L’ombre du Qaïd-e-Azam (Gujaratî)

Mâre javunche
(Je veux partir)
Pour la péninsule du Kâthyâwâr
La lune fait du trapèze sous le chapiteau de la nuit
Mane eklo chhodi
(Laissez-moi seul)

Je vais à pieds à travers la poussière de la ville d’Ahmedabad

Tame mane madad karî shako
(pouvez-vous m’aider ?)
J’ai fait un rêve qui habite encore mes paupières, mes cils
Tremblent de froid sous l’océan de dunes ensauvagées par le soleil
Libérez-moi de la nuit qui ensevelit mon courage
La mort – Ketlun chetrun che
(A quelle distance est-ce ?)
Une femme fait voler sa robe rouge au-dessus d’un précipice
Les étoiles tombent par saccades et leurs branches
Se sont changées en lames de poignards
Elles lardent de coups nos heures sans action

Ek bhâshâ kadi pan purti nathi
(Une langue n’est jamais suffisante)

Pour exprimer l’ondulation nacrée du vent sur les collines,
Décrire le soulèvement des arbres de Sasan Gir sous la guerre des voix
Tamâro shun savâl che
(Quelle est votre question ?)

Je suis venu de Vadodar vous emmener dans le dry state
(Etat Indien dans lequel l’alcool est interdit)
Répondre à une question historique
Dans la violence aigüe des grandes villes trempées,
En caressant de la main droite les arabesques vertes incrustées dans la pierre du Aina Mahal de Bhuj
En buvant une eau de vie distillée dans votre regard

Tamne shun kehvâ mâ lakhyun hatun
(Que vous a-t-on dit ?)
Je ne suis pas fou — Je n’ai fait que voler un peu de sel sur la table de l’existence
Pour le jeter à vos yeux et vous faire marcher jusqu’à l’Indépendance
(Le Gujarat est l’Etat de naissance de Gandhi, organisateur des marches au sel en réponse à la colonisation)

Je vous dit que j’aime ce pays
L’ombre du Qaïd-e-Azam (Jinnah, fondateur du Pakistan) plane sur ces vallées sans ombre
Mais le soleil a le cœur noirci de rancune
Et le Palais Lakshmi Villas de Vadodar prend feu,
Sautons sur le dos d’un onagre doré galoper à travers le Kutch
Plongeons dans le puit à degré de Rani-ki-Vav
Pour nager et nous élever jusque dans le fond du ciel laqué d’or
Les temples brillent sous le vent, je suis parti sans me retourner

Tame mane madad karî shako
(Pouvez-vous m’aider ?)
J’ai fait un rêve qui habite encore mes paupières, mes cils
Tremblent de froid sous l’océan de dunes ensauvagées par le soleil
Libérez-moi de la nuit qui ensevelit mon courage
La mort – Ketlun chetrun che (à quelle distance est-ce ?)
Une femme fait voler sa robe rouge au-dessus d’un précipice
Les étoiles tombent par saccades et leurs branches
Se sont changées en lames de poignards
Elles lardent de coups nos heures sans action

Something that I have misplaced (Kirghizstan)

A plane burns the impassive sky
I wander on Ala-Too (huge central square of Bishkek)
In search of the light
The night strangles the red grass
A shepherd in Pamir followed his flock
A hundred days through the blizzard
He turned into a gust of wind
And speaks to me across the steppes
On horseback, a rifle against my chest,
I come here to look for
Something I’ve misplaced
Hunters in helicopters
Machine-gunned a couple of wolves
I sat on a wet rock
Waiting for daybreak,
My blood fell into the stream
The red furrows showed me the way
To what my heart desires
I come here to seek
Something I have misplaced
A beautiful electric fire
Fizzes in front of a midnight blue yurt
A golf club in hand,
The ball will show me the way
To what my heart desires,
I was distracted in another life,
Today dressed in red, my leather belt
Contains a sword that burns the sky
I come to confess my crime in Kyrgyz
The stars rain ash
On the sidewalks deserted by flowers,
Don’t tell me that she drowned her soul
In the dark waters of Yssyk Kul,
Don’t make me change my mind
I’m going to survey the glacier lake of Merzbacher
In search of a piece of her black dress
That I will tear off from the memory of the birds
To sew on the canvas of my desires
A serene and impregnated sky my vain quest,
The mountains can collapse
To become an ocean of snow,
I will follow the whiteness that haunts my conscience
To find in this country
Something that I have misplaced

Quelque chose que j’ai égaré (Kirghizstan)


Un avion brûle le ciel impassible
J’erre sur Ala-Too (immense place centrale de Bichkek)
A la recherche de la lumière
La nuit étrangle les herbes rousses
Un berger au Pamir a suivi son troupeau
Cent jours à travers le blizzard
Il s’est transformé en bourrasque
Et me parle à travers les steppes
A dos de cheval, un fusil contre ma poitrine,
Je viens chercher ici
Quelque chose que j’ai égaré
Des chasseurs en hélicoptère
Ont mitraillé un couple de loups
Je suis resté assis sur une pierre mouillée
A attendre le lever du jour,
Mon sang est tombé dans le ruisseau
Les sillons rouges m’ont indiqué le chemin
Vers ce que mon cœur désire
Je viens chercher ici
Quelque chose que j’ai égaré
Un magnifique feu électrique
Pétille devant une yourte bleu nuit
Un club de golf à la main,
La balle m’indiquera le chemin
Vers ce que mon cœur désire,
J’ai été distrait dans une autre vie,
Aujourd’hui habillé de rouge, ma ceinture de cuir
Renferme un sabre qui brûle le ciel
Je viens confesser mon crime en kirghiz
Les étoiles font pleuvoir de la cendre
Sur les trottoirs désertés par les fleurs,
Ne me dites pas qu’elle a noyé son âme
Dans les eaux sombres d’Yssyk Koul,
Ne me faites pas changer d’avis
Je vais arpenter le lac de glacier de Merzbacher
A la recherche d’un morceau de sa robe noire
Que j’arracherai à la mémoire des oiseaux
Pour recoudre sur la toile de mes désirs
Un ciel serein et imprégné ma quête vaine,
Les montagnes peuvent s’effondrer
Devenir un océan de neige,
Je vais suivre le blanc qui hante ma conscience
Retrouver dans ce pays
Quelque chose que j’ai égaré

