L’ami taïwanais (Bunun de Taïwan + Français)


Cet hiver-là, le soleil descendait lentement sur le lit, comme un chien qui s’ennuie. Paris était calme comme après un ouragan. Les élections étaient passées et n’avaient rien donné d’excitant à la nation.

Il tordait sa bouche en un rictus peu attrayant. Le froid ambiant m’avait laissée ses stigmates, et pendant qu’il essayait de me faire l’amour, je regardais une araignée au plafond. Il me fut soudain clair que les pâtes d’araignée ressemblaient à des fils de nylon.

Je me demandai si en les mettant bout à bout, il serait possible de tricoter un bas de femme. Je m’imaginais déjà en train d’ouvrir un magasin de bas en fils d’araignée. J’aurais un bonnet fuchsia, un sourire car mon magasin serait de classe mondiale et florissant, et de nombreux amis dans le milieu de la mode. En outre, en vieillissant, je m’impliquerais dans la défense des arachnides, utilisant mes connaissances sur leur congrégation d’insectes et mon altruisme pour aider ces étranges animaux.

Soudain, alors que mon petit ami haletait, l’araignée tomba sur son dos. Il cria, me gifla et se retourna comme une feuille dérangée par le vent. Puis il me regarda d’un air menaçant.

— C’est tombé du plafond.

— Chéri, je n’ai rien à voir avec ça, je répondis.

Sa bouche se tordit, lui donnant une moue moqueuse. Il pensait certainement que j’avais quelque chose à voir avec l’attaque. Puis il reprit son affaire, mais j’étais perdue dans mes rêves de chapellerie. A ce stade de ma rêverie, j’avais des magasins dans tout Paris, aux vitrines rutilantes.

Des femmes élégantes de Raspail et des quartiers huppés venaient me saluer pendant qu’il suffoquait de plaisir. Je prenais le thé avec des scones tandis que des caisses de fils d’araignée étaient livrées dans mon arrière-boutique. J’avais toujours le temps de recevoir dans mes salons les épouses des ministres et les chanteuses à la mode.

Alors que je me demandais quelle robe porter pour recevoir l’épouse d’un président africain, curieuse de mes affaires, je me rendis compte que l’araignée était couchée écrasée sur le dos de mon amant. Mon cœur s’effondra. Le soleil filtrait à travers les stores comme pour me prévenir que j’étais en danger.

— Est-ce que tu aimes ça ?

Je pris conscience que nous faisions l’amour, et je croisai ses yeux ternes. Ce fut alors comme une bombe de peinture qui explosa devant mes yeux. Mon rêve était en train de disparaître. Je sautai du lit comme un navire cahoté dans une tempête littéraire. Je rentrai chez moi en furie pour écrire ce que j’avais imaginé.

Je relisais mon histoire d’araignée, quand je lus le mail que m’avait envoyé un jeune écrivain de Taïwan que j’avais contacté après avoir adoré son roman. Le vent soufflait dans ma chambre depuis les fenêtres mal fermées. Je me levai et vis des ombres projetées sur les murs nus de la pièce. Les branches des arbres de notre jardin semblaient danser sur le plâtre. Il me remerciait pour mon message, me parlait des typhons qui frappaient Taïwan, me demandait si moi j’écrivais, me décrivit la révolution des tournesols contre Pékin. Il me disait aimer la randonnée et la photographie. Je lui envoyais mes textes, et il me parlait de littérature et de poétique.

Il publiait des pamphlets dans la revue « Katasang » (la nation). Petit à petit, je réalisai qu’il était plus intelligent que moi et qu’il en savait plus sur l’histoire de mon pays. Mais progressivement, je compris aussi qu’il était plus intéressé par la politique que par la littérature. « Le parlement est occupé », me dit-il un jour, exultant, au téléphone. A Paris, la scène politique était devenue terne, aucun politicien ne se démarquait plus. Les murs froids avaient perdu le goût de la politique.

