Depuis son meurtre

Je m’en vais vous parler d’un fantôme,
Il vient hanter l’esprit des hommes
Depuis son meurtre
Un vrai héros
A une ville manquant de mots
Il redonna jadis parole
Même moi, je lisais son journal
Il était d’abord un mineur
Dans une ville tordue par la peur.
Face à une muraille de lâches
Il creusait, forait sans relâche.
Aujourd’hui sa femme respire seule la fumée du santal
Perdue dans la contemplation de son mari qu’on brûle
Cette lune de Ramadan indique-t-elle sa présence ?
Elle le cherche partout, sa mort lui est offense.
Moi je suis le croque-mort et j’observe sa folie
D’une nuit à l’autre, la lune déguerpira, elle aussi
Les tempêtes s’uniront aux étés de moussons
Les marées des douleurs humaines reflueront.
« Ah, l’espoir demeurera-t-il dans cette époque flottante ?
Où iront mes questions, toutes mes joies sont-t-elles mortes ? », demande alors la veuve.
« Personne ne vous répondra », je lui déclare.
« Vraiment ? », me lance-t-elle – avec un regard noir –.
Elle dit : « Les yeux de mon fils me répondront. Ils me diront :
Demain finira aussi, mais Maman, tu es le ciel brûlant au–dessus de la terre
Et je le supplierai :
Fils, reste près de ta mère.
Puissent mes yeux de vieille femme rougir de honte.
Je perds mon bon sens et la guerre est aux portes.
Le passé, son passé, est dans tes mains, mon fils.
J’ai cherché ton père dans toute cette ville dense.
Je l’ai cherché dans les roses et le ciment,
A la cime des arbres immenses,
Dans les habits des hommes et dans des poésies en prose.
Dans les universités et dans les maisons closes.
N’as-tu donc aucun but mon fils ? Reste… Pars,
Ta mère se remettra de ton départ
Je sais comme souvent, ton stylo tremble
Je te connais, il me semble.
La nuit ne finit-t-elle pas, pas pénétrer le jour ?
Je lis tes articles, comme le faisait ton père.
Il t’avais appris à marcher sur une plage
Le vent nous entourait et la mer sans éponges
Regardait. Les souvenirs sont des bagues jetées en l’air.
Elles se suivent l’une l’autre sans se faire la guerre.
Mais l’amour mon enfant est une protection vaine,
Et j’ai plus de regrets que les jungles ont de lianes.
Comme un secret familial, tais donc ta liberté
Mon fils, puisque ton père vient d’être tué »

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