Si la poésie était un homme

Il s’est assis à côté de moi sur le port
Les lumières des cargos me faisaient mal aux yeux
J’ai espéré qu’il meure et qu’il me laisse libre de ma vie
Je me suis levée, il m’a pris la main, et m’a poussée violemment dans l’eau froide
Je nageais encore au milieu des bouteilles de vodka et des feuilles
Quand un éclair a fusé dans le ciel comme un coup de foudre,
Il m’a aidée à me relever, mes vêtements trempés collaient à ma peau

Je sais que souvent on donne à la poésie
Une silhouette féminine
Mais c’est l’ombre d’un homme qui jusque là avait accompagné mon destin
Qui venait de me pousser dans l’eau froide
Pour me pousser à écrire sur le quai du port
De meilleurs vers,
A la lumière des cargos remplis de touristes
Des vers qui s’élèveront jusqu’aux étoiles,
Pour créer une nouvelle religion pour le vide stellaire
Un asile pour les oiseaux hallucinés par le vent

Il s’est assis à côté de moi sur le port – Je sais
Qu’on donne à la poésie souvent
Un regard empli de grâce et de volupté
Mais son rire bruyant, ses épaules, sa soif de guerre et de gloire,
Etaient celles d’un homme.

L’éclair de tout à l’heure avait fait danser les flammes
Sur le pont d’un des plus grands bateaux
Je me suis jetée à l’eau en oubliant la poésie
Pour aider les survivants à rejoindre la côte
Je me suis brûlée et le sang a rejoint les filets d’eau verts sombre
Qui coulaient de part et d’autre des cordages brillants.

La poésie n’a pas bougé, il me regardait de loin
Comme un daim attend la venue du matin,
En silence et sans prendre part à la réalité
J’ai craché sur une vague, et Dieu a lancé du ciel
De nouveaux éclairs qui ont brisé la coque du navire ;
Il s’enfonçait dans les tréfonds ; tous avaient quitté le pont.

Je suis restée seule enveloppée par les nuages.
La poésie debout sur le quai me regardait sombrer
Les survivants emmitouflés rejoignaient d’autres tombeaux
Dans des villes plus clinquantes encore que l’amour
Une musique emplissait les nuages qui descendaient sur l’eau sombre.

Alors quand j’allais toucher la crête d’une vague,
Il a plongé pour me récupérer, et m’a ramenée sur le port
Nous avons regardé main dans la main l’épave de la réalité s’enfoncer dans l’eau glacée
Il m’a tendu une feuille de papier, et j’ai écrit jusqu’au matin

Negar (Iran)

Negar was twelve years old
He had a cat and books
Poetry books,
Dickensian novels,

And books about computers. 
And he knew how to rule his neighborhood.
Especially on Sundays,
When his friends would ask him for those honey cakes he was known for in the kids’ group.

Negar was naturally confident, and quite pleasant looking.
He had big black eyes in which shadows passed even blacker when he cried,
And disheveled hair, tending to become sandy color in summer
When the sun sweeps the soccer fields.

His face took the shape of a plum tending to the rectangle,
With a thin mouth that he often turned into a smile
Which aroused the admiration of his aunts
And a tail wagging of his cat on Friday.

At that time, the minister had put online a website 
« For all, regardless of social background ».
This site was very popular. One could address a prayer to God.
One a year, from the age of thirteen.

It had even become a topic of conversation among his friends.
But Negar was doing well in school
And he was not a bad son either.
So there was little he could confess.

But apart from increasing his English
And computer skills,
He had one firm wish.
At thirteen, the boy was indeed driven by an ineffable will to influence those around him.

To bring others around to his ideas,
He stood up to his teachers,
He stood up to his parents,
And to his friends.

Without insolence or bad grace,
But to show his opinion.
He became animated as soon as
An opinion could form the basis of a debate.

Foreign policy, plate tectonics…
he wanted to shape the present.
There and everywhere,
In Thessaloniki and in South America, in the United States or in orbit,

Everywhere in the places whose names he knew by heart
Thanks to books or teachers, his goal
Would only be reached the day
He would leave his mark on history.

On his thirteenth birthday, Negar’s parents
Called in her aunts and uncles.
They served dates and tomato salad,
Poured hot tea under the courtyard umbrella,

And talked all afternoon.
Elaborate screens on the windows filtered the heat.
The adults talked about upcoming political alliances
But mostly about alliances between families.

Not a word was said about the young boy.
The child was listening to a polite-sounding ballad.
It was coming from one of the bedrooms
In the upper part of the villa next door.

The shrubs and bushes obscured
Most of the courtyard of this house,
But it was clear that it was a house of the rich.
From the room of their neighbors,

The clumsy notes of a lyre could be heard.
Notes that were impervious to the beat
And commotion that was taking place
In little Negar’s house on his birthday.

The child began to nibble on some dates
He had taken from a basket a few moments before.
He squatted down on the dusty summer floor.
The sun was declining.

Was it the evening atmosphere
Disturbed by the lyre, or not,
He suddenly remembered the promise he had made to himself,
To ask God through the minister

How he could change the world.

So he went to his father, Mr. B.
And asked him if he could access
His older sister Tahmin’s computer.
His father was busy lighting the fire under the grill.

Dark smoke was billowing in the air,
With a peppery aroma.
Negar’s father soon stopped what he was doing
Because of his son’s eagerness.

Entrusting the grilled food to Negar’s mother,
He led the young boy into their oblong living room.
The gray and red hangings spread across the four corners of the room
Like poems about the Revolution.

Mr. B. opened the computer,
Which was brand new
And in a beautiful black varnish.
He took a pistachio from one of the ebony tables

And while turning on the computer,
Entered the family password – it was Negar.
As his father turned away to go back to eating dates and fresh tomatoes,
Keeping a few pistachios in his right fist,

Negar logged on to the famous site,
And asked this question:

Dear God, am I able to change the world?

Two days passed before an answer was sent to him.
God’s answer was simple:
« Yes, »
Said the computer.

