La fête forraine

Derrière le stand photogénique
Une kalache de synthèse
Un héros comblé achète la camelote
D’un marchand de rêves plastifiés

J’allume une Marlboro salée
Mes larmes dévalisent la sincérité de mon visage
Une fumée de marijuana me bouscule
Et enveloppe un néon palpitant

Une fille boit une margarita lumineuse
Elle m’a jeté un regard décapant
Dans la foule chaque regard
Laisse deviner une pierre tombale

La pelouse est jonchée de mégots
Un furet grignote un morceau de carton
Je frotte mon visage sur la surface glissante du vent
J’ai flashé sur une forêt de néons

Le château est gonflable
Les chevaux en plastique
Sur un écran une lutte à mort
Je déglutis mon chewing-gum

Déjà le vent irradie l’eau trouble d’un jacuzzi –
Des canards roses, jaunes, verts
Attendent qu’un gamin vienne les surprendre
Dans leur idylle liquide

L’éclat d’un réverbère souillé par les cris
Des ombres peuplant cette fête foraine
Défigure à son tour
Une armée de visages hantés par la joie

Cette fille a un regard de stuc rose
Qu’elle vienne m’embrasser si elle l’ose
Je repeins mon âme casanière
D’huile à moteur

Tout est ciré d’arrogance banale,
L’insouciance est brûlée
Sur le parking des gamins courent
Une sirène fluo retentit

Les citadins respirent hystériques
Les convulsions désaccordées de la fête
Et derrière un homme glacé par l’ennui
Des peluches oscillent sous le vent

Comme des notes dans une partition
La voix de Shakira couvre lentement
Une nacelle inclinée à 90 degrés
Suspendus face au vide,

Trois adolescents déshabillent
La partition de leur peur panique
Et devant un karting désert
Un flipper grésille et pleure

Dégommées les canettes vertes
La musique pop s’entête et porte
En elle la vitesse de cette fête
Sonorisation psychédélique

Anxiété de saltimbanque
Arbres pollués, clarté absente,
Tréteaux devant les trampolines
Et puis l’illusion, la redescente,

Nos vertiges sont transportables
Sur la jetée centrale de Blackpool
Regarde ! La rotation imperturbable
Même les usines semblent distantes

Et la grande roue accumule les tickets
Quand j’embrasse du sucre rose et fade
Ma bouche écume d’insuline
La barbe à papa fond au contact du papier

Suspendus au plafond étoilé
Du ciel immense et constellé
Noir déluges, lumières perdues
Nous dérivons dans l’univers figé

Des tentacules immaculées
Venant célébrer la fin de l’hiver
Et je monte, je monte plus haut
Vos silhouettes s’affadissent ;

Un nuage contusion brumeuse
Je suis calme à présent
Mon souffle laisse une traînée visqueuse
Dans la nuit jaillie du béton

Oublié en haut de la grue rieuse
Je tutoie le givre et la pluie
Elle m’apparait dans un bouquet
De fumées divertissantes

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