Parfois, la réalité rencontre le rêve dans une danse macabre. Je ne connaissais pas cet homme, il ne me connaissait pas. Mais dans nos échanges, je n’avais plus besoin de rêver. J’accédais à cette partie de la réalité qui est déjà belle. Pendant que ma mère parlait à ses amies de ventes immobilières, j’achetais des brochures sur Taïwan. Je commençai à apprendre le Bunun, la langue de ses ancêtres. Le bunun est une langue que je trouvai facile, comme les autres langues aborigènes ce n’est pas une langue tonale et elle emploie l’alphabet latin.

« Les Taïwanais nous désignent dans leur langue comme des huanna, « des sauvages », enrageait-il. Et il m’envoya des photographies de lui prises dans des manifestations. Il avait eu, disait-il, deux points de suture à cause d’un coup de poing d’un opposant. Je ne sais pas s’il avait dit cela pour m’impressionner, mais je le crus. Même l’équipe taïwanaise de base-ball ne trouvait pas grâce à ses yeux, et quand je lui parlais de la victoire des Hongye (littéralement : feuille rouge) face à l’équipe japonaise de Wakayama, il m’en voulut « Tu sais que je ne me sens pas intégralement taïwanais ».

Puis notre relation se délita. Un beau jour, je n’entendis plus parler de lui. Il m’envoya un mail pour mon anniversaire pour me dire qu’il avait été emprisonné. « Madu saikin su », signait-il (je t’aime beaucoup). Je l’appelai une dernière fois. Il était exalté, passionné, et enragé, il me fit peur. Son cœur devenait matahdung (noir). Je raccrochai en tremblant et regardai par la fenêtre ouverte : la politique l’avait dévoré, à présent j’étais complètement seule. Je résolus de devenir écrivain pour combler le vide qu’il avait laissé.

Je reçus néanmoins par la suite des lettres de Taïwan dans lesquelles il décrivait la rébellion à laquelle il prenait activement part. Je ne répondais plus. J’écoutais parfois des chants taïwanais, des kuzakuza tu sintusaus (ballades pour le travail) en écrivant des poèmes ou des nouvelles. La musique bunun utilise de nombreux instruments à vent, en bambou comme la guimbarde la flûte ou le tambour. Cette musique fait aujourd’hui toujours naître en moi un émoi de nostalgie, sans que je comprenne pourquoi. Comme s’il manquait quelque chose à ma vie désormais.

Après plusieurs mois de silence de sa part, je fus ravie d’apprendre qu’une de mes nouvelles avait gagné un prix. Il y avait beaucoup de monde à la réception et le vertige commençait à me gagner. Un verre de champagne à la main, je me suis enfermée dans la salle de bains et j’ai fermé les yeux. Je repensai à mon ami de Taïwan. Qui sait ce qu’il aurait pensé de moi, ce verre de champagne à la main. J’eus honte de moi et je vomis plusieurs fois cette même nuit, comme pour expier ce que j’étais devenu, un écrivain bourgeois et à la mode.

Quant à la poésie. Je la considérais comme un art mineur. J’écrivis un premier roman, qui tenait plus du roman absurde que du thriller à sensation. Je le lut à quelques amis proches qui le trouvèrent trouvé drôle mais pas très politique. J’eus honte d’avoir échoué à écrire un livre politique, le visage engagé de mon ami de Taïwan flottait dans l’air comme un remord. Les journées étaient comme des dominos qui tombaient au ralenti.

Je revenais un soir de l’appartement que j’avais acheté. La télévision n’était pas éteinte, mon écharpe trop serrée avait laissé des traces sur mon cou. Le soleil s’était couché, honteux de devoir se lever chaque jour sur une terre laissée à la merci du destin. Je me rendais compte que je devenais aussi absorbée par la littérature que je l’avais été à l’époque de mon amant effrayé par les araignées.

Le temps que me laissait mon travail, je l’utilisais aussi pour me remettre à mon roman. Cela racontait l’histoire d’un révolutionnaire taïwanais. Je passais mes soirées seule, un verre de vin à la main, à écrire et à travailler le style. C’était une sorte d’état amoureux. Je ne lisais pas, mais j’écrivais sans espoir.