Immediately Negar believed in his destiny.
The dreamer in him believed that one day
it would be up to him to change the world.
Happy, he fled without turning off the computer,

Into the courtyard, looking at the sky.
There, the lyre he had heard the day before was playing more and more loudly.
He sat down, curled up and saw pistachio pits.
He threw them in the air towards the neighbor’s house,

When a small voice said to him
— Hey, why are you messing up our beautiful courtyard with your damned rotten bark?
Negar turned around.
Mouth agape, he saw a young lady,

About his age, thirteen at the most,
Wrapped in a transparent white tulle dress,
Almost too loose for her, with princess sleeves.
He greeted the girl,

And she told him that she too had a birthday today,
Two days after Negar’s birthday.
She said that she had watched
The boy’s birthday ceremony from her room.

— You play the lyre, » Negar asked her. What is your name?
— Jizya. My mother plays mostly. But come, I invite you. I will also learn to play the lyre one day.
The lyre is my manzel, my destination, my goal. I will teach you when I have learned. And what is your goal?
— I want to save the world.

The girl, in a burst of shining black hair,
Laughed out loud.
Negar did not understand at first.
The awakening to love takes time.

The two children soon became good friends.
But in the young boy’s heart grew the desire,
The burning desire to become someone
By completing his divine goal.

And despite Jizya’s pleading looks,
The years passed and he was more concerned with his goal
Than with the lyres.
That much was clear.

He could not remember ever doubting God.
So how could God make him uncomfortable
In his goal to please Him?
When he was eighteen,

Negar realized he could not save the world.
The world was too big!
Jizya still lived across the street,
But he didn’t see her much anymore,

They had grown far apart
Because of her parents.
And Negar had his exams coming up.
As for saving the world…

That was far too ambitious.
Negar asked her father for a computer
For his final exam.
It was the economic crisis,

And his father was unemployed.
But for Negar’s birthday,
He gave him the old computer from when he was thirteen,
The black varnish having cracked under repeated use.

Negar wrote « I can’t change the world, how can I ».
A question came to him two days later:
« Young man, is your family religious?
Help your relatives to find God.

Then Negar realized that
He had to change his family.
To do this, he set out to find his father a new job.
His father was a teacher,

But Negar taught him computer skills.
As a result, Mr. B. was able to apply for a job
With a computer company.
However, with the economic crisis in full swing,

He could not get a real job
As a computer specialist
Without a degree.
Then Tahmin, Negar’s sister, saw a boy.

It was the son of the house next door.
But Jizya’s parents did not agree to a marriage.
Negar quit his studies at the university,
And started working to finance his sister’s wedding

And convince Jizya’s father.
He found a job as a student in a computer company
Thanks to his knowledge.
Then he learned the lyre

So that he could talk to Jizya’s heart.
Once he could play a few notes,
He sat cross-legged in the courtyard of his house
– a few pistachio shells lay on the damp floor –

And began to beat out the national anthem.
Jizya’s mocking voice answered his lyre.
The hunch he had had about the girl’s superiority
Was still present when his eyes met the girl’s kohl.

She wore a black veil and her hair inside
It was sensually raised by a thick clip.
She invited him at home the same evening,
When the father would be left.

He answered stammering
To the invitation of the girl.
Then, in the evening,
Rocking on the rocking chair, next to Jizya’s mother

Who held her hand in his while
Complaining about her husband,
Negar began to dream about Jizya’s hand in his,
And he forgot what he had come for.

He returned without a promise of marriage.
Then he realized that he could not change
His family by himself.
He lived in an intense stupor for two years,

From which he only came out to smile
At his neighbor,
And did not undertake any more studies
Or student jobs, he simply stayed at home.

When he was a little over twenty,
He agreed that he had to go back
To the minister’s site.
A third time, to check,

For he had lost almost all faith,
And Jizya was soon to be married.
He wrote a long initials to God,
In order to expose his concerns about Jizya’s marriage,

Explaining his love for her.
Finally, he ended his internet mail with these words:
« I cannot change my family, what to do ».
Two days later, he received a reply:

« The girl you are talking about seems quite liberal; make her your wife if you want but try to change her first ».

It must be said that at that time,
After the revolution,
Liberal women
Were very badly perceived.

Negar adjusted his shirt
And plucked three roses from his garden.
Three beautiful roses, full and chubby.
He smelled them to give himself courage,

And went to knock on the door
Of the house next door.
The girl opened the door for him.
She was alone.

Negar did not forget the advice of the minister,
And kept in mind to submit to his ideas of change his half.
But she did not agree:
Salâm, Negar.

—You come here at last.
What good wind brings you?
—The wind that brought me the news of your engagement
In its gloomy trail.

I beg you to break it.
I love you more than him.
— Why should I break it, when my future husband respects me?
— I respect you too.

—All you think about is changing people.
If I were to marry you,
You would change me too.
I—t’s true,

—If you refuse to marry me,
I would stop trying to influence those around me.
I would change myself
And go far away from here.

— I love you too, Negar,
And I don’t want you to leave,
If my parents agree to give me to you.
But I don’t want to change.

Does the wind change
The shape of any new thing it carries in its tumultuous wake?
Do roses change shape when they die?
They wither, but do not become another flower.

Negar nodded at these feminine words,
And refused to change his future wife.
Thus, he changed himself,
Succeeding through love to get closer to God

In a more suitable way than the ways of the Minister.

Barricade (English/French)

I am standing upon crystal
Music beats the night out of me
Flashes laser harps on my back
And some gunpowder in this track

The music falls ashtray nightfall
Is robbing the beauty of the hall
I am under the spell of an idea
Falling swirling in a mute sky

Stroboscopic effect on the moon
Atomic impact on my mind
Fumes invading the orchestra
The fame makes me a doomed aura

[Allons déchirer la nuit
Prends ma main suis-moi
Sur les barricades d’ombres
Allons rallumer le monde
Avec une allumette mouillée
Illuminer la pluie glacée
Qui tombe sur les pavés
]

My dear, this palace does not exist,
I have been lying to make you laugh
And yet here is the key of my lies
I threw onto hundred empty skies

The reflection of Gods on the void ice
Your eyes so cold, stars above us
Love is a never-ending exhaustion,
A beautiful haunting vision

Now I am standing on this scene alone
Million people raising their hands
Did you ever believe me when
I told you I was aiming for fame ?

