Kaboul (EN)

I went on a journey
In gardens surrounded by cob walls
I touched apricot trees, apple trees and mulberry trees
My pistol in a shoulder holster

My artificial leg slowed me down
I wore a slim-fitting gabardine and an astrakhan hat
My kunya (nom de guerre) had the sound of snow
When it falls on the peaks

A gust of wind had flown from the aircraft carrier
A coupe shuddered with the roar of an engine
In an anonymous street of the Shasdarak district
The tungsten bulbs exploded one by one

A glass of goat’s milk
A smell of mountain pine
AK47 on the shoulder my host was getting impatient
The cobalt sky covered his eyes with shadow

A piece of starry sky from hell
The view over the roofs of Kabul
Two women from the al-Khansaa brigade (Daech’s vice police)
Argued that the moon is made of wrought iron

I answered them by whistling, imitating
The bleating of sheep under the stars
The song of a lute reaches me from the sky,
I wait for death like a deliverance

A Ranger pick-up at the check-point
Displays the stigmata of the bullets
The irrigation systems of the orchards
Moisten the earth far east of Kabul

The front window exploded under fire
The dashboard is stained with blood
A .9mm shell casing lies on the ground
We had hired ten men and their machine guns

The village chief had gone to get tea
The crops had failed
It was raining black bird corpses
The world had become disembodied

Ah, to slaughter the hot morning
Pour it into my crystal glass
Shake hands with a nameless woman
One day of battle against the wind

I threw fresh jasmine petals
In the direction of Mecca
My old boneless Clio
Was hoping under the shrapnel

The flash-bang minigrenades
The bursts of fire on the grass
Death is contraband
I closed my eyes, the silence intoxicated me for a moment
If the sea rises, we will disappear.

Kaboul

Je suis parti en voyage
Dans des jardins entourés de murs de torchis
J’ai touché des abricotiers des pommiers et des mûriers
Mon pistolet dans un holster d’épaule

Ma jambe artificielle me ralentissait
Je portais une gabardine cintrée et une toque en astrakan
Mon kunya (nom de guerre) avait le son de la neige
Lorsqu’elle tombe sur les cimes

Un rafale s’était envolé du porte-avion
Un coupé frémissait dans un grondement de moteur
Dans une rue anonyme du quartier de Shasdarak
Les ampoules au tungstène explosaient une à une

Un verre de lait de chèvre
Une odeur de pin des montagnes
AK47 à l’épaule mon hôte s’impatientait
Le ciel de cobalt couvrait d’ombre son regard

Un bout de ciel étoilé depuis l’enfer
La vue sur les toits de Kaboul
Deux femmes de la brigade al-Khansaa (police des mœurs de Daech)
M’ont soutenu que la lune est en fer forgé

Je leur ai répondu en sifflant, en imitant
Le bêlement des moutons sous les étoiles
Le chant d’un luth me parvient depuis le ciel,
J’attends la mort comme une délivrance

Un pick-up Ranger au check-point
Affiche les stigmates des balles
Les systèmes d’irrigation des vergers
Humidifient la terre loin à l’est de Kaboul

La vitre avant a explosé sous les tirs
Le tableau de bord est maculé de sang
Une douille de .9mm git à terre
Nous avions loué dix hommes et leurs mitrailleuses

Le chef de village était allé chercher le thé
Les récoltes avaient été mauvaise
Il pleuvait des cadavres d’oiseaux noirs
Le monde s’était désincarné

Ah ! Egorger le matin chaud
Le verser dans mon verre de cristal
Serrer la main d’une femme sans nom
Un jour de bataille contre le vent

J’ai jeté des pétales de jasmin frais
En direction de la Mecque
Ma vieille Clio désossée
Espérait sous les éclats d’obus

Les minigrenades flash-bang
Les tirs en rafale sur les herbes
La mort est une marchandise de contrebande
J’ai fermé les yeux, le silence m’a grisé un instant

Tsunami (Dhivehi from Maldives + English)

If the sea rises, we will disappear.
The buildings of Malé sink in the ground.
And the Maldives are only 2 meters above sea level
I came from Chittagong to work in the shallow waters.
With a doni (fishing boat with one mast and coconut wood sail)
I looked up.
A fire was ravaging Male on Kaafu Atoll.
I am the niyami (navigator) exiled on the waves of danger
I hold my hungânu-dûni (rudder) in an uncertain future
On the nearby island of Hulhule, a seaplane base.
A container ship is moored in the harbor.
Copra (dried coconut husk) and cowry shells
Line the central road (Majeedhee Maru)
The generator shines in the night smoke.
The minaret is visible from afar, it guides the boats.
Kâku annanî (what is happening)
A tsunami is coming towards us.
Kaiveni ballavaifin’ tô? (Are you married?)
I am waiting for you on the port of the ghosts
Fâlan kobâ (Where is the pier?)
The ship for Malé leaves soon
Mi rê kamek’ kuran-ta (Are you doing anything tonight?)
Before the tsunami takes us away, I’ll take you
To one of the thousand illuminated islets
Far from the smoke of the waves and the pollution
Annan-ta? (Will you come?)
Here it is deep.
You are completely wet.
It’s raining oil, the factory has been invaded by brigands
They set fire to the barrels
If I can swim? Let’s go to the shore far away
Let’s get away from human crimes
If the tsunami doesn’t take us away
I’ll take you to the astrologer
Fix the date of our wedding
The kô-mas (dapuhin) rejoices
The avihi (dragonfly) flies between the fresh sheets
But the wind is rising on Mahé tonight
The ibis take their flight from lâlu (garnet)
In a sky of agîdu (agathe) the storm smolders
The mulberry trees are uprooted, their roots spinning in the air
Take this alimas (diamond), tighten it in your fist
The tsunami rushes towards us
And clutches us in its liquid fist
Like in a hand of genius
It is the kaiveni (marriage) between nature and desolation
On your body covered with a kafun (shroud)
I will try all the sihuru (black magic)
To make you come back to me one day
But the tsunami is an impassive God
He keeps in his bosom the most beautiful souls
Time has passed, our homes are destroyed
Your shroud was laid in the ground, I cried for a long time
Then I walked around the capital island of Malé smiling
The sun had returned to burn my stooped back
A rainbow of metal encircled my consciousness
My memories fell into ashes
On the damp earth of the Maldives.
You know my child –
If the sea rises, we will disappear.
The buildings of Malé sink in the ground.
And the Maldives is only 2 meters above sea level
I came from Chittagong to work in the shallow waters.
With a doni (fishing boat with one mast and coconut wood sail)
I looked up.
A fire was ravaging Male on Kaafu Atoll.
I am the niyami (navigator) exiled on the waves of danger
I hold my hungânu-dûni (rudder) in an uncertain future

