Le plafond de verre

Tous les projets que j’ai échafaudés ont échoué. New York m’a rendu pauvre comme Job. La seule chose qui me fait encore tenir ? C’est mon ambition. Je la transporte d’échec en mésaventure, comme un vieux sac de sable. Pourtant une chose est sûre. Je ne continuerai pas ainsi. Si le projet que j’ai en tête échoue encore aujourd’hui… J’arrête tout.

 Alors que je songeais que personne ne viendrait m’enterrer si je me passais l’arme à gauche, une carte de vœux se décrocha du mur de mon salon. Je la reconnus immédiatement. Tous les ans, quelqu’un me l’envoyait pour Noël. Un petit jeu qui durait depuis plus de dix ans.

 Les souvenirs sont des couvertures douillettes. Blottis en elles, nous méjugeons le présent et commettons des erreurs. Je fis ainsi l’erreur de penser qu’une personne qui avait pris chaque année la peine de m’envoyer ses vœux pourrait me prêter sans hésitation une somme rondelette. Certes, le petit carton pouvait être aussi bien un signe de Dieu que du Diable, mais cela vaut toujours le coup de tenter, quand on se sent désespéré.

 Je lus le nom de l’expéditeur au dos de la carte mille fois, et Internet me fit cadeau de son adresse. La carte provenait d’une ville à trois cents kilomètres de New York. Autant le dire, du beau milieu de nulle part.

 Le soir même pourtant, j’enfourchai mon vieux scooter en direction de cette ville. Je pris la peine de laisser à mon logeur (un homme cynique) un mot d’excuse sur la table de mon salon, car il attendait plusieurs mois d’impayés. Cette fois était peut-être la bonne, du moins j’aurais aimé le croire. L’âme humaine est ainsi conçue, le feu de l’espoir dans notre poitrine est difficile à éteindre. Je roulai de nuit, et me perdis plusieurs fois.

 Au matin, j’arrivai à l’endroit désiré. La maison que je cherchais était située au milieu d’un parc. Un lac y veillait sur des villas qui me laissèrent sans voix. Chacune avait un charme unique. La pluie se mit à tomber sur mes épaules et alors que ma veste en jean prenait l’eau, je me mis à trottiner. C’est alors que je la vis. Une merveille de marbre rose. La plus somptueuse de toutes ces villas. Je me jetai sur la porte.

 Aussitôt, le doute prit possession des derniers espaces libres de mon âme. Je cognai contre le bois. Alors, le judas de la porte s’ouvrit, révélant un œil en amande.

— Theresa ? C’est moi. Tu me reconnais ?.

 Elle me laissa entrer. La maison dans laquelle elle vivait était remplie de meubles d’antiquaires et elle m’invita à m’asseoir. Le luxe du salon me stupéfia, mais son désordre aussi. Il s’y trouvait trop d’objets attendant d’être époussetés. Le salon rappelait un de ces musées d’histoire encombrés que l’on a hâte de quitter.

 Il me sembla également qu’une partie des meubles avaient récemment été déplacés. Le piano, par exemple. Le sol indiquait qu’il avait été tiré jusqu’au milieu de la pièce.

— Je suis venu…

— Aucun problème. Je suis heureuse d’avoir de la visite.

— Tu vis dans un endroit très agréable.

— Je sais.

— Tu joues du piano ?

— Pourquoi ? Non.

— Je me demandais. Ton mari est là ?

— Il devrait être de retour dans peu de temps. Il est parti hier en Suisse. Ecoute, ne t’inquiètes pas. Je suis contente d’avoir de la visite. Je vais nous faire un peu de thé. Attends-moi. Je vais faire bouillir de l’eau. Attends-moi, d’accord ?

 Elle s’évada dans la cuisine. Mon regard resta accroché aux meubles. Ils étaient de très grande valeur.

 Le luxe des lieux me rendait hésitant. Alors que Theresa ne pouvait me voir, j’essuyai mes lunettes sur le bras de mon fauteuil. Le bruit de ses pas feutrés me parvenait. La pièce n’était éclairée que par un seul lampadaire et j’y voyais mal. Theresa prenait son temps. Elle était probablement à la recherche de quelque chose. J’entendais des tiroirs être ouverts puis fermés. J’espérais qu’il s’agissait d’une seconde lampe pour éclairer ce salon un peu obscur. Je me demandais pourquoi elle fermait les rideaux de la pièce.

