Le photographe

Mon ombre maudit 
La trame décousue des fleurs
Une virgule sombre au coin d’une rue
M’interpelle
Ils m’ont frappé deux minutes trente, 
C’est long deux minutes
Une côte fêlée, 
Des heures de plexiglas 
Arrosées par le regard cafardeux
Le policier a la patience d’un ours 
Poursuivi par la lune
Il est des silences qu’aucune âme n’ébruite
Une fenêtre en bois attend 
L’apocalypse
Mon sommeil est un bateau 
Qui s’échappe au fond de cet océan de papiers
Je signe et je m’amarre 
A la chair ferme du passé 
La lune s’infiltre dans mes draps, 
La douceur du coton m’irrite
Ma femme est endormie, 
Ses joues reflètent une odeur de carton
Mes enfants dévalent la pente mauve des rêves
Et pieds nus, sur l’herbe fine, 
Comme une feuille d’origan
J’ai regardé une moto défiler 
Dans l’huile du temps
Quatre heures 
Avant que le café m’étrangle,
Dans mes rêves
Ma caméra gît aux pieds d’une gitane
J’arrose la terre humide de mes préjugés
Et acide
Le vent s’entête derrière mes oreilles livides
Il reste quatre heures 
Avant que mon chef me seringue ses idées
Soudain, une robe prune
A couvert la lune éparse
Sa robe a coulissé 
Comme le matin,
Un troll a surgi d’une déesse
Il a sorti une paille
Et s’est mis à boire
Dans un cratère de mon jardin,
L’eau stagnante de son regard
A capturé la barque de mes idées.
Nous sommes restés ainsi
Le lutin et sa drogue herbeuse, 
Jusqu’à ce que la lune 
Rhabille sa clarté pâle.
Ma caméra volée, comment 
Arracher le monstre
Au miroir de la réalité ?
J’ai pensé aux dents de mon chef 
Qui percent ses lèvres,
Mes poches gonflaient sous mes pensées
Sans caméra comment 
Usurper un instant,
Et la retoucher avec sérieux ?
Le lutin a parlé, 
D’une voix de jeune fille,
Il m’a dévisagé de sa salive sonore
Et j’ai baissé les yeux, 
Encore.
« L’appareil qu’on t’a volé, m’a-t-il dit,
Tu ne le retrouveras jamais ;
Dusse-tu entourer le ventre de la terre 
D’un cordon de lait…
Comment il me connaissait, peu importe.
J’ai entendu une porte claquer,
Ma femme en chemise de nuit, morte,
Flottait comme une abeille sur la véranda
« Viens jouer aux quilles dans le monde des astres
Tes muses se sont ridées,
Leurs chairs bleuies par la lumière,
Aucune caméra ne vaut
L’intensité d’un mot.

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