L’ange ivre

Le soleil envoie des déflagrations de lumière dans le ciel. C’est un après-midi orageux. Nous avons reçu une menace de mort plus tôt dans la journée. Il n’a rien dit. 

Dévoré par des années de d’apprentissage du crime, mon ami montre son vrai visage devant la mort. C’est un ange impatient. Il me parle de ses parents avec l’enthousiasme d’un enfant découvrant un jouet. A la lampe j’éclaire sa tuberculose. Mes mains tremblent. Nous discutons des gros titres des journaux. Il sourit. Pendant que les filles de joie sifflent dans la rue, je souffre en silence. Je me suis habitué à son rire alerte. Mais je suis médecin. Je connais le verdict de ces yeux creusés et de cette bouche sèche. Comment indiquer son sort à un mourant ? Il ne demande qu’à vivre. Il est jeune. Ses bras se tendent sous le poids du désir.
Vivre.

La mafia recouvre comme une illusion chaque atome de notre ville ivre. Il passé un pacte avec elle. Ses cils rouges comme la nuit ardente fixent le verre de saké. Ma femme de ménage vient chercher un seau. Il sursaute. Je lui tend ma main tremblante. Il crache ses poumons. Comme un avion accidenté sur une piste fragile. Nous nous respectons. C’est une époque vacillante, celle qui sépare les amis de fortune. Le crime ? Est-ce ce tout ce qui attend la jeunesse de mon pays ? Mais déjà il s’est endormi sur un vieux brancard. Je dessine du regard la silhouette du lac d’ordures qui gît debout devant ma fenêtre. Je gronde à mi-voix.

La mafia accroche des cadavres aux fenêtres édentées
Et les ailes de la ville se replient sur nos corps épuisés.
Les femmes rient au son des anges à qui l’ivresse murmure.
Les corps pleuvent sur le Japon comme des injures.

La mafia fait défiler les cadavres dans les journaux menacés
Et les dentelles des vieilles se déploient ensanglantées
Les anges rient de voir des amis à qui la mort murmure.
Le pays pleure ses fils comme on pleure la terre pillée.

Ma voix l’a réveillé. Il se lève comme fou, attiré par la lumière de la lune. Le lac d’ordure est calme. Plus un bruit dehors. Je lève mon verre de whisky à cette vie abîmée. Il tousse. Je ne sais pas s’il dort dans son étrange pantomime. Est-il déjà devenu un fantôme ?

« Voir tes enfants cracher est-ce pour toi un jeu ?
– Mon Dieu ? Est-ce pour toi une partie de poker? »

Me demande le mafieux avec son regard clair

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