— Les ampoules des autres lampes sont cassées. Je n’ai pas eu le temps d’aller en chercher, j’ai été débordée, dit-t-elle en revenant, comme si elle m’avait entendu penser.

 Elle plaquait les mots les uns à la suite des autres, comme une actrice. Je tournai ma tête vers elle. On pouvait percevoir un son sourd mais répété provenant du plafond. La poussière sur les meubles était écartée par des gouttes de pluie. Nos yeux se rencontrèrent.

— Mon mari devrait réparer la fuite prochainement.

Je remarquai ses rides. Elle n’en avait pas, à l’époque. Son visage retenait une expression absente, un regard fantomatique.

— Tu as bonne mine, lui dis-je.

— Merci, répondit-t-elle. J’essaie de paraître au mieux. Mais je passe mon temps dans cette pièce.

— Tu ne quittes jamais ton salon ?

— Non, pourquoi ? J’ai tout ce que je veux ici.

— Tu dois y être très heureuse.

— Oui, je suis exceptionnellement heureuse.

— Je vois. Tu en as l’air.

— Tu n’as jamais répondu à mes cartes, dit-elle alors, abruptement.

— Je suis désolé. J’ai été très occupé.

 C’est-à-dire honteux de ma situation personnelle et financière. Theresa m’avait laissé tomber après deux ans de relation.

— Pourquoi es-tu venu ? me demanda-t-elle enfin, avec une voix monotone.

 Son regard me défia. J’étais paralysé. Je ne pouvais lui dévoiler mon échec. Nous étions arrivés à dans ce pays ensemble. Il me sembla humiliant de lui apprendre que j’étais celui de nous deux qui avait échoué.

— Je suis venu rencontrer deux collègues qui vivent dans les environs. L’un d’eux a évoqué ton mari devant moi, et j’ai pensé… Vous êtes voisins. Et après tout ce temps… je me suis dit que je devais te rendre visite. N’étions-nous pas, après tout…

 Son regard se fit suspicieux. Soudain, avant que je tombe dans le piège de ses questions, advint quelque chose d’inattendu.

 Toc, toc, toc…

 Trois gros coups furent portés à la maison depuis l’entrée principale. Theresa se figea, et se leva de sa chaise comme une morte. D’une main, elle m’intima de rester immobile. Elle s’approcha des rideaux et observa au dehors. Ensuite, elle baissa presque complètement la lumière du seul lampadaire.

 Toc, toc, toc…

 Trois nouveaux coups furent encore frappés sur la porte d’entrée. Theresa restait immobile.

— Oh, ces coups… Il n’y a personne, seulement, ne bouge pas. Ne bouge pas, d’accord. Ça va s’arrêter…

 Mais sa voix ressemblait fortement à celle que je prenais pour mentir.

— Je vais mettre quelques bougies pour éclairer, dit-t-elle.

— Des bougies ? Je lui demandais, hypnotisé.

 L’idée qu’elle et moi allions allumer des bougies comme deux adolescents me semblait excentrique.

— Tu es sûre que tu ne veux pas que j’ouvre les fenêtres ? Si tu veux, je peux faire peur à ce type, demandai-je.

 Theresa fronça les sourcils et entreprit d’ouvrir la bouche, comme si elle était sur le point de laisser un cri s’échapper de celle-ci.

— Non, je t’en prie, n’en fais rien ! Les coups vont s’arrêter.

 Sa mâchoire chancela. Theresa avait changé. C’était moi qui étais empêtré dans mes mensonges et trempé par la pluie ; elle était riche et installée, mais ces coups semblaient suffire pour la déstabiliser.

 Toc, toc toc.

 Les coups retentirent à nouveau. Theresa ferma les yeux. Un peu de mascara coula sur ses joues. Nous pouvions entendre nos respirations haletantes et le silence des lieux me pesa lourdement. Je fis comme si de rien n’était :

— Tu n’as aucun personnel de maison, ici ? demandai-je. Ce genre de gens ?

 Theresa se reprit et me répondit de sa voix à nouveau posée :

— J’essaie de garder une vie simple. J’en ai, naturellement. Mais tu arrives au plus mauvais moment.

— Je te demandes pardon ?

— Nous sommes le quatre juillet. C’est la fête nationale aujourd’hui. Ils m’ont laissée seule. Ils ne travaillent pas.

