Hollywoye (FR/FR sous l’Occupation)

Le Temple se dresse comme un poing levé
Sur le Boulevard du Crime le vent s’est tu ;
Une estrade pareille à un échafaud
L’art se joue au soleil, sans insectes ni tréteaux

Dans la foule des âmes dispendieuses
Un bosco étreint une jeune fille swing
Elle a volé ma montre, l’allumeuse,
Braille-t-il en angloslangue,

Son artiche à terre est éventré de clarté,
Sur le sol une mince trace d’auber
La police s’amène « caltez »,
because elle a le fard gommé d’une voleuse

Moi qui jeune depuis l’avant-veille
Voilà que j’avale le visage kaolin de l’accusée
Mon cœur bléchit à l’improviste,
Me voici campéador inopiné

En une tirade clamoreuse
Envoyé valdinguer les chicandiers
Les menottes se desserrent autour de ses poignets,
Mes quelques gestuelles corbillardes
Ont rétabli la vérité — je ne l’ai pas vue voler

Au Théâtre des Funambules
Jouer la pantomime est un tour dangereux
Une sulfateuse me découpe en pointillé
Une mandoline me caresse
Une lampe à souder me fait décoller du sol

Mais je me relève toujours
Dans l’espoir de la retrouver
Ni le théâtre de l’Ambigu ni les Funambules
Ne l’ont vue défiler – plus de trace de ma rubiacée

Et le Dache a enchristé son visage
Son sourire poli, comme un remerciement liquide,
A mon âme clandestine
Le rouge rosé transparent de laque,

De son prénom ensemence
La fleur sloganisée sur l’affiche de mes rêves,
Mes yeux se rembrunissent de feu
Une douleur excruciante m’agonit

Le sabotage d’une voie ferrée
La claque après Othello
Tout conspire ecto* de ma vie
A la lueur d’un rideau pourri,

Je mythologise notre poésie
Dans la langue hollywoye
Un aramon délie mes veines roides,
Abreuve mon talent de rocaille

Comme un lazzaron piégé je drope ;
Paris bée entre mes pouces noirs
La rue est mon paddock ce soir
Et je ficelle son rire au buvard

***Traduction***

Le Temple se dresse comme un poing levé
Sur le Boulevard du Crime le vent s’est tu ;
Une estrade pareille à un échafaud
L’art se joue au soleil, sans insectes ni tréteaux

Dans la foule des âmes dispendieuses
Un bosco* étreint une jeune fille swing**
(*bossu : argot 19-20ème), (**dans le vent : expression début du siècle)
Elle a volé ma montre, l’allumeuse,
Braille-t-il en angloslangue*,
(*néologisme utilisé par Céline années 1940 : formé sur anglais/slave/langue)

Son artiche* à terre est éventré de clarté,
(*porte-monnaie : argot 19-20ème)
Sur le sol une mince trace d’auber*
(*argent : argot 19-20ème)
La police s’amène « caltez »*,
(*dégagez : français utilisé sous l’Occupation)
because* elle a le fard gommé d’une voleuse
(*une des seules expressions anglaises couramment utilisées sous l’Occupation)

Moi qui jeune depuis l’avant-veille
Voilà que j’avale le visage kaolin de l’accusée
Mon cœur bléchit* à l’improviste,
(*vieillit : expression 19-20ème)
Me voici campéador inopiné
(*guerrier impitoyable : expression 19-20ème)


En une tirade clamoreuse*
(*plaintif, moyen-français)
Envoyé valdinguer les chicandiers*
(*menteurs, français utilisé sous l’Occupation)
Les menottes se desserrent autour de ses poignets,
Mes quelques gestuelles corbillardes*
(*lente, néologisme formé par Céline années 1940)
Ont rétabli la vérité — je ne l’ai pas vue voler

Au Théâtre des Funambules
Jouer la pantomime est un tour dangereux
Une sulfateuse* me découpe en pointillé
(mitraillette, français utilisé sous l’Occupation)
Une mandoline* me caresse
(mitraillette, français utilisé sous l’Occupation)

Une lampe à souder* me fait décoller du sol
(*mitraillette, français utilisé sous l’Occupation)

Mais je me relève toujours
Dans l’espoir de la retrouver
Ni le théâtre de l’Ambigu ni les Funambules
Ne l’ont vue défiler – plus de trace de ma rubiacée

Et le Dache* a enchristé son visage
(*le Diable, argot 19-20ème)
Son sourire poli, comme un remerciement liquide,
A mon âme clandestine
Le rouge rosé transparent de laque,


De son prénom ensemence
La fleur sloganisée* sur l’affiche de mes rêves,
(*néologisme utilisé par Céline années 1940: transformé en slogan)
Mes yeux se rembrunissent de feu
Une douleur excruciante m’agonit

Le sabotage d’une voie ferrée
La claque après Othello
Tout conspire ecto* de ma vie
(*à l’extérieur de : vieilli)
A la lueur d’un rideau pourri,


Je mythologise notre poésie
Dans la langue hollywoye*
(*néologisme utilisé par Céline années 1940: anglais)
Un aramon* délie mes veines roides,
(*vin blanc, argot 19-20ème)
Abreuve mon talent de rocaille*
(*clinquant : argot 19-20ème)

Comme un lazzaron* piégé je drope** ;
(*mendiant napolitain, argot 19-20ème), (**courir vite, filer, français utilisé sous l’Occupation)
Paris bée entre mes pouces noirs
La rue est mon paddock* ce soir
(*lit, argot 19-20ème)
Et je ficelle son rire au buvard*
(de « faire buvard » : écrire, argot 19-20ème)

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