Le tsunami (Dhivahi des Maldives + Français)

Si la mer monte, nous disparaîtrons.
Les bâtiments de Malé tassent le sol.
Et les Maldives ne sont qu’à 2mètres au-dessus du niveau de la mer
Je suis venu de Chittagong travailler à la pêche en hauts fonds.
Avec un doni (bateau de pêche à un mât à voile en bois de cocotier)
J’ai levé les yeux.
Un incendie ravageait Malé sur l’atoll de Kaafu.
Je suis le niyami (navigateur) exilé sur les flots du danger
Je tiens mon hungânu-dûni (barre de gouvernail) dans un avenir incertain
Sur l’ile avoisinante Hulhulé, une base pour hydravions.
Un porte conteneur s’amarre dans le port.
Du coprah (albumen séché de noix de coco) et des coquillages de cowry
Jonchent la route centrale (Majeedhee Maru)
Le groupe électrogène brille dans les fumées nocturnes.
Le minaret est visible de loin, il guide les bateaux.
Kâku annanî (qu’est-ce qui arrive)
Un tsunami fonce sur nous.
Kaiveni ballavaifin’ tô ? (Etes-vous marié ?)
Je vous attend sur le port des fantômes
Fâlan kobâ (où est la jetée ?)
Le baetau pour Malé part bientôt
Mi rê kamek’ kuran-ta (Faites-vous quelque chose ce soir ?)
Avant que le tsunami nous emporte, je vous emmène
Dans un des mille îlots illuminés
Loin des fumigènes des vagues déferlantes et de la pollution
Annânan-ta ? (Allez-vous venir ?)
Ici c’est profond.
Vous êtes complétement mouillé.
Il pleut du pétrole, l’usine a été envahie par des brigands
Ils ont mis le feu aux barils
Si je sais nager ? Allons rejoindre la rive au loin
Eloignons-nous des crimes humains
Si le tsunami ne nous emporte pas
Je vous emmènerai chez l’astrologue
Fixer la date de notre mariage
Le kô-mas (dapuhin) s’en réjouit
L’avihi (la libellule) vole entre les draps frais
Mais le vent se lève sur Mahé ce soir
Les ibis prennent leur envol de lâlu (grenat)
Dans un ciel d’agîdu (agathe) la tempête couve
Les mûriers sont arrachés, leurs racines tournoient dans les airs
Prends cet alimas (diamant), serre le dans ton poing
Le tsunami fonce sur nous
Et nous serre dans son poing liquide
Comme dans une main de génie
C’est le kaiveni (mariage) entre la nature et la désolation
Sur ton corps recouvert d’un kafun (linceul)
J’essaierai toute la sihuru (magie noire)
Pour te faire revenir un duvas (jour) auprès de moi
Mais le tsunami est un Dieu impassible
Il garde dans son sein les plus belles âmes
Le temps a passé, nos maisons sont détruites
Ton linceul a été mis en terre, j’ai pleuré longtemps
Puis j’ai arpenté l’île capitale de Malé en souriant
Le soleil était revenu brûler mon dos voûté
Un arc-en-ciel de métal enserrait ma conscience
Mes souvenirs sont tombés en cendre
Sur la terre humide des Maldives.
Tu sais mon enfant —
Si la mer monte, nous disparaîtrons.
Les bâtiments de Malé tassent le sol.
Et les Maldives ne sont qu’à 2mètres au-dessus du niveau de la mer
Je suis venu de Chittagong travailler à la pêche en hauts fonds.
Avec un doni (bateau de pêche à un mât à voile en bois de cocotier)
J’ai levé les yeux.
Un incendie ravageait Malé sur l’atoll de Kaafu.
Je suis le niyami (navigateur) exilé sur les flots du danger
Je tiens mon hungânu-dûni (barre de gouvernail) dans un avenir incertain

Meurtre pendant la kayidiya / Meurtre pendant la saison des pluies (Zarma du Niger + Français)

Suuru ga taali hay (trop endurer engendre des problèmes). Je m’appelle Tondi. Je vais vous raconter mon histoire.