Je ne savais plus ce qu’était devenu mon ami. J’essayais de le contacter par le biais de sa sœur, mais j’y échouai, elle ne me répondit pas. Peut-être s’était-il marié. Mon cœur se serra, je compris que j’étais tombée amoureuse de lui depuis nos premiers échanges. Les écrivains sont des créatures parfois fantastiques. Au lieu de me défaire de la pensée de le rencontrer et de lui parler à nouveau, je téléphonai à un autre ami Taïwanais. Ensemble, nous élaborâmes une nuit durant un plan. Je devais devenir célèbre à Taïwan, gagner le cœur de la population, ainsi, il me reconnaîtrait, il saurait que je l’aime et il reviendrait vers moi.

Et c’est ce que je fis. J’écrivis éperdument « L’ami taïwanais » en sept mois. Je le fis relire à cet autre ami taïwanais, puis je lui annonçai « kusian saikin Taipak » (je vais à Taïpei). Il ne me crut pas.

Mais lorsque l’invitation d’aller à la rencontre de mon public taïwanais me parvint, je ne boudai pas ma joie. J’allais découvrir Taipei pour la première fois. Je descendis de l’aéroport un bouquet de fleurs oranges à la main, dans la nuit vagabonde, avec l’espoir rivé au cœur de rencontrer enfin celui qui avait inspiré mon livre.

Je me rendis dans le nord du pays, espérant rencontrer mon ami qui ne m’avait pas donné signe de vie ; dans le pays bunun. J’étais à la recherche d’un rêve, je me battais contre des moulins à vent, je soufflais des pétales de roses sur l’impossible. Je participai à la fête Ilisin des moissons, qui donna lieu à un grand rassemblement, mais je ne vis pas le regard de mon ami dans la foule.

On me fit assister au festival Daerjie (littéralement : du tir d’oreille), la principale fête bunun et une cérémonie de passage à l’âge adulte. Je mangeai de l’igname et du millet en réfléchissant à l’avenir. Les femmes étaient belles, elles portaient le habag (longue tunique rectangulaire sans manche) et je me sentis jalouse, en pensant que mon ami avait vu ces jolies femmes avant moi.

Les reflets du soleil sur le pelage des chevaux me brûlaient les yeux. Le ciel rougissait, je pensais à ma carrière littéraire, qui était parti d’un rêve que j’étais en train de réaliser. A Nantou, dans la commune de Hsinyi, avant le jour du discours, je cherchai dans les traits des vieilles femmes la noblesse des traits de mon ami. Mais ni les rivières limpides, ni les fleurs écartelées et piétinées dans les rues de Taipei n’ont pu adoucir mes regrets.

Le jour de la réception de mon prix à Taïwan, j’étais plantée dans le sol comme un drapeau étranger. Toute l’île me dévisageait. Le soleil entrait par une large baie vitrée derrière les spectateurs. Certains, qui n’avaient pas éteint leur téléphone, se grattaient l’oreille. Moi, derrière mon pupitre en verre, j’attendais qu’on m’autorise à ouvrir la bouche. Il ne devait être pas loin de 20 heures, la soirée avait commencé en trombones et musique électronique à 18 heures. J’avais caché mon mal-être dans l’absorption de plusieurs Lexomil, pris avec du Bubble tea gin-citron que j’avais dégusté comme du petit lait. Des hommes emmitouflés dans des costards luisants m’empoignaient par le bras. J’étais ballotée entre plusieurs têtes d’affiche, là un politicien qui avait échoué aux dernières élections, là, comme moi abruti par le vacarme, un écrivain de la nouvelle génération taïwanaise.

Cela faisait deux ans déjà que j’avais écrit mon chef d’œuvre, « L’ami taïwanais », basé sur cette histoire vrai. J’avais fait tout le découpage des scènes pendant mes brasses à la piscine Molitor. Paris écarquillait des yeux gris, il pleuvait des glaçons dans mon cou d’écrivain, mais je ne manquais jamais une séance de piscine, il en allait de mon inspiration d’artiste. Le soir, je m’allongeais sur un transat sur ma terrasse en réfléchissant à l’usage que je ferai des retombées économiques de « L’ami taïwanais ». La lumière de la lune se mélangeait à celle des étoiles, je baissais les yeux et je m’endormais, plus sûr de rien, sinon d’être devenu en peu de temps la coqueluche des salons littéraires.

