La vallée de Shigar (Langue Balti du Pakistan / Français)

Asalm u alaikum (bonjour) voyageur,
Le K2 est infranchissable et pourtant —
Il faut aller sur le plus haut glacier du monde
Sidha song (tout droit)
Nous noyer dans une pluie de pulsions saccadées
Entendre les reproches des hommes retayr (à la retraite)
Le fleuve prend sa source dans les glaciers

Pour atteindre la mer d’Arabie
Une azab (douleur) vive dans les jambes
Tracer la route au milieu des langues glaciaires
Les kharsigar (bijoutiers) ont fondu tout leur or
Pour nous indiquer la route de Chitral
Le Muztagh Tower nous regarde
Un injinér (ingénieur) fait un barbecue
Au bord d’un lac grisé par le coton sale du vent
Le blé est séché au mois d’août
La snola (fête des fleurs au Tibet) est célébrée en Balti

« Les roses rouges donnent envie de vivre « 
(13ème vers du poème chanté pour l’occasion)

J’ai beau être coupée du monde
Dans ce village montagnard
Je comprends la beauté de ces chants
Et la douceur des légendes d’antan
Mais les tours rocheuses s’embrument

La vallée de Shigar cache une perle
Un monastère bouddhiste sur lequel la lune
Crache des des fulgurances d’huile dorée
Les murs blanchis à la chaux hier
Ont été repeints au henné en une nuit

Emmène-moi dans le Fort sur le rocher
Je suis un peu saoule, un peu skyonjan (paresseuse)
Il y a un hôtel transformé en halte sarpha (fraiche)
Et une piscine construite en terre flambée
Suis-moi au Ladakh, le pays rouge (Mar Yol)
Là où les cristaux allument les stores violets
En battements de dentelles froissées

Voyageur, dis-moi pourquoi
Je vois ton reflet sous la surface de kha (neige)
De tous les lacs gelés que je traverse —
Et ton sourire dans les ondulations de l’herbe
Ton rire dans les plis fatigués des roses
Il ne me reste même plus de halwa (dessert)
Plus une miette concassée de pistache
Pour me consoler de ton absence

Ce petit village de Shimshal
Reçoit la lumière brûlante d’une skardu (étoile)
Les pâturages absorbent la caresse du soleil matinal
Les abricots se reflètent dans l’eau glacée

Un moine a contemplé l’eau limpide
Pendant soixante jours et soixante nuits
Il a attendu que la surface se trouble
Pour arracher son regard du lac invisible !

Il a fusionné avec la montagne
Les volutes de fumée l’entouraient comme un halo de temps
Et un oiseau bleu s’est perché
A l’endroit où il se trouvait
Devant le lac d’Attabad,
A cent mètre en arrière de l’eau moite
A cent mètre de l’eau figée et morte.

Le moine est reparti sans un mot
Le ciel rougissait de tiédeur
Les arbres s’effarouchaient sous le vent d’est
Et l’oiseau s’est posé sur le lac ;

L’eau avait gelé, voyageur,
Le K2 est infranchissable et pourtant —
Il faut aller sur le plus haut glacier du monde
Je suis un peu saoule, un peu skyonjan (paresseuse)
Suis-moi au Ladakh, au pays rouge (Mar Yol)
Là où les cristaux allument les stores violets
En battements de dentelles froissées



Note : La langue balti, considérée comme l’ancienne forme de la langue tibétaine est parlée par environ 770 000 locuteurs, au Tibet, en Chine, au Bhoutan, au Népal et en Inde, et au Pakistan (400 000 personnes)

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