La cavalière

Les paysages giclent en dégradé de sable, de part et d’autre des tempes irritées par le vent de la cavalière.

Sans retenue, libre, elle s’insère dans le mouvement fluide de l’animal. Le souffle incendiaire du désert prolonge celui des naseaux bruns. Sur les dunes, ils ne sont plus qu’une ligne. Balancement de la croupe de l’animal; dérive vers le lointain. Elle porte le voile bleu tissé à la main de sa mère en motifs de pampilles.

L’écrivain américain carresse la frange bleue du tapis en motifs de pampilles sur lequel il s’est effondré, vidé. Encore une fois, il sent que sa muse s’est enfuie.
Elle est comme cette princesse sur son cheval, furieuse, grisée, libre dans l’instant. Il déplie le tapis, le soulève comme il la soulèverait, et le porte jusqu’au miroir. Il enveloppe son corps râblé avec et se regarde dans la glace mal lavée. Il ferme les yeux sur son angoisse.

Elle a fermé les yeux. Elle n’a jamais connu l’amour, mais elle s’imagine, dans les courbes du mouvement, dans le va et vient des sabots claquant le sable, l’obsession et la sensualité.

L’écrivain se met un doigt dans l’oeil. Il aurait aimé pouvoir rattraper la muse. Elle aurait pu débrouiller ses idées tordues, il se dit. Trop tard?

Les sabots lisses du cheval tracent dans un souffle ambré, des demi-cercles imprécis sur le sable.

Il va tenter quelque chose. Il attrape un crayon. Une feuille sur la table en formica. Se penche.

Le cheval se cabre alors, cisèle une ombre noire sur le soleil au zénith.La princesse s’effondre sur le sable brûlant. Elle reste ainsi, le visage dans le sable et les cheveux emmelés comme les fils d’un récit, pendant de longues minutes.

Le crayon de l’écrivain la relève. Elle cherche des yeux sa monture. Apperçoit de ses yeux noirs un premier mirage.

Le crayon devient fébrile, sa pointe est écrasée sur la feuille A4. La princesse tend la main vers l’eau. Elle voit le visage de l’écrivain onduler sur la surface de ce lac. Elle lui sourit. Elle n’a jamais vu des traits si différents de ceux de ses frères et des hommes de sa famille. Elle lui sourit à nouveau en se penchant pour boire.

L’écrivain tend son corps à travers les flots sombres de son imagination.

Le crayon se brise sur leur émotion.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s