Mais aujourd’hui c’était différent. J’avais situé la majeure partie de mon histoire à Taïwan, et c’était la première fois que j’y mettais les pieds. Une musique de pop me bondit aux oreilles. Je sursautai. Il était temps de me jeter à l’eau, et je commençai mon discours en rappelant combien l’invitation qui m’avait été faite de m’exprimer au cœur de la ville de Taïwan m’enchantait.

— Madikla patasan ti (ce livre est mauvais), commençai-je à dire, en badinant avec mon public.

Après le discours, je m’épongeai le front. J’étais fatiguée, je voulais rentrer chez moi et retrouver mon compagnon. Une femme en robe blanche moulante me frôla, elle tenait à la main un verre à pied dans lequel macérait un liquide verdâtre surmonté par un quartier d’orange. Nous nous fîmes face quelques instants, je compris qu’elle souhaitait me parler, certainement pour que je lui dédicace « L’ami taïwanais ». Mais ce qu’elle me dit me sonna :

— Votre ami, celui dont parle le livre.

— Le héros du roman vous voulez-dire ? Je lui souris, sans vraiment y prêter attention au début.

— Je le connais.

— Vous le…

— Vous ne le connaissez pas, n’est-ce pas ? Vous avez écrit tout un roman sur quelqu’un que vous ne connaissez pas.

Je tremblai. Il me semblait que la pièce se rafraichissait. Un poignard me fendait le cœur. Ainsi, quelqu’un, dans cette foule compressée, m’avait percée à jour.

Elle vivait non loin du Palais des festivals de Taïwan, dans un petit appartement exigu, dans lequel on entrait en passant la tête à travers de lourds rideaux de théâtre rouges.

— Voulez-vous du thé aux perles ? S’enquit-elle.

J’étais encore fatigué par mon discours, mais j’étirai mes jambes sous la table en bois vernie et acceptai son invitation. L’inconnue devait avoir dans les quarante ans, ses mains étaient fines, élégantes. Sur de petits tableaux derrière nous deux garçonnets jouaient au ballon.

— Ce sont vos fils ?

— Mes neveux. Je n’ai pas d’enfants. Vous savez… Madu kaimin patasan ki (nous adorons ce livre) à Taïwan. Vous l’avez réellement écrit comme un auteur taïwanais.

Je haussai les épaules. Elle apporta le verre à thé. Elle avait accroché une feuille de menthe sur la paille jaune qui flottait dans le verre. Je la remerciai aussitôt.

— Maintenant, me dit-elle, je vais tout vous dire.

J’écarquillais les yeux. La lune semblait secouée par le vent à travers la fenêtre. J’entendis le bruit de grillons, puis plus rien. En attendant qu’elle reprenne la parole, je fermai les yeux inconsciemment. Une odeur d’iode me remonta à la poitrine. L’odeur de la mer de Chine méridionale, avec ses frégates tremblantes sous l’orage.

Mon interlocutrice était bunun elle aussi. Elle portait un chapeau traditionnel, une longue jupe rouille.

— Je l’ai rencontré sur le mont Yu Shan. Votre ami. Il plantait un drapeau blanc, le drapeau de la révolution. J’étais plus jeune, plus jolie, nous nous sommes parlés.

Je n’osai pas lui demander s’il avait mentionné mon nom. Je la laissai continuer.

— Asa kata tu madaidaz imita tu ludunan aupa ludunan hai sintuhumis Dihanin (il faut chérir tous ceux que l’on aime).

J’acquiesçai.

— Nous avons fait l’amour dans une clairière bleue, à 10 kilomètres de la montagne aux Sept Etoiles. Il y a eu un tremblement de terre, cette nuit-là. Ses yeux étaient en feu et… Cela ne vous ennuie pas, que je vous dise la vérité. Vous l’aimiez n’est-ce pas ?