C’était la kayidiya (la saison des pluies). J’étais tombé amoureux. Je demandais grâce au génie du tonnerre et de la pluie. Au bord du fleuve, je promenais son visage dans mon âme comme un petit chien fou. Les paysans me regardaient errer et piétiner les champs de sorgho. Je ne leur rendais pas leurs regards hostile. Seule la lune méritait toute mon attention !

Baako si di (l’amoureux est aveugle). Aucune femme, qui rentraient de la cueillette, n’attirait plus mon regard brûlant. Les nuages de pluie, poussés par des vents faibles étaient traversés par des éclairs. La pluie tomba sous forme de grêle. La terre était rouge comme le feu de ma poitrine. Je respirais avec difficulté. Un prunier noir me dévisageait de ses fruits mûrs. Je m’assis près du fleuve pour contempler les nénuphars à fleurs jaunes, adossé à un arbre. Je croquai dans une pomme en regardant les fleuves qui avaient pris une couleur cannelle.

La femme que j’aimais ne connaissais pas mon existence. Elle était journaliste, vivait à l’étranger ; moi je zappais sur son émission le soir seul dans ma maison. Je balayais devant la télévision, pour chasser les mauvais génie, puis je m’asseyais sur un coussin rose et je la regardais présenter les informations en anglais. De quel pays vient-elle ? Que fait-elle après l’émission ? Ces questions sans réponse me rendaient fou.

 Dans notre village, on trouve une foori (place publique) où se retrouvent les jeunes filles pour danser le soir. Je suis adossé à un baobab, je les regarde en plissant les yeux. Ces filles ne sont rien pour moi, je rêve de cette présentatrice. C’est dans le tanda du chef, près de la place publique et du marché, que nous demandons conseil ou rendons la justice. Je décide de leur avouer mon amour impossible. Mais je n’essuie que des moqueries. Un homme me propose de me prêter une jument pour mes besoins sexuels. Je crache sur la terre humide de pluie. Iblis (Satan), regarde-moi, je vais faire un carnage ce soir.

Je me prépare au crime, seul, autour de la jingaray (mosquée). Si Dieu existait, il comprendrait mon amour pour cette femme, il me donnerait l’absolution pour le meurtre que je m’apprête à commettre. Les fidèles sont absents ce soir, ils sont allés écouter le jasare (historien d’origine soniniké) près du day (puit). L’eau est rare en région zarma. Les femmes utilisent une pompe à pied qui les fait transpirer. Elles font surgit l’eau à la force de leurs cuisses et de leurs mollets.

Le saaray (cimetière) est mon endroit préféré du village. J’ai caché mon revolver sous un des massifs de fleurs artificiels qui décorent la tombe de l’ancien chef de village. L’arme en main, je suis décidé à faire un carnage ce soir. J’avance timidement vers le cœur du village, décidé à tirer de toute mon amertume. Le train est passé au loin, j’ai aperçu les volutes de fumée s’envoler jusque dans les nimbus roses dans le ciel.

Le soir tombe sur Zarmaganda, la nuit allait au marché des étoiles.

Une veuve que je connaissais par mon père s’est avancé vers moi.
— Fo nda almaari (bonsoir) Je suis magicienne, m’a-t-elle dit.
La lune est maraboutée, je lui ai répondu. Ecarte-toi. Elle aperçoit la crosse de mon revolver et fait un pas en arrière — Tu n’as pas plus de pouvoirs magique que moi.
Elle s’éloigne pour aller rejoindre d’autres vieilles. Je crois qu’elles vont bon train avec leurs commérages. Une jeune adolescente descend de la mobylette de son petit ami. J’ai fait un « hindiri » (un rêve) d’amour. Mais le serpent a piqué la bulle dans laquelle je dormais et m’a réveillé. Aujourd’hui, je vais réveiller le diable qui m’a enlevé tout espoir en faisant couler le sang.

Autour de moi, c’est la fête au village, les jeunes filles chantent :

« Yahayé hayé yahayé
Yahayé hayé yahayé »


— Ma belle inconnu, Ay ga ba nin (je t’aime)
Si je deviens célèbre
Que je fais la guerre au Zarmaganda
Retiens mon nom

Et je me suis mis à tirer dans la foule. Subahaana (au secours) criaient-ils. May ci nga (attention !)
Je suis rentré couvert de sang. Je ne crois pas avoir tué d’hommes, mais ils ont eu une sacré peur. Je n’ai blessé que les vaches du village. Le sang qui macule ma chemise est un sang animal.

Mon père en me voyant rentrer échevelé me dit :

— Espèce de cafari (infidèle) viens à la jingar (prière) expier ce que tu as fait.

Ay si (je refuse). Je vais aller wayna funay (au levant) décrocher la nuit de son perchoir d’argent.

Pour conjurer la folie qui s’était emparée de moi, ma mère fit cuire du son et des graines de mil. Elle me fit manger les boulettes ainsi préparées.
Ay bina ka (je suis déprimé), lui dis-je. J’aime une femme qui ne songe pas un instant à moi.
Ay bina ga jijiri (mon cœur tremble) de penser que demain elle se lèvera, elle enfilera ses habits sans penser qu’au Niger quelqu’un l’attend.

— Tu devrais te marier
Mais je n’en ai pas eu le temps. Ils sont venus me chercher au matin à cause du massacre des vaches.

