Le svanur aveugle / Le cygne aveugle (Islandais + Français)

Je suis montée sur un promontoire, l’horizon disparaissait
Reykjavik (littéralement « la baie des fumées) étourdie se réveillait
La Landsbanki (Banque Nationale) déversait des litres de fumées noires
Le givre avait pris possession de nos esprits embrumés

Regardez ! Ce chemin est celui que la sorcière prend tous les matins
Pour aller rendre visite au tónskáld (compositeur) le plus écouté d’Islande
Un hrafn (corbeau) s’est posté à sa fenêtre et écoute leur conversation
Et l’öskubakki (cendrier) se remplit au fur et à mesure que les notes sont libérées dans l’atmosphère

J’étais amoureuse d’un rithöfundur (écrivain), voici ce qu’il m’a dit
« Un jour dans ces lieux, tu feras un songe sans couleur ni visage,
Et le lagon se jettera dans l’immensité de l’himinn (ciel) »
Ce jour-là la sorcière me dévisageait, elle léchait l’envers d’un miroir

J’étais amoureuse d’un écrivain, de la musique et du ciel
Et de ce Dieu bruyant qui se tient prostré dans la dómkirkja (cathédrale)
Quand l’orgue joue un andartak (instant) et que je m’approche de ma foi
La sorcière jalousait mon stjarna (étoile) et m’a changée en oiseau

Une kirkja (église) assoupie dans l’ombre d’un cimetière
A accueilli mon corps et des plumes par centaines
Freyja (déesse de l’amour) m’a entendue chuchoter à la terre
Elle qui me rend chaque soir mon enveloppe charnelle

Ecoutez ! Un svanur (cygne) aveugle m’a remplacé sur terre
Le jour je fends les eaux glacées de mes plumes hvítur (blanches)
Moi j’aspire au repos éternel, mon corps est enterré près du lac où je nage
Le peuple invisible des elfes me salue depuis les rochers

J’épie chaque soir le draugur (fantôme) de mon corps me revenir
L’eau toujours écarquille les yeux et le ciel se tait alors que je nage
Et la poésie vient hanter les espaces inhabités du lac où j’habite
Dieu se fait tout petit dans ma piscine d’eau sombre

Et le ciel se colore par touches d’huiles roses et violettes
Le lagon se jette dans l’immensité de l’himinn (ciel) »
Ecoutez ! Un svanur (cygne) aveugle m’a remplacé sur terre
Et ce soir comme tous les soirs mon corps se réveille

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