 Theresa avait toujours été une mauvaise menteuse. Je laissai ma conscience divaguer. Qui était à l’origine des coups ? Il m’apparut très clair que la
personne qui cognait à la porte devait être son amant. Tee nageait dans l’opulence. Son bonheur lui était sans doute insupportable. C’est ce que certaines personnes riches ressentent. Le contact de l’argent a fait d’elle une personne faible, jugeai-je, pendant qu’elle partait chercher la théière bouillante.

— Qui est l’homme qui frappe à la porte ? lui demandai-je sans détours quand elle fut revenue, avec le souci d’étancher ma curiosité.

— Oh, il ne s’agit que de Mme Lockhart. Elle essaie de me vendre des objets inutiles chaque fois que mon mari est parti. Le sien une grosse affaire lui aussi.

— Une vieille femme ? Cela ne devrait pas t’effrayer.

 Sa réponse ne m’avait pas semblé convaincante.

— Une véritable sorcière. Je ne suis pas effrayée. Allumons donc quelques-unes de ces bougies, si tu veux bien. J’en avais mis à l’occasion de l’anniversaire de mon mari, l’année dernière. Nous avions fait parvenir une invitation à presque tous ses employés. Même les stagiaires étaient invités. Une magnifique journée, splendide. Mais le gâteau, quelle abomination ! J’aurais vraiment dû préparer la pâte moi-même.

— Tu cuisines ?

— Certainement pas. J’ai mon cuisinier, il est génial.

— Un vrai cuisinier, en as-tu de la chance !

— Il vient de chez nous, me répondit-elle.

 J’oubliais de plus en plus pourquoi j’étais venu ici. Il me vint à l’esprit qu’il me fallait lui demander l’argent maintenant, sans attendre plus, au lieu de me montrer agréable avec elle. Demander, et partir, m’intimai-je soudain. Malheureusement, elle me parla à cet instant d’une voix que j’avais aimé, une voix tombante et chaleureuse à la fois, comme une feuille dans le vent :

— Assez parlé de moi, Nick. Parle-moi un peu de toi.

— Eh bien… Tu te rappelles combien j’aimais le cinéma à l’époque ? J’ai pu tourner quelques films….

— Tu fais des films ?

 Ses yeux s’agrandirent. Je commençai à me demander pourquoi diable j’avais choisi un mensonge artistique.

— Est-ce que je peux voir tes films ?

— Oui, bien sûr, je… Ils sont… Partout. J’ai réalisé plusieurs films. Des publicités. Je suis sur un gros projet à présent.

— Ça parle de quoi, ce nouveau projet, Nick ?

 Elle agitait ses mains, en souriant, les yeux lumineux. Cela me remit en mémoire un souvenir.
 Nous étions amoureux, et beaucoup plus jeunes. Je lui avais offert la parure de mariage de ma mère. Quelle idiotie. J’avais vu la même lumière jaillir dans ses yeux à la vue des rubis. De nous deux, c’était elle la plus ambitieuse.

 Theresa alluma les bougies. Elle en utilisait une seule pour allumer toutes les autres, et acheva son œuvre sans brûler un seul de ses doigts minces.

— C’est mieux avec les bougies, non, me demanda-t-elle.

— Effectivement, répondis-je en souriant.

 Rien n’avait désormais plus d’importance à mes yeux, que de parler avec elle.

— Alors tu es dans le cinéma ? Je suis si émoustillée à l’idée de connaître un vrai réalisateur ! Est-ce que tu vis de tout cela ?

— La publicité paie très bien. J’ai envie de faire des films plus créatifs, à présent. C’est ce que mon nouveau projet ..

— Ça coûte cher, un film, n’est-ce pas ?

— Oui, très cher.

— Tu t’en sors ? Me demanda-t-elle encore, incrédule.

— Au niveau financier ? Oui, je t’assure. Je m’en sors plus que bien.

 Ma langue ne pouvait s’immobiliser, et envoyait des mots dans toutes les directions. Je me sentais grisé, intouchable, admirable. Sauf que j’étais un menteur.

— Ton film, c’est sur quel sujet ?

— Mon film ? Lequel ? Tu veux dire le… Le plus récent ?

— Oui, celui-ci. Je suis si excitée ! Je veux tout savoir.

— Cela t’intéresse vraiment ?

Tu sais, même si je nage dans le bonheur conjugal, je ne me sens pas toujours à ma place ici. Mon mari est un type d’Américain extraordinaire, mais… être une femme noire aux Etats-Unis, à New York… Ça n’est pas toujours facile, admit-t-elle.

— Tu as fait Yale !