Aujourd’hui, j’habite la prison de Niamey. Je ne sais pas combien de temps je resterai en prison. Ma cellule donne sur le fleuve et sur la ville. Je m’accroche aux barreaux, mes jambes flageolent. Je suis plus heureux que jamais : je peux penser sans regrets à ma belle inconnue. Et comme on dit en langue zarma, Burcin ga haawi bay (l’homme libre connait la honte). Pas moi. Il me reste une porte de sortie, un peu de poison que j’ai emmené jusqu’ici. Ay ga koy no (je vais m’en aller). Vous ne me reverrez plus.

Angela Merkel (Dogon du Mali + Français)

Trois coups de feu ont été tirés sur la terre d’Ireli au Mali. La forêt d’Ashanti se réveille.

Je suis étendu sous le drap noir de la nuit, les étoiles sont comme des trous dans ma couverture nocturne. Je regarde Jupiter briller au-dessus de moi. Ou peut-être est-ce un arapirεl (avion) ? Dans ma langue, le dogon, nous assemblons les mots ara (ciel) et pirεl (idée de grande vitesse) pour créer le mot avion.

Notre langue est ce que j’ai de plus précieux. De la même manière, nous évoquons les belles lucioles en assemblant les mots yaŋ (feu) et bibεnhi (idée d’étincelle). Je plisse les yeux en regardant le feu étinceler dans la brousse. Que les lucioles sont belles ! Elles sont l’âme de ces étendues de terre.

Je m’appelle Ajuro. Ajuro Inεire. Je suis sujet à des crises d’épilepsie depuis l’enfance. J’ai honte. Je cache mon corps dans les feuillages en regardant le village briller de mille feux pendant la fête des masques. Les femmes ont arrêté de ramasser le mil le sorgho et le fonio. La fête des masques leur est interdite. Leur fécondité serait menacée si elles y prenaient part. On ne doit jamais reconnaître les porteurs de masques – il en existe de toutes sortes : masques de hyène, de singe, d’échassier…

En écoutant les tambours, je réfléchis à l’avenir de notre société. Saila doit être en train de rentrer à la maison. Ma femme est si consciencieuse. Je ne la mérite pas. Je marche à travers les champs de pois de terre d’oseille et de sésame. Le sésame sera exporté au Burkina Faso la semaine prochaine. Avec l’argent, nous financerons les mariages de nos filles. Le mil lui est vendu à travers le Mali. Saila prépare la farine de mil dans un mortier avec de l’eau bouillante. La pâte épaisse, consommée avec des sauces délicieuses est appelée sagujaa. Elle aime aussi cuisiner le mil écrasé à la meule, pétrie dans l’eau bouillante de potasse, ou l’agrémenter de feuilles vertes, de niébé ou de tamarin.

Les champs sont le dernier asile de mes pas avant la brousse. Un homme a laissé son inru warawaru (houe) et son inru (fer) dans les champs. Des pioches à semaine et des couteaux à couper les épis jonchent le sol. Ils ont dû partir à la hâte, emportant leur outre en peau et leur suuru (long sac en tissu) en courant à travers champ. Il ne reste personne. Personne ?

Un jeune garçon pousse une vache près de moi. Nous marchons dans les herbes sauvages. Une sauterelle gravit le chemin qui mène à ma nuque. Je la chasse d’un mouvement de tête. Il me sourit. Il s’adresse à moi dans un dialecte dogon que je parle un peu. Nous traversons l’ɔnsanhin (le cimetière) interdit aux femmes du village. Sa vache renâcle à avancer entre les tombes, il la frappe avec un bout de corde.

Pour les dogons, il est important d’apprendre la langue de ceux que l’on rencontre. C’est pour cette raison que nombre d’entre nous sont des polyglottes et parlent le peul, le bamanan ou le moré. L’adage le dit bien « la langue est un médicament ». Il y a peut-être 13 langues nationales au Mali, le dogon est d’une beauté sans égale

En rentrant chez nous, je rêve encore. La silhouette de Saila m’apparaît comme dans un rêve, floutée. Elle est en train de remplir d’eau un grand vase renflé au milieu, et manque de renverser une calebasse. Je frémis. La cuisine est le lieu où les femmes dogon transmettent à leurs filles les secrets des recettes familiales. Comment faire de la bonne bière de mil, par exemple. Mais les échanges entre mère et filles ne se limitent pas qu’à la cuisine. Les filles apprennent dans la cuisine ce que sera leur future vie de femme mariée…

Je revois Jeeni plus jeune encore, quand elle jouait avec les autres fillettes à la chasse aux lézards ou à piéger de petits oiseaux. Elle a toujours été vive pourtant c’étaient des jeux de garçons. Moi, j’ai acheté à ma fille le liru (sifflet) dogon réservé aux garçons. Ce sifflet qu’utilisent les chevriers en brousse. Plus tard, je lui apprendrai aussi à jouer de la kere (flûte) au rythme à quatre temps (yaboi), le rythme des femmes. Je l’accompagnerai avec mon atunu (grand tambour) alors que la lune grandira comme un génie au-dessus de la brousse. Les leguru (clochettes pour chevilles) de Jeeni tinteront jusqu’au matin et nous transformerons le village en un havre de paix et de musique.