[Allons crever le jour
Nous plonger dans l’oubli
Un duel au premier sang
Hanter les cités prudentes
Danser sur une scène vide
Au milieu des tessons de verre
Et le monde est en guerre
]

If sometimes my eyes darken
Amidst the crowds and the heaven
If sometime my tears blurry
My undeserved golden glory
It is because fame hit me
Like a passion like a shadow
Listen to me, do not go

I am singing now without fears
Tonight I am murdering the stars !
The music falls ashtray nightfall
Is robbing the beauty of the hall

I am standing upon crystal
Music beats the night out of me
Flashes laser harps on my back
And some gunpowder in this track

La honte (Somalie)

Seul le corps entre au tombeau. Le cercueil ici ne sert qu’à transporter le défunt. En observant le voile blanc sur le cercueil, je me demande si je serai le prochain. L’épidémie ne laisse pas de doute, Kaahin ne sera pas le dernier d’entre nous à quitter le pays du soleil et de la lune.
Innadeer (Cousin paternel), dis-je assis sur un tapis rouge élimé. Qui sera le prochain ?
Mon cousin reste mutique. Il attrape une grappe de raisin et me caresse la joue. Un oiseau noir vole dans la pièce.
— Tu collectionne toujours ces volatiles ?
Il hausse les épaules. C’est l’heure de la prière. Une fois notre devoir envers Dieu accompli, nous sortons sur le pas de la maison.

Les piliers et arcs en bois d’acacia de l’aqal (habitation) reflètent les rayons du soleil.
J’entends une flûte de berger. C’est le plus jeune fils de mon cousin, Jiilaal. Le garçon marche vers nous, ôte la flûte de sa bouche et se met à mâcher une feuille de khat. Je tremble, il y a un peu de vent. Les feuilles de khat ont un effet euphorisant. Et effectivement, le garçon ne peut se contenir en nous voyant :
—Oncle, dit-il s’adressant à moi. Je vais me marier !
Je baisse les yeux, moi qui ai échoué à mener une vie rangée. Je félicite mon neveu et je brûle mes yeux en épiant le soleil couchant, dont la lumière encore violente purifie mon regard.
— Tu as rencontré ta fiancée ?
Il agite latéralement la main (ce geste signifie « non » en Somalie).

Je me couche en observant les étoiles. Je suis sur le pas de ma maison où j’ai installé une natte. On sent le sorgho depuis la maison d’en face. Ayah (la divinité de la lune) éclaire mes paupières à moitié entrouvertes. Je m’endors. Je rêve de Mussolini et des armées italiennes. Des guerres claniques qui ont sévi sur mon pays. Il me semble que des gouttes de sang déferlent sur mon rêve et sur notre histoire.

Je me réveille vers cinq heures pour observer la prière. Dire que « somali » viendrait de « soumahé », un mot qui signifie mécréant. Puis, je m’étire. Les teintes rouges et or du soleil brillent sur la terre aride.

Je suis convoqué dans la maison du chef du village. Il me demande si je vais bien, puis d’un air inquiet, me montre un groupe d’enfants qui jouent devant sa maison.
L’endroit sent l’encens et la myrrhe. Je lui demande pourquoi il prend cet air affolé.

— Tu as commis un crime. Les gens disent que tu es venu ici tuer à nouveau. Nous ne voulons pas de toi ici. Va-t-en !

Been fakatay runi ma gaadho (La vérité ne peut rattraper un mensonge qui s’est répandu). Alors je pars.

Je prends le bus jusqu’à Mogadiscio. Je pars en exil. Ibn Battuta, le grand voyageur arabe était dit-on si surpris par la magnificence de notre capitale, qu’il en a exagéré la hauteur de ses bâtiments. Depuis 2006, les seigneurs de la guerre, qui occupaient la ville, l’ont désertée. La BBC décrit désormais Mogadiscio comme une « ville fantôme ». Le dernier maire a été tué dans un attentat-suicide mené par sa conseillère, aveugle, qui était une taupe des shebabs.

L’aéroport Aden Adde envoie des salves de machines ailées blanches au-dessus de l’océan.

Je vais retirer de petites coupures à la Somali Bank. L’air marin emplit mes narines. Soudain, je la vois, elle s’appelle Nasira, c’est ce que dit son badge. Il me semble soudain que la terre tremble sous mes pied. Elle porte un uniforme bleu et un chapeau assorti. Mais il n’est pas ordinaire pour un homme ici d’adresser directement la parole à une jeune femme. Je me présente tout de même au comptoir et lui demande d’une voix calme de changer mes dollars en shilling somalien.  Elle lève sur moi deux yeux pareils à des diamants noirs.

Puis je marche dans les rues poussiéreuses de la capitale. Le bruit des camions ne m’est d’aucun secours ; je n’ai plus que sa voix dans le cœur et dans la tête. La flèche la plus ciselée a transpercé mon âme séchée par le désespoir. Je pense aux coups de bâton de la prison et aux séances d’électrocution et je ferme les yeux. Le soleil semble sourire de ma misère.

Trois ans de geôle m’ont rendu plus timide qu’un nuage. Je me hâte dans un petit restaurant dans lequel je mâche un suqaar (plat de viande coupé en petits morceaux)

Assalamu alaykum (la paix sur vous) me dit le serveur en me tendant une assiette joliment préparée.
Assalamu alaykum

Je n’ai pas l’air d’un criminel. Pourtant, s’il savait pourquoi j’ai été incarcéré, il aurait peur de moi. Je pense au visage de Nasira. Je n’ai aucun droit sur sa vie. Je sors mon téléphone de ma poche et passe toute l’après-midi au fond du restaurant, à retrouver la jeune femme, dont j’ai lu le nom de famille sur son badge, sur les réseaux sociaux. Elle a l’air sociable. Elle semble heureuse. Je me demande ce que je viendrais ajouter dans sa vie. Les odeurs de mouton grillé du restaurant finissent par me donner la nausée.

Dans la petite chambre que je viens de trouver, il y a un ventilateur qui fait un bruit d’enfer au plafond. Je suis en chemise blanche, trouée sur le côté, en sueur, bien qu’il fasse plus frais que dehors. Les bruits d’un match de football me parviennent de la chambre voisine. Je pense à Nasira. Je pense à mon passé. Les deux sont-ils inconciliables ? Même si je parviens à attirer l’attention de la jeune femme, ici les mariages sont l’affaire de deux familles. Il est probable que je ne l’épouserai jamais.