— La première année seulement. J’ai rencontré mon mari là-bas, puis je l’ai épousé. J’ai lâché les cours ensuite.

— Je n’étais pas au courant.

— Tu n’as pas été au courant de grand-chose.

— Tu n’es jamais retournée au pays ?

— Non.

— Je vois, répondis-je, en feignant un sourire. Ta famille doit te manquer énormément ?

— Ne parlons pas d’eux, veux-tu.

— Comme tu veux.

— Ils n’ont jamais vraiment accepté que je te quitte.

 Son regard se rétrécit. Elle ajouta :

— Je ne me sens pas toujours à ma place. Quand tu vois ces vieilles, comme Madame Lokhart… Elles se croient supérieures. Elles ne me traitent pas comme leurs amies américaines. Ça a été difficile pour moi en arrivant ici, mais je me suis adaptée. Trouver un job décent… Sans diplôme et avec ma couleur de peau… Si je n’avais pas rencontré Jonathan, j’étais vouée à faire le ménage pour Madame Lokhart et ses amies, ou changer les couches de leurs petits-enfants. J’arrête de me plaindre, désolée. Parle-moi de ton film.

— En fait, c’est une sorte de coïncidence. Mon film parle de ce sentiment-là. De la façon dont le racisme nous tient en dehors de la société. Tu vois, ce pays, pour moi, c’est un train. Les personnes comme nous peuvent prendre un compartiment et y être à l’aise, tant qu’elles y restent entre elles.

— Je vois…

 Theresa fit une moue perplexe. J’allais être à court de métaphores mensongères. J’aurais tant voulu réussir à nourrir encore son admiration pour moi… Soudain, quelque chose m’hypnotisa. Je ne l’avais pas remarqué, le plafond de la villa était un miroir. Je pouvais voir nos deux silhouettes, celle de Theresa et la mienne, se réverbérer sur le plafond. Nous ressemblions à deux gouttelettes colorées dans un océan de clignotements. Les bougies avaient rendu la pièce entièrement scintillante.

— Quel sera le titre de ton film, me demanda Theresa. Elle aussi semblait hypnotisée par les effets de lumière sur le plafond.

— Je ne sais pas, répondis-je honnêtement. J’ai pensé, éventuellement au Plafond de verre. Qu’est-ce que tu en penses?

— C’est un titre merveilleux. Nous souffrons énormément de ce plafond de préjugés. La plupart des gens ont de bonnes intentions, mais au final… on se retrouve seul dans une société d’inconnus.

— Tu aimes vraiment ce titre ?

— Oui.

— Avec les consonances de mon nom, faire un film, demander de l’argent à des producteurs, tout devient plus compliqué.

— Cela ne devrait pas être ainsi. Si seulement ils te connaissaient.

— Cela ne changerait peut-être pas grand-chose…

— Tu t’es marié ?

 Je ne m’étais pas préparé à sa question. Pour cacher ma gène, je fis une pause, et me penchant sur la table, je fis mine de me servir une tasse de thé.

— Tu n’es pas…

— C’est pour bientôt.

— Bientôt ?

 Elle détourna le regard, puis reprit, comme si de rien n’était :

— Oh, le thé. Je suis désolée… j’ai oublié d’acheter du thé. Je n’ai plus de sachets dans le placard. Je suis désolée.

— Cela ne fait rien. Aucun problème.

— Mais il faut du thé…

 Elle semblait nerveuse à présent.

— Je vais aller en chercher, dit-elle.

— Tu veux que j’y aille, m’enquis-je prestement.

— Oh, non, non, il y a une petite échoppe juste derrière la villa. Je vais aller nous chercher quelques sachets de thé, c’est l’affaire d’une minute. Attends-moi un instant s’il te plait…

Elle partit, et le bord de sa robe effleura légèrement mon genou droit. J’attendis, planté là, deux, vingt, quarante minutes. Elle ne semblait pas revenir. Le thé avait été un prétexte gracieux. Elle avait dû appeler son mari à la rescousse, ou même la police. Quel embarras elle avait dû ressentir en me voyant arriver chez elle… Toute cette histoire avait été vaine depuis le début. Et quel fou j’étais, de penser que… Et mes explications sur le cinéma… Non, je ferais mieux de partir en vitesse, retourner en ville. Me trouver un job dans un fast-food et une fille simple. Vivre ainsi pour le restant de mes jours.