Je n’ai qu’une peur rivée à la poitrine. Ma langue dogon, notre langue bien-aimée, sera bientôt enterrée dans le cimetière des langues. Il faut monter une association. Nous allons ouvrir des écoles où l’on enseignera le dogon. Qui pourrait financer cette école ? Quelqu’un qui a du temps libre, a l’expérience de la vie ..

— Kanye West ? me répond Jeeni.

Le temps de l’empereur-chasseur Soundjata Keita est loin. Où est passée la dignité de la jeunesse… Kanye West…

J’ai bien essayé d’en toucher mot au chef du village, mais il ne m’a pas écouté. Peut-être pour ne pas donner du grain à moudre à ses sbires. Le proverbe dit vrai, ɔgɔ gunɔi (être chef, c’est être esclave).

Je rentre chez moi en tremblant de peur à l’idée de la disparition de notre langue.

— Dei-lai (papa) je t’apporte une rose des sables

— Merci ma fille. Où l’as-tu trouvée ?

Je prends Jeeni sur mes genoux. Elle revient tout juste de l’école tandis que j’ai passé la nuit à errer. Jeeni est une enfant heureuse. Je joue pour elle du tuuluru. Une hyène pousse des cris d’orfraie dans le matin calme. Le soleil est parti se cacher et la pluie est tombée pour la première fois depuis des mois.

J’ai ouvert les fenêtres de notre maison pour me rafraichir le visage, puis je suis sorti dans la cour en réfléchissant au problème de notre langue. Qui peut la sauver ? Jeeni terminait une bouillie de mil, elle s’est levée, puis m’a serré le poignet de sa petite main. J’ai soupiré en regardant les nuages s’amasser au-dessus des toits des maisons de notre village.

L’εgεrε (le puit) se remplit peu à peu d’eau de pluie. Le puit est source de vie. Humains et animaux s’y rencontrent. Pourquoi ma femme veut-elle à tout prix faire exciser la petite ? Ces coutumes sont hors d’âge. Je veux que ma fille décide elle-même si elle repousse les avances des garçons. Saakana ! (Que Dieu nous préserve !)

Les villages des plaines luttent contre les villages des falaises, l’ancien pays dogon. Le nôtre de village a été construit sur le flanc d’une falaise. Dans le toruna, assis en tailleur, je discute avec les aînés. Puis je me lève de rage : ils ne m’écoutent pas.

— Es-tu un porjande (truand), mon fils ? Descend donc de ton piédestal et rejoins-nous à terre.

Ama dεi (nom de Dieu !) Ne voyez-vous pas que notre langue pâlit de jour en jour ?

Ama u da (Que Dieu te tue !) Nous avons mieux à faire. La pluie est peut-être venue aujourd’hui, mais qui sait si elle reviendra ?

— Atanu, tu dois m’écouter. Notre langue meurt. C’est un fait.

— L’ère des cavaliers Peuls est loin. Tu te prends pour un héros ?

— Dieu soit loué je ne suis pas Abirè de Domuno notre prophète.

Les hommes acquiescent. Notre prophète a beaucoup voyagé à travers le pays. Pourtant il était aveugle. Comme lui, je rassemble toutes mes forces. Je me tourne vers un vieil homme du village :

— Amakiré ? Dis leur toi. Les enfants regardent la télévision en anglais et en peul. Ils oublient le dialecte de notre village.

— Faut-il appeler un guérisseur pour soigner notre langage ? demande l’un des nôtres.

— Un guérisseur ne peut rien contre la mort du dogon.

— Blasphème.

— Créons une association de défense de la langue dogon, je propose.

Le lundi suivant, nous avions décidé d’un symbole, la luciole, pour notre association. Amaga, Amakiré et Atanu faisaient partie du bureau de l’association en tant que secrétaire, trésorier et vice-président. J’étais le président de l’association de défense de la langue dogon. Notre nouveau statut, connu par tous au village, nous donnait un certain prestige. Les femmes se retournaient sur mon passage avec les yeux brillants. Je crois qu’Amaga et Atanu faisaient tout cela par amitié pour moi, mais le vieil Amakiré prenait son rôle de trésorier au sérieux. Il est vrai qu’il était un jeune veuf et souhaitait lui aussi attirer les regards. Il réussit à remplir les caisses de l’association la première année.

L’année suivante, je décidai que nous n’allions pas assez loin. En marchant dans les champs, j’eus une idée de génie :

— Il nous faut un sponsor.

— Un sponsor ?

— Quelqu’un qui porte haute la parole de notre association.

— A qui penses-tu ? L’ɔgɔnu est bien occupé avec les dégâts de la tempête du mois dernier.

L’ɔgɔnu est le patriarche des dogons. A sont côté, les binrukéjunw assurent le pouvoir magico-religieux. Ce sont eux qui assistent aux noces, aux enterrements et aux naissances. Ils interviennent également en temps de guerre pour nous assurer la victoire.

— Je pense à un étranger. Quelqu’un qui viendrait nous rejoindre pour accomplir cette noble quête.

— Tu as trop marché sur le sentier des rêves, Ajuro.

Nous étions tous les quatre assis en cercle à même le sol du plus grand toguna (abri) du village. Les toguna sont des abris de forme carrée, ouverts sur les côtés Le toit est recouvert de tiges de mil et l’abri fait moins d’un mètre cinquante, ce qui oblige les hommes à se courber humblement L’abri conserve une fraîcheur agréable.