Les jours suivants, je passe et repasse devant la Somali Bank. On entend la radio les informations donnent des nouvelles de l’étranger. Elle fait de grands gestes de la main pour appeler sa supérieure qui lui tend une brochure. J’aime son regard quand elle se concentre. Si je traîne trop dans les environs, je risque d’être rattrapé par la police et par mon passé.

Alors je sors dans la rue en pleine nuit, poussé par le vent de la liberté. Il ne me reste sur terre plus de patrie, plus de liberté d’espérer, mais il me reste ce désir de voyager.
Je me fraye un chemin à travers les rayons de lune. La nuit est aussi dense qu’une tasse de café turc. Sur la plage, je fais signe à un paquebot. Ses lumières éclairent la noirceur des vagues. Je me jette à l’eau. Je nage dans sa direction. Une demi-heure plus tard, je réalise que je ne l’atteindrai jamais, que je vais me noyer ici. Je sombre. Quelqu’un me tire par les épaules. C’est un pêcheur, qui m’a aperçu dans l’obscurité. Je le remercie en balbutiant. Il fait partie de l’ethnie Rahanweins de Haute Juba. Il m’apprend qu’il vient d’enterrer sa fille « sinon, je l’aurais donnée à un solide gaillard comme toi », dit-il en me dévisageant dans le clair de lune. Il sort une thermos usagée d’un grand sac noir posé contre la cale. En me tendant un peu de thé, il continue à me raconter son histoire :
— J’aimais une femme, mais un beau jour, elle a disparu.
— Disparu ?
— Pffuiit. Plus de traces de ma promise. Pour moi, ce fut comme si toutes les étoiles s’étaient éteintes d’un coup.
— Elle est peut-être partie avec un autre homme ?
— Comment ça ? C’est impossible !
— Et pourquoi ?
— Mais parce qu’elle était aveugle, sourde et muette !
Le vieux a l’air un peu fou. Une fois qu’il me ramène a terre, je prends mes jambes à mon cou. Le matin est en train de frapper à la porte de la nuit. Une longue course plus loin, me voilà hors de la vue de l’océan. Je juge bon de retourner voir Nasira une dernière fois pour baigner mes yeux dans l’océan de sa beauté. Je repense à ses photos sur les réseaux sociaux. Alors, l’envie me prend à nouveau de commettre un meurtre.

J’attends la femme que j’aime le soir suivant caché derrière un mur de la Somali Bank. Mon cœur bat la cadence de l’amour. Je regarde droit devant moi un journal que je fais semblant de lire. Elle finit par sortir, sans être accompagnée. Je la suis à bonne distance. Elle ne me remarque pas. La nuit tombe peu à peu sur nos cous éreintés. A un moment, elle s’arrête dans une rue déserte, et fait mine de chercher dans son sac. C’est le moment. Je m’avance vers elle quand soudain, un bruit me fait sursauter. Un autre homme a eu la même idée que moi, l’aborder quitte à risquer son honneur, commettre un crime de moralité. Mais cet homme là semble bien plus malveillant que moi. Il se dirige vers elle, lui adresse quelques mots. Elle fait quelques pas en arrière, et essaie de se raccrocher au vent. Elle tombe et je me rue sur l’inconnu pour le faire fuir.

Elle me remercie comme si elle ne m’avait jamais vu. Mon cœur se serre. Elle griffonne quelques mots sur une carte de visite, qu’elle me tend en baissant les yeux.
— Vous viendrez nous voir, me dit-elle. Ma famille voudra vous remercier.
Je tergiverse deux jours durant. Mes joues sont encore en feu après notre brève rencontre. J’ai été un idiot sur toute la ligne. Je ne suis pas digne de faire la connaissance de sa famille. Certes, je lui ai peut-être sauvé la vie, mais… Je suis un imbécile. Je l’ai traquée à travers la ville comme un animal affamé. Voilà ce que je suis, un animal !
Le surlendemain, je frappe à la porte de la famille de Nasira, au sixième étage d’une lourde tour. C’est la jeune fille qui m’ouvre.
— Entrez, je vais préparer le thé.
J’apprends qu’elle est encore étudiante, et travaille à la Somali Bank pour se payer ses futurs frais d’inscription en économie. Elle est plus jeune que je ne le pensais. J’ai peine à garder les yeux ouverts, je voudrais arrêter de sourire mais je ne le peux pas.
Le frère de Nasira me dit gentiment que je suis un héros.
— Je passais par hasard dans la rue, je m’empresse de lui dire.
— Un autre homme n’aurait pas agi de la sorte.
Je ne vois que le père, le frère et ma jolie banquière. Mais un instant plus tard, la mère de Nasira entrouvre les rideaux en perle qui séparent la cuisine et le salon et nous rejoint.
— Je suis heureuse de faire votre connaissance. Nous avons craint que vous ne vous décidiez pas à venir. Etes-vous marié ? Dans quel secteur travaillez-vous ? Vous êtes de quelle ville ?
Je lui raconte mon passé, en omettant les trois années de ma vie que j’ai payé à expier un meurtre. Mon cœur se serre en pensant que s’il connaissaient ma honte d’avoir été emprisonné, ils me chasseraient de chez eux.

Je rentre dans mon logement le cœur lourd. Je suis ployé par la honte, et toujours amoureux de Nasira. Assis en tailleur sur mon lit, j’ai des visions, et, comme la foudre s’abat, la mémoire me revient subitement. Je me revois en train d’assassiner l’homme a violé et tué ma sœur. Le couteau plongé sur sa gorge, je me vois en train de rendre moi-même la justice. Si ma sœur était encore là, rien de tout cela ne serait arrivé. J’ai honte d’avoir fait couler le sang en son nom. J’ai encore plus honte de ne pas avoir pu la sauver ; je suis un incapable, je suis indigne de vivre et d’aimer. Le matin surveille mon front pâle, je n’ai pas dormi de la nuit.