Je baissai les yeux. Mes séances de piscines entre les murs couverts de dalles en marbre nacrées de la piscine Molitor me revinrent en mémoire. Sa question fit remonter des souvenirs que la publication de « L’ami taïwanais » n’avait pu faire elle-même ressurgir. J’eus l’impression que quelqu’un essayait de me plonger la tête dans un bassin d’eau makakazav (glacial) avec un bâton de marche. Je relevai pourtant la tête, et elle continua.

— Bien entendu, vous l’aimiez. C’était quelqu’un de… C’est assez bizarre d’en parler, maintenant qu’il est mort.

— Il est donc mort ?

— Vous ne vous en doutiez pas ? Vous êtes venu ici le chercher, n’est-ce pas.

— Je suis venue faire la promotion de mon livre.

— Je le connaissais. J’ai discuté avec lui, j’ai fait l’amour avec lui une seule nuit. Mais j’étais loin d’être proche de sa famille. Je n’ai pas assisté aux obsèques.

Mitmaz mataz (de quoi est-il mort), lui demandai-je.

Les rideaux rouges de l’entrée tremblèrent, et se soulevèrent, laissant passer le museau renfrogné d’un bouledogue anglais. Maï, c’était le nom de l’inconnue, le prit dans ses bras et caressa son poil ras gris et blanc en riant.

— Deux balles en plein cœur.

Je secouai la tête d’avant en arrière. L’atmosphère ouatée du petit appartement me semblait étouffante. La nuit se refléta dans une larme qui coula le long de ma joue droite.

— Il a toujours eu du courage, rétorquai-je.

— Vous avez fait un rêve prophétique ? C’est pour cela que vous êtes venue ?

Je songeai que le roman que j’avais écrit était ce songe dont elle parlait.

— Les bununs dont je fais partie distinguent entre la mort honorable de vieillesse et la mort trop brutale. Les personnes décédées selon la deuxième mort sont enterrées sur le site même de leur trépas, vous voyez. Il est toujours là-bas. Son squelette hante le parvis du palais présidentiel.

— Dans la mythologie bunun, le paradis se nomme Maiasang, je chuchotai. Je suis sûre qu’il l’a rejoint.

— Qui sait, dit-elle. Mais l’ami taïwanais parle de lui, n’est-ce pas ? Pourquoi n’être pas venue à Taïwan avant pour le rencontrer ? Vous devriez rentrer dans votre pays. Il n’y a plus rien pour vous ici. Vous savez, nous les bunun nous pensons que le chasseur qui voit un hashas (oiseau) qui s’envole sur le côté gauche de son corps, doit s’enfuir. Je suis votre oiseau de mauvais augure.

— Je l’aimais parce que… Tuk zazaku (il me ressemble). Je suis venue noyer mes regrets dans le ciel de Taipei.

Mes yeux se fermèrent. La piscine qui noyait le fond de ma conscience refluait devant mes paupières par vagues glacée. Cette nuit-là, je marchai longtemps dans les rues de Taïwan. Personne ne reconnut l’écrivain en vogue que j’étais devenue. Personne. Je marchai dans les rues les plus désertes, pour me perdre, et la question de Maï me revenait à l’esprit à chaque fois qu’une lumière croisait mes yeux. « Pourquoi n’être pas venue à Taïwan avant pour le rencontrer ? ». Et son rire me hantait : « Vous êtes tapu dadavus (accro à l’alcool) comme tous les écrivains ? ».

Voici donc, lecteur, l’origine du roman qui a bousculé les codes littéraires de la petite île formosienne. L’homme qu’elle a rencontré sur le Yu Shan (littéralement : la montagne de Jade), je l’aimais, moi aussi.

« Maki haiza su iti, saitia al nanimataz” (si tu avais été ici, il ne serait pas mort). Cela, Maï ne me l’avait pas dit, mais cette phrase planait sur la nuit comme l’étendard d’une révolution avortée.

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