Ma fille Jeeni était partie caresser les moutons du voisin avec ses petites camarades. Ma femme travaillait, et nous étions tous les quatre manquant aux travaux des champs pour discourir sur la survie de la langue dogon.

— Et alors ? Qui pourrait bien être notre sponsor, demanda Amaga.

— Un américain, proposa Atanu

— Kanye West ? Bafouillai-je en me rappelant de la plaisanterie de Jeeni l’année passée.

— Il n’est pas assez sérieux.

— Mais il est riche.

— Pourquoi un homme ? Pourquoi pas une femme, demanda Amakiré.

— Une langue est une création magique, et la magie est une puissance féminine, rétorquai-je. Ce sera une femme. Nous allons chercher un sponsor qui soit une femme.

— Dieu soit loué ! Crièrent mes trois amis.

Nous cherchâmes le sponsor idéal durant plusieurs semaines. Eva Longoria, Britney Spears furent un instant considérées par mes amis qui penchèrent ensuite pour Angelina Jolie. Peu à peu, cette quête nous omnubila et nous en oubliâmes notre travail journalier. Atanu se fit réprimander par sa femme, et nous ne le vîmes pas plusieurs jours de suite. Il avait dû se faire battre comme plâtre !

Désespéré à l’idée que nous ne puissions pas parvenir à sauver notre trésor, la langue dogon, je marchais de plus en plus souvent seul, la nuit. Un beau jour, alors que la clarté de la lune rejaillissait sur mes cheveux humides de sueur (il faisait très chaud cette nuit-là), je trouvai les restes d’un feu de forêt.

Les marcheurs avaient laissé les brindilles, un peu de charbon et du papier journal. Je m’assied pour essayer de le raviver, en vain. Le cœur lourd, mes larmes commencèrent à couler. Je pris un morceau de papier journal pour les sécher. Quelle ne fut pas mon aberration à la vue d’une femme sur le journal. Son nom ? Angela Merkel. Sa situation personnelle ? Mariée, sans enfants. Chancelière d’Allemagne. L’expression sonnait encore mieux que président des Etats-Unis d’Amérique.

Je savais pour l’avoir déjà lu dans les journaux maliens que la chancelière Merkel était une femme extrêmement puissante. Je résolus d’en parler à mes amis Atanu, Amakiré et Amaga dès le lendemain, et m’endormis près du feu éteint.

— Nous devons choisir un américain.

La réponse d’Amaga était sans appel

— Je trouve l’idée d’Ajuro plutôt bonne, glissa Amakiré en reniflant.

Amaga leva un point rageur et se leva. Nous étions chez lui ce jour-là.

— Je quitte l’association, dit-il. C’est n’importe quoi. Angela Merkel ne nous aidera pas. Il faut un Américain.

J’essayais de le convaincre de rester dans l’association, en vain. Je quittai sa maison seul, avec la ferme intention de prouver à mes amis qu’ils devaient me faire confiance. Mon idée était excellente.

Je serre les dents. La nuit s’apprête à recouvrir le village de ses cils noirs. Mais elle ouvre soudain les yeux pour laisser entrevoir un défilé de nuage. Pleuvra-t-il encore demain ? Si c’est le cas, le chef du village sera plus enclin à accepter la validité de mes arguments.

— Nous devons contacter Angela Merkel.

— Nos téléphones ne fonctionneront pas.

— Il faut lui envoyer un e-mail.

— Comment faire, sinon à la ville ?

Karuja ! (chien !) tu veux nous déshonorer en allant à Bandiagara parmi les peuls Toucouleurs ? Aŋu yim diε sala (La honte est pire que la mort)

— La tradition veut que les dogons soient les enfants de trois « chefs guerriers ». J’irai conquérir le cœur d’Angela Merkel tel un guerrier dogon. J’irai à Bandiagara (« la grande calebasse ») demain.

Le lendemain, je me mets en route. Le chemin est long, je monte à l’arrière du camion de Yala, un ami d’enfance. Il allume la radio. Une chanson hindi passe nous chantons à tue-tête.

Dege-dege (doucement), j’intime à Yala, qui fonce sur la route déserte. Le camion manque de se renverser à trois reprises. Avec force, il rétablit à chaque fois l’équilibre. Nous avançons sur la piste plusieurs heures. Bandiagara se laisse désirer. Soudain, un groupe de jeunes soldats islamistes nous barre le passage

Emε gamala ! (Laisse-nous passer !) Hurle Yala, mais les soldats jouent aux cartes, et ne prennent pas la peine de répondre. Ils s’écartent en déplaçant leur petite table en plastique et nous laissent filer droit sur Bandiagara.

Nous passons devant l’imposant palais Toucouleurs. Yala voudrait le visiter, mais je n’ai pas le temps, je dois trouver un cybercafé pour envoyer un e-mail à la chancelière d’Allemagne. Nous nous arrêtons dans un marché pour acheter de l’eau et je perds Yala de vue. J’essaie de retrouver son camion, mais il a tout bonnement disparu.

Il me semble que je marche des heures comme cela, sans but, sans plus d’espoir de le retrouver jamais. Mais aucun cybercafé n’apparait dans mon champ de vision. Bandiagara est la ville des Toucouleurs, qui parlent une langue peule que j’ai apprise pendant mon enfance pour accompagner mes parents dans la grande ville. Nous les dogons, sommes d’ardents polyglottes. Angela Merkel devrait apprécier notre amour des langues. Oui, je crois que je lui écrirai en allemand, peu importe si j’utilise un logiciel de traduction.