Il y a une violence dans l’amour, que les personnes tranquillisées par le mariage ne peuvent comprendre. Mes yeux sont emplis du regard de Nasira ; j’ai du mal à respirer depuis hier et je ne dors plus. Comment faire pour la revoir ? Je continue à épier sa vie sur les réseaux. Je lui envoie une invitation sur facebook, qu’elle accepte aussitôt. Dois-je lui parler ? A quoi tout cela servira-t-il ? Mais c’est la jeune fille qui m’envoie la première un message :
— Voulez-vous dîner chez nous ce soir ? Ma mère vous invite.

J’apprends le soir que la mère travaille, elle est enseignante. Le père est dans la banque, lui aussi. Ce n’est pas une famille traditionnelle, pourtant s’ils connaissaient mon passé… Je transpire. Je bois un peu du thé que me tend sa mère. Je lui demande si elle et son mari sont de Mogadiscio. Alors, elle me raconte son histoire :
— Je vivais dans un village du nom d’Egoyé, sur la rivière Shabellé. Un jour, je suis tombée amoureuse d’un homme qui n’était pas de mon milieu. Je ne pouvais plus vivre sans penser à notre union. Mais j’avais honte de mon origine. J’étais déjà promise à un autre homme, un pêcheur, comme mon père. Les fiançailles étaient sur le point d’avoir lieu. Je suis allée trouver l’homme que j’aimais et je l’ai demandé en mariage. Il a eu un air dubitatif, il a regardé les nuages et m’a conseillé d’accepter l’union que mes parents m’offraient.
J’acquiesce, pour montrer à mon hôtesse que je l’écoute avec attention. Elle reprend :

— Le soir même, poussée par le plus ancien des sentiments, malgré ma honte de trahir mes parents, j’ai imaginé un stratagème.
Je souris. Il me semble que je n’ai jamais entendu histoire plus extraordinaire. Et pourtant, il me semble que j’ai déjà… Je la coupe aussitôt :
— Vous vous êtes fait passer pour une jeune fille sourde, aveugle et muette ?
— Exactement. Quand mon prétendant est entré dans le salon, il n’en revenait pas. Malgré mes différents handicaps, je servais tout de même le thé avec grâce et en souriant de ma duplicité. Il n’a jamais su le fin mot de l’histoire, parce que…
— Parce qu’il est tout de même tombé amoureux de vous et vous a demandé en mariage.
— Il paraît qu’il en est devenu fou. Je me demande ce qu’il est devenu.

Je pense à la barque du pêcheur qui m’a sauvé la vie, à son regard énigmatique en me contant la même histoire. Je baisse les yeux et observe un clou de girofle qui flotte dans la crème de lait. Alors je souris à mon hôtesse. Nasira a l’air heureuse. Je comprends que l’histoire de la mère est peut-être inventée, mais que ce n’est pas une coïncidence si je l’ai entendue deux fois ces dernières semaines.

Je rentre chez moi ivre de bonheur. Ma honte a disparu en écoutant celle d’une autre personne. Je m’assieds délicatement sur la plage devant l’Océan Indien. Le soir tombe en drapés lourds et obscurs. Ainsi, nous ne sommes que des hommes, avec les mêmes passions irraisonnables.

Quand la tombe ensevelira mon corps, je ne veux pas que l’on se rappelle d’un homme qui a courbé le dos devant son destin. Je veux qu’on dise que j’ai été braver le plus violent des Dieux, que je l’ai mis à terre car j’avais compris que si l’homme peut vivre sans passion, il ne peut vivre sans la conscience de sa dignité.

Le jour même, je suis rentré au village de mes ancêtres. Jusqu’à ce que le vent m’emporte, j’essaierai de rétablir ma réputation aux yeux de mes ouailles. Je vais tenter l’impossible et décrocher des larmes à la lune d’acier flamboyant qui unit le matin au soir. Un jour, peut-être, je repartirai en bus chercher la femme que j’aime. J’aurai vieilli alors, elle me regardera différemment, comme si j’étais un ange ou un présage, et elle mettra sa main dans la mienne.

Nous marcherons le long de l’Océan Indien, comme d’autres l’ont fait avant nous, jusqu’à ce que les erreurs de nos passés ne soient plus que de lointains roulements de tambour dans l’obscurité.

La poétesse d’Asmara (Oromo d’Ethiopie)

Un shimbirroo (oiseau) s’est posé sur ma poésie
J’entends encore ses ailes battre en brèche la nuit,
Un soldat attendait une jeune fille en robe bleue
Le ciel a gelé au-dessus des grands lacs du Rift Ethiopien

Les poètes sont esclaves du soleil,
Chaque jour ils servent à leur maître un peu de lumière,
Et quand leurs vers sont obscurs dans une vallée de chagrin
L’amour leur sert d’alibi pour invoquer la nuit

Mon je vends mes chansons sans scrupule sur la place du marché,
Les enfants viennent à cheval me dérober mes mots,
Je sais que demain se lèvera comme un animal blessé,
Je serai loin déjà avec ma guitare, à la poursuite de ton cœur blanc

La noirceur des dunes capte le son des étoiles,
Tu n’as qu’un mot à dire et j’arrête mon coursier
Il s’est emballé à la vue de ton ombre, et ses yeux fiévreux
Font danser les herbes, puis il caracole dans le soir brun

Je suis venue d’Asmara pour t’enlever au vent
L’heure faisait trembler la lune dans le rideau de glace du ciel,
J’ai arrêté ma monture, pour qu’elle boive toute l’eau de la nuit,
Un écrivain m’a demandé une sijaaraa (cigarette), je le lui ai tendue

Nous avons conversé comme des amis d’un jour faste,
Puis il a disparu dans des volutes de fumée bleue
Et je crois que le soleil berçait enfin mes prières,
Quand descendue de cheval, interrompant ma vie monotone,

Je me suis remise à écrire une légende de brocard
La pleine lune riait, la lumière de mes mots,
Je l’ai fait coulisser sur le profond noir de l’Olympe
Et le matin aux bras d’argile est venu me redonner espoir

Edana (cette nuit) je me suis coupée avec le papier froid de mes rêves,
Ma plaie s’est infectée, je te regarde à travers un grillage,
Le vent joue avec mes pensées et les jette dans l’air pur
Iftaanis (après-demain) je serai morte, tu m’auras déjà abandonnée

Aux flots de l’oubli, alors ce papier tâché de sang fera fleurir les roches,
Une herbe grandira comme une ombre sous la lune bavarde,
Mon cheval cherchera longtemps les portes de la ville
Jusqu’à ce qu’un nouvel écrivain le prenne par la bride.

