Isalaan / Il pleut à verse (Bunun de Taïwan / Français)

La Chine s’endort en oubliant les gouttes de rosées 
Isalaan (il pleut à verse), des gouttes criminelles
Madu saikin su je t’aime beaucoup voyageur,
Je t’emmène voir le meilleur guide de haute montagne

Il habite près d’un bois contaminé par l’amiante rose
Ses enfants ont grandi, posté devant sa vérandah
Il montre la route aux camions
Il y a des cimes enfumées partout dans cette île,

Tu vois le ciel leur sert d’auréole !
Et Taiwan a la forme d’une feuille de tabac
Il nous montrera le chemin jusqu’à Kaohsiung,
Il nous dira comment l’eau a jailli des yeux de son maiasang (pays natal)

C’est un festival d’hasanga (de couleur) et de sang fluide
Je sors d’un long songe de feu, les murmures du vent
M’ont ôté toute envie de marcher
Mais les serres d’aigle du vent m’ont fait un brancard d’heures fraiches –

Sadua zaku (regarde-moi !) juste un instant
Avant le  tremblement de terre – il y avait des ignames et du millet
Le dernier a décimé ces briques ruinées rougies
Voici les funérailles des bordels vautrés dans le silence

Des huanna (sauvages) ! On nous insulte à Taïwan
Des groupes d’hommes encerclent les silences lumineux
Ils furent derniers à se rendre à l’occupant japonais
Dis-moi faut-il taiashaz (se suicider avec une arme à feu)

Puisque les oiseaux ont disparu,
Puisqu’Aziman Sikin (célèbre guerrier Bunun) s’est tu ?
Puisque le blanc des prunelles aveugles des vieillards,
Ne reflète plus la nuit ?

La nuit éclatante de jadis
S’est dissoute dans un tremblement d’armes
Et le gin a sali les lèvres les plus sincères…
Mudana (allons y)

Quand la lune décroira
Nous irons brûler les vermines qui rongent les champs
Piétiner l’herbe ferreuse qui dort depuis trop longtemps
La langue d’Atayal dort dans un pré ultraviolet

Avec la nuque calée contre une Bible fanée
Derrière elle un centre de rééduc,
Quelques paquets d’oréos entamés 
Mabiskava (dépêche-toi !) allons parler aux nuages

Faisons à la terre un halo de cendres, 
Un oiseau Arrenga d’encre a volé mon ispapatas (stylo)
Tuk zazaku (il me ressemble) son ombre s’affaisse
Et de sa rage il déchiquète le vol des nuages : Isalaan (il pleut à verse) !



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