Je marche le long de la rivière Yamé qui divise Bandiagara et se jette dans le Niger voisin. Près d’un institut de recherche sur le paludisme, j’avise un pont sur la rivière et m’y arrête pour contempler la ville qui s’étale devant moi. Je décide de rentrer seul au village, la nuit ne va pas tarder. Qu’importe si je n’ai pas trouvé de cybercafé, l’important est que les autres au village me croient, qu’ils m’accordent leur confiance. Il faut qu’ils croient qu’Angela Merkel, la puissante chancelière d’Allemagne, me soutient, autrement ils laisseront glisser notre langue entre leurs doigts comme de la roche friable. Je descends sur les berges de la Yamé. Que pourrais-je ramener à Jeeni ? Je tends la main vers le sol et en ramasse un caillou blanc. Je lui dirai que c’est une perle que j’ai acheté au marché.

Kɔ miye ! (C’est moi !)

— Alors, tu as rencontré Angela Merkel ?

— Comme on dit chez nous, « si tu rencontres la chance, coupe-lui la queue ». J’ai vu la chancelière. Elle vous salue tous.

— Impossible, clame Amaga.

— Regardez.

Je leur tend un journal en allemand acheté dans un kiosque à Bandiagara.

— C’est sa réponse. Je l’ai traduite. Elle accepte d’être notre soutien.

Malaika abarka (Ange, merci) me lance une vieille femme dans un recoin de mur.

Jinruun abarka (Esprits, merci) les autres villageois me remercient avec déférence. Sans doute font-ils semblant de me croire parce qu’eux aussi ont envie qu’Angela Merkel soutiennent la langue dogon.

— Il faut changer ton prénom et t’appeler « apilem » (celui qui est de retour), me glisse Amakiré en me voyant revenir le visage maculé de poussière, mais souriant au soleil vif qui plane au-dessus de nous comme un signe de victoire.

Cette aventure a eu raison de mes forces. Je passe quatre jours étendu comme un âne mort. Saila va chercher des racines en pleine nuit de gorogara pour me soigner – elle est persuadée que c’est psychosomatique. Le jaaw (vent) est le meilleur guérisseur qui soit, il entre par la fenêtre ouverte et me ramène peu à peu à la vie. D’ailleurs les génies de la brousse à l’origine des maladies sont également appelés « jaaw » en dogon. Les jaaw sont des maladies que l’on contracte en rencontrant un génie dans les vents chauds qui se transforment en tourbillons.

Je suis parti me balader près de la mare mythique du village. Aga (le matin) s’attarde.

Iye ba ana sεu kɔ ? Me demande le soleil.

Je ne sais que répondre à sa question. Je hausse les épaules et continue mon chemin jusqu’à ma prochaine aventure. Jeeni court à ma rencontre dans le champ de mil.

— Pourquoi es-tu parti si longtemps papa ? Tu as été malade ?

Je lui mets le caillou blanc que j’ai ramassé sur les berges de la Yamé à Bandiagara dans les mains. Ses yeux s’illuminent.

— Oui ma fille. J’ai été fou, j’ai été malade de croire que nous pouvions changer. Mais j’ai guéri. Comme on dit dans notre langue, « la langue dogon est un médicament ».

Hâdji / Le pélerin (Persan + Français)

Aftâb (le soleil) brûle les toits de ses rayons thermogènes
Cette chahr (ville) est un châhkâr (chef d’œuvre), les maisons d’ici
Semblent attendre la nuit les murs joints en prière
Le châhbâz (faucon royal) vole au-dessus du minaret
Je lui ai chanté mon châhbéyt (meilleur distique)
Il a interrompu son vol un instant pour me regarder
Puis il a disparu derrière les nuages glacials

La grand’route est déserte, je marche sans attendre le soleil
Le goudron dérakhchân (brillant) commence à fondre
Je suis le voyageur oublié par le temps
Une goutte de la sève de l’Histoire, un rien de chair
Le cœur à vif ma route sera longue jusqu’au paradis
Ce djahân (monde) est mon unique espérance
Et je marche sans penser autrement qu’avec mes sens
J’ai fait une échtébâh (erreur) en m’endormant près de l’arbre
La nuit a envahi les toits des ‘émârat (édifices)

Dans cette ville farâkh (vaste) j’ai lâché la main du jour
Je sais qu’il me retrouvera, comme il le fait toujours
Pour l’heure la nuit firouzé’i (turquoise) allume ses yeux étoilés
A la mèche des nuages qui annoncent l’orage
Le ciel est une gowdjé (prune) mûre, il s’assombrit alors que je plisse les cils
Moi qui suis un hâdji (pèlerin) sans aucune destination
Je marcherai longtemps avant de rencontrer la route
D’un autre hamrâh (compagnon de route), que j’attends
Je marcherai longtemps, sur cette route
Sans rencontrer d’autre voyageur, d’autre hamvatan (compatriote)
Que le kâghaz (papier) du ciel sur lequel mes yeux imaginent l’avenir

THE G’ANGRI / MOUNTAIN WITH SNOWY PEAK (DZONGKHA FROM BHUTAN + ENGLISH)

When I leave home
The sky will not have moved
The birds will be silent
The nightingale who is used to gales
My fortress in the shadow
Will sway under the same storms