La trasianka (Biélorussie)

La trasianka (mélange entre Biélorussien et une autre langue) s’entendait dans l’amphithéâtre
J’ai enroulé mes mains autour du cou d’un nuage
La pluie noire tombait sur une scène étrange
J’ai joué jusqu’à tomber d’épuisement dans les bras de la nuit

A quoi bon écrire de la poésie — la guerre des puissants
Frappe aux portes comme une vieille femme avide d’argent
Un lambeau du Ziazda (l’étoile / journal biélorussien) dans une flaque
Le train passe derrière la place des acteurs

Les artistes agitent les fantômes de la poésie
On entend nos applaudissements jusqu’en Lituanie
Un chien tient le bras d’un mannequin dans la gueule
Les étoiles tombent sur le dramaturge ivre mort

Loukachenka s’est levé pour applaudir la jeune première
Une rose noire a volé jusque sur son sourire
J’ai bu la lie du mépris de mes compatriotes
Et je t’attends prostré comme un démon dans les coulisses

J’essuie une goutte de vodka sur mes lèvres décharnées
Le soleil rouge s’est levé et a brûlé mon costume
Je cours dans Minsk épuisé par les battements de cils de la nuit
Une main de femme se referme sur mon cœur

Ma réputation, je l’ai lancée comme un filet de pêcheur
Elle a crevé la glace du fleuve blanc comme une roche lourde
J’ai arraché un arbuste enfiévré par la beauté de ses fleurs
Un prince en manteau noir m’a montré le chemin vers Dieu

J’ai escaladé une échelle, les Saints de ce pays
Se frottaient leurs yeux d’or en laissant tomber la pluie
Sur le goudron de nos rues sans âme ni scrupules
J’ai crié dans l’Olympe, halluciné et ivre

L’Evangile de Laurychauski sous l’aisselle,
Je suis redescendu comme un simple mortel,
L’entracte était finie, la femme que j’adorais
Dansait en robe noire sous un dais de lumière ;

J’ai claqué des doigts pour faire rappliquer la nuit,
Et les Dieux m’ont jeté une corde pour me pendre,
Dont j’ai retiré chaque fil pour les tisser au rouet
Et me faire une écharpe pour me protéger d’un avenir sans toi

Le froid giclait sur mes yeux comme un geyser d’argent
La poésie avait quitté Minsk, le ciel tremblait de peur,
Il a bien fallu applaudir les acteurs dans leur sublime hallucination
Il a fallu se lever, et voir partir chaque spectateur

Mais je continue ma route à travers les décombres et la neige
L’avenir ressemble à une course à travers le blizzard
Ma main en visière, je cherche l’or du siècle derrière un rideau de pluie,
Je cherche le sang sur les étendues de glace

Demain, le soleil percera à travers notre fenêtre,
Nous rejouerons l’espoir, nous tendrons encore nos mains
Vers le ciel observateur qui nous lance les épines de ses roses
Nous chanterons un cantique avant de nous évanouir par amour

Le temps viendra cristalliser l’Eternité, un lac bleu
Surgira dans la ville comme un ciel de purgatoire ; le feu
Hantera nos yeux longtemps devant les pluies d’obus
Et l’ombre de nos courages salira nos serments

L’église de Kaloja s’est tue, le monastère de Bieltchytski
A attendu longtemps avant de rouvrir ses portes ;
J’errais comme un enfant à la recherche de fantômes
J’avais pour toute épée une roche aiguisée par mes doigts usés,

Que j’ai plongée dans le temps en me rappelant le Théâtre,
La pièce que nous jouions pour survivre en temps de guerre
J’ai noyé longtemps mes pensées dans l’eau de ma mémoire
Le château de Niasvij éclate encore d’un rire assassin


L’amour en Pays Sunda (Soundanais d’Indonésie)


Je lisais près de la fenêtre quand le bruit d’une explosion m’a extirpé de ma rêverie. Je suis sorti sur le pas de ma porte. Le ciel avait changé de couleur, il avait pris la teinte obscure d’un ananas rongé par la pourriture. Dans le ciel, les poudrières envoyaient une fumée historique. Je me suis frotté les yeux. Le cœur bleuté des nuages était transpercé par les canons hollandais. Venais-je d’être projeté dans le passé ? J’ai marché en ville. Une bannière blanche et rouge flottait entre les nuages. Je me suis senti meupeus keuyang (frustré, mal luné).

Une caravane de marchands défilait dans la brume. Inquiets, fuyant les bambous rougis au feu, bambu runcing agités par les nationalistes. Je me suis frotté les yeux à nouveau, et la guerre a semblé se terminer soudain. Il s’est mis à pleuvoir une grêle gelée. Alors, malheureusement, toute la mémoire m’est revenue.

J’avais aimé une femme, je pensais à elle en écoutant des valses d’un autre temps. Et cette femme allait être mariée aujourd’hui. Je pensai à l’incendie de Bandung en 1946, et me dis que l’événement le plus tragique n’était rien en comparaison de ma douleur. Quel égoïste je faisais !

« Les révolutions naissent à Bandung, et éclatent à Jakarta », a-t-on coutume de dire. Qu’à cela en tienne ! Je vais me faire politicien, et brûler la capitale d’Indonésie, et le pays Sunda d’où je viens et où j’ai cru un temps trouver l’amour.

Sunda, d’après les chercheurs proviendrait du mot « entrepôt ». Je revois les marins venus décharger leurs cargaisons d’épices derrière les lourds rideaux roses de la pluie. La nuit ne va pas tarder à gicler comme un geyser d’obscurité sur terre.  

Sunda est l’une des 33 provinces de l’Indonésie. Les sommets bleutés des montagnes se détachent dans l’obscurité. Je pense aux pèlerins de Chine et de Samarkand venus nous dérober nos richesses. Je passe devant un panneau en sanskrit. C’est l’entrée d’un temple. J’ai envie de danser dans le vent de devenir le vent, d’arracher un pétale d’une orchidée et de le noyer dans les flots de la mer. J’ai des envies de meurtre.

