faire une déclaration d’amour)
A mon pays avant de te revoir, puis je vais amolherar (prendre épouse)
Et si tu veux encore de moi, je te conduirai dans notre albèrg (maison)

Mais en cette heure, je mène une cavalgada (chevauchée) contre le fat (destin)
J’ai été fadat (doté par les fées) d’une dextérité inégalée à l’arc
Dans cette contrée fangós (boueuse) ; sans apostòli (le pape)
Le soleil est un fenhedor (hypocrite)

Il ne m’a pas laissé voir cette flèche qui m’était destinée
Je succombe, en rêvant d’assag (nuit d’amour sans sexe) et de jaser (nuit d’amour avec sexe)
Etendu sur la terre Cathare, les yeux noyés dans un ciel sans Dieu,
Le monde n’est plus qu’un incendie et je ferme les paupières.

Ma cendal (banderole) réduite en lambeaux de vanité
Mon dompnejar (empressement amoureux pour une femme) est tout ce qui me reste
Un menaçat (chant de guerre) m’encercle comme des eaux furieuses
J’ai vu un lamp (éclair, foudre) divin s’abattre sur mon armure

Aliénor, ton visage est venu mazhelar (tourmenter) ma mort
Le jour où je t’ai aimée, nous disputions un jòc d’escacs (jeu d’échecs)
C’était antan (l’an passé) la lune se glissait sur nos jeux
Ton regard était un azimant (aimant) j’étais le joueur le plus lechadier (passionné) d’Occitanie

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