The den-khep (bedspread) intact,
The small lit room
The green velvet curtains
The kha (point) of a blade
Black hair cut off
My parents are sleeping
I leave for the g’angri (mountain with a snowy peak)
To repel our enemies

I have put on the g’ô (man’s suit)
I am a blue shadow
In the streets of the villages
I will cap (protect) our ancestors
The sky is tinged with ‘ngü (silver)
The moon calls with its ‘ngou (wishes)
The women have gone ‘nga (cut the grass)
And the châp (rain) falls violently
On my dreams of purity

I prostrated myself before the stars
They who watch over our eccentricities
I laughed as I rode my horse
The moon shone brightly
The chu (herd) grazed in the dark
I am the most kukpa (crazy) soldier, the feverish mercenary
I left my woman’s skin by the stream
And I gallop under the pearly sky
My skin is kön (pale) my eyes shining with rage

The landscape melts under my horse’s hooves,
The lam (road) will be long, I slow down
I will marry no ‘mâp (husband)
The red earth under my boots,
I am going to kill the enemy sä (prince)
He who murdered my brothers
And the colors of the sky change
The clouds take the shape of the future
The houses disappear in the fog
My sem (pulse) is fast, my breathing is jerky

My fortress in the shadow
The nightingale that is used to gales
The kha (point) of a blade
Black hair cut off
My parents are sleeping
I leave for the g’angri (mountain with snowy peak)
To repel our enemies

THE HELL OF THE BIRDS (BALUCH + FRENCH)

Martchû kudjâm rotch int? (What day is it?)
Âros mâ e kudjâm rotch-â int? (What day of the month is the wedding?)
My heart is close to stopping beating
The clouds pass quickly in the icy sky

Zânân ke aur bît (Maybe it will rain?)
Manî tab djwân na-int (I don’t feel well)
And this night that never ends
In Shalkot the fog surrounds the brick houses

A mâlâchi (grasshopper) has stolen my spirits
I walk unconcerned in the fields of cotton and sugar beet
In search of a stream to wash my face
The sorud viola accompanies my every step

In the dark night with silver threads
I walked for a long time in search of the day
I was alone, your ghostly silhouette at my side,
I met an old man, he told me these words:

Washâtkae (welcome) in the hell of the birds
Allah-â sipârog-ae (may God protect you) may he watch over your dreams
A dandesk (bee) came to sting the snow
Its sting left traces in the powder

I prayed on my knees in front of a lake of ice
The sky began to turn zardâlu (apricot)
If I am to nâzenag (love) the day as much as the night,
I need some sharâb (alcohol) to stay alive,

A dratchk (tree) shades the earth with its swaying,
A moko (spider) ran down my neck, I froze
On the earth of Baluchistan,
I thought of you, in your silver city

My resh (wound) opened up again, the light seeped in
The day had stabbed the night
And I waited with my face in the wet earth
For your silhouette to disappear from the limbo of my soul

Martchû kudjâm rotch int? (What day is it?)
Âros mâ e kudjâm rotch-â int (What day of the month is the wedding?)
This treacherous âzmân (sky) reflects each of my tears,
And behind the hill I see a foreign city,

I will go to conquer the future in another country
Forgetting the woman who abandoned me to my fate
Love is a khatarnâk (dangerous) journey, a melancholy of roses
I have lost much time on the road of sighs

I am jand (tired), I seek a stream to wash my face
But the earth cracks under my steps and this country rejects me,
Only one star shone in my soul this morning, it is extinguished
And Quette disappears in the smoke of my bitterness

Is there a border to my pain
A rope to tie the boat of my dreams
To the pontoon of the future? I will walk without stopping in the pink desert
Until the storm hits me like a seal

I will walk, I am cold, I am feverish,
But âzât (free), delivered from your smile
I’ll walk to the next town
To forget the day of your wedding

The sea is rising ! / La mer monte (Dhivehi from Maldives + English)


Ibrahim Nasir (president of the Maldives) has a white tea
Gospels abandoned on the beach
I drew a cross of fire on the ocean
The island of Kaashidhoo melts in the fog,

You traced your name on the sand
So that I would not forget it,
Like a tarikh (story) carved in the rock
In a million grains of sand

Dhivehi (Maldivian language) written on copper sheets
Snow falls on the ocean
I looked for my lobi (love) in the parade of clouds
My hand clutched only water vapor

And the iru (the sun) sways, and the earth is troubled,
And I ask the night a thousand questions
She answers me only by flashing her golden eyes
The stars are my only reward

This daturu (journey) must last a thousand years
For you to look back one day on my shadowy figure
Once upon a time there was a mîhâ (man), a tomb, the sea
And the night that swallows up the memories like a dark wave

A rukek’ (coconut tree) whispers a sad story,
The majilis (parliament) has closed its doors
The beaches are stirred by the west wind
And my heart is a beach of fine sand

The months will unravel like wool
Snow will fall on our sunburned necks
A prayer will sound like a bodu beru (drum)
In the night pierced by our eyes

The Arabian Sea rocks the western atolls
The sea is rising!
I ran on the beach in search of a ghost
There was nobody, nothing but the sea rising

The bats at dusk
Listened to my song of love
May the sea be my ziyarât’ (tomb)
And the corals my only happy memories

If the tide carries me away
Throw flower petals and a Koran into the waves
And untie this boat from the dock
I want my memory to sink in the middle of the ocean