Oui, cesser de me plaindre et partir. Au moins, j’étais vivant, et je ne vivais pas dans un musée éclairé à la bougie. Je n’étais pas celui qui avait peur des vieilles importunes. Ou, plus vraisemblablement, de mes amants. Je me mis debout, et alla chercher ma veste. Theresa l’avait accrochée sur le porte-manteau à l’entrée de la villa.

Mon histoire aurait pu s’arrêter là. Mais toc, toc, toc… soudain, trois coups, plus forts, plus volontaires que les coups précédents, furent frappés à la porte de la maison. Qu’avais-je encore à perdre ? J’ouvris la porte. Grand.

Un homme se tenait debout devant moi, dans les quarante ou cinquante ans. Pas son mari, donc, me rassurai-je. Trop vieux. Je décidai de montrer à cet homme qu’il ne me faisait pas peur, mais il parla le premier :

— Est-ce que Mme Theresa est là ?

— Certainement pas. Et vous n’êtes pas autorisé à cogner sur sa porte toute l’après-midi, si elle ne vous répond pas. C’est sa maison, et elle a tous les droits à son intimité.

— Non.

— Je vous demande pardon ? Pourriez-vous importuner quelqu’un d’autre je vous prie ? Je pourrais vous signaler à la police du coin.

— Non, ce n’est pas sa maison, dit l’homme, avec calme.

— Qui êtes-vous, Monsieur, dis-je, offusqué. Je suis un ami de Theresa.

— Madame Theresa n’a pas d’amis. C’est une mendiante.

— N’insultez pas mon amie.
.
— Monsieur, il y a un malentendu, reprit l’homme, fermement mais en souriant faiblement.

— Que dites-vous ?

— Je doute que vous connaissiez Madame Theresa. Elle est célèbre dans les environs pour son talent à squatter des villas de charme abandonnées comme celle-ci. Elle a déjà été signalée plusieurs fois à la police dans le passé, mais que peuvent-t-ils faire ?

— Vous mentez !

— Bien sûr que non. Mais la fille est trop rusée. Elle leur échappe tout le temps. Elle ferme les volets, ne déplace pas les meubles, elle est silencieuse. Elle reste dans les villas pendant des mois, des années, ou des jours, cela dépend. Vous avez eu de la chance de la trouver.

J’étais éberlué. Mon cœur battait à tout rompre.

— Qui êtes-vous ? Lui demandai-je, en haletant.

— Je possède cette maison. Je vis en ville avec ma famille, et j’ai découvert la semaine dernière que quelqu’un s’était introduit chez moi. Je voulais juste exiger d’elle qu’elle parte, cela m’aurait évité d’appeler la police immédiatement – je n’aime pas tellement avoir des contacts rapprochés avec eux.

— Qu’en est-il du mari de Theresa ?

— On dit bien qu’un homme a abandonné cette fille après l’avoir épousé, oui. Une sorte d’escroc, lui ayant fait miroiter la lune, et lui laissant une flopée de dettes… Pauvre fille, c’est vrai… Mais c’est ma maison, j’ai besoin de la louer à présent, et sa présence pourrait décourager les visiteurs…

— S’il vous plaît ?

— Oui ?

 Je fis une estimation rapide de tout l’argent qui restait à ma disposition. Puis je fouillai dans mon sac pour trouver mon porte-monnaie. Je tendis à l’homme tous les billets qui me restaient.

— Madame Theresa est partie, lui dis-je. Je suis sur le départ, moi aussi. Je peux vous assurer que vous allez être en mesure de louer votre villa à partir d’aujourd’hui. Prenez ce dédommagement. Vous ne la signalerez pas à la police.

 Je plaçai les coupures dans la main, immobile, de l’homme. Ce dernier se renfrogna, mais prit l’argent. Puis il me tourna le dos et repartit à sa voiture. Je ne pus même pas entendre le bruit de sa voiture qui s’éloignait, tant mes sens étaient paralysés. J’attrapai ma veste et je quittai les lieux.

 L’instant d’après fut celui d’une douleur vive. Dans mes esprits, puis dans mon corps. Je criai. Une goutte de sang s’écrasa sur le sol encore mouillé de pluie. De la poche de ma veste, je sortis un objet rutilant. Une parure de mariage étincelante, enroulée dans une feuille de papier. Son fermoir venait de m’égratigner. Une bague me glissa alors entre les mains.

« Pour le Plafond de verre. Avec tendresse. Theresa », pouvait-t-on lire sur la feuille. Theresa m’avait légué sa bague de mariage. Je me saisis des rubis et de l’anneau, et me remit en route, apaisé.

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