Les invités du mariage dansent. Je les observe depuis la fenêtre en bois, juché sur des fagots. Je suis tapi dans l’ombre. Personne ne fait attention à moi. Personne ne m’a vu approcher. Je suis comme un insecte, collé au mur, ruisselant de dégoût pour cette vie. Et le soleil ne va pas tarder à resplendir à nouveau. Le sourire de Maya est brillant de lumière. Elle est heureuse. Je descends de mon petit promontoire. Puis je me mets en route à travers la nuit. Je plisse les yeux devant le portail sculpté de la mosquée du village. Les prieurs sortent et me traversent. Je commence à me fondre dans la nuit et à devenir moi-même un spectre. Comme le roi guerrier Sanjaya, je vais donc m’évaporer en éther !

Je m’enfuis de la scène du mariage, en m’envolant au-dessus de notre région. Puis, happé par une bourrasque de vent, projeté à terre soudain, je me fraye un chemin dans un village anonyme de montagne. On y produit du sucre rouge, gula kawung en le versant dans des moules en vannerie une fois porté à ébullition. Je suis mélancolique comme une chanson d’amour triste. Je suis comme l’âme du Pays Sunda, au glorieux passé qui regrette celui-ci en se tordant les mains de désespoir et en crachant sur sa voisine heureuse Jakarta.

Le silence pour tout confident, comme en un jour de Nyepi (le jour du silence, rite en observance duquel les lieux publics ferment) je marche les mains dans les poches. Une confiserie vient d’ouvrir. Je vole quelques noix de cajou au passage. Je marche jusqu’aux rives. Des jarres ont été brisées près de la rivière. Je soupire. Le rocher devant moi a la forme d’une urne funéraire.

Accroupi près d’une mare verdâtre, je vois le reflet du roi Silihwangi. S’est-il échappé de son sanctuaire sur les pentes du mont Slamet ? Son fantôme me prend par les épaules « Moi aussi, j’ai aimé une femme à en mourir », me confie-t-il. Je lui crache au visage et il disparait, vexé.

Je n’ai pour tout alcool que la fraicheur du vent en cette aube lumineuse. Soudain, mon corps s’envole à nouveau. Ma silhouette fantomatique s’étire comme une ombre au-dessus des rizières. Les paysans commencent à affluer vers leur labeur. Le soleil reparait. Alors, je décide de survoler le pays Sunda à la recherche d’un amour plus vivifiant que celui qui m’a mené au trépas. Rencontrerai-je peut-être la fille d’un roi ? Voudrait-elle alors de moi ?

La mer de Java a une silhouette lascive. Il y a des poissons d’or qui nagent dans l’écume mousseuse. Je m’envole et me dirige vers le royaume des Ombres.

Ici les falaises se jettent à pic dans l’Océan Indien. J’assieds mon fantôme sur un rocher ; je devise quelques instants avec le vent. J’entrevois entre les nuages le sourire de celle qui a été mariée à un autre. Et en fermant les yeux, je vois les invités valser. Je suis transporté par une musique déchirante, que je perçois au milieu de la solitude et du silence.

Combien de temps suis-je resté sur ce rocher ?

Septembre déjà. Le soleil se trouve au nord de l’équateur. L’œil du vent, voilà comment nos ancêtres appelaient la direction du vent. La mousson dite katiga, sèche, déferle sur les rues de Batung.

J’entends une suling, flûte séraphique qui inspira Debussy. Elle fait vibrer l’eau pure ruisselant devant moi. La rivière aux indigotiers coule paisiblement, comme une caresse faite à la terre. Il me semble apercevoir un crocodile blanc près des bambours. Qu’importe, je suis déjà à demi-mort. Mais où est la rédemption que je cherche ?

Pour regagner la vie, devenir awet jaya, invincible, me faudra-t-il comme le prétend une légende de ce pays, me plonger dans l’eau de quatre sources avant l’aube ?

Mon chemin continue vers les sources d’eau chaude d’une région proche. L’eau est délicieuse. Je peux presque sentir la vie revenir en moi. Dans la plantation de thé qui borde la forêt, je chante une chanson de mon enfance. Le soir goutte, la pluie dégouline depuis un ciel rose et brique. Soudain, un geyser s’élance jusqu’aux nuages immaculés. Il s’agit d’un nouveau système d’arrosage. Un oiseau vole entre les gouttes fines.

La nuit est descendue dans le lac du ciel comme une ombre solitaire. Des adolescents allument un briquets. Que font-ils près de l’aqueduc ? Je me présente à eux pour les faire fuir. Ils se dispersent en poussant de grands cris. Hujan téh gedé pisan (la pluie tombe drue). Il y a une tornade de poussière dans le ciel lointain. Est-ce un signe du divin ? Je hausse les épaules. Mes mains ont presque disparu, je deviens complètement invisible. Alors je cueille une mûre sur une ronce, de mes doigts translucides. Le sang du fruit se répand sur mes lèvres pâles. Je ferme les yeux et mon cœur se serre. On entend le cri des buffles au loin.

Au-dessus du Ciremai, le volcan le plus élevé du pays, je chante les vers octosyllabiques d’un tembang sunda (chant classique sundanais) et danse comme un oiseau blanchi par la pluie. Les pentes du volcan sont riches en sites archéologiques. Je contemple Sanghyang un instant puis je m’effondre en larme. Où est l’amour qui me redonnera foi en l’existence ?

Une lanjang (vierge) est venue pieds nus déposer une branche sur la rivière. Pourquoi ? Elle s’appelle Sartika. Comment je le sais ? Mais parce que je l’aime depuis toujours ! Je la suis à bonne distance. Je vole jusqu’à l’observatoire de Bosscha, pour observer son visage avec un télescope. Mais je ne perçois que le reflet de la nuit et des étoiles sur terre en plongeant mon âme dans l’engin d’observation astronomique. Le bangbalikanana (sens caché d’une allusion poétique) de l’amour m’échappe encore. Alors je braque le télescope en direction du monde cosmique. J’observe un temps les neuf mondes stellaires. Le djanna, paradis, semble à portée de mains. J’entrevois dans les cieux sombres l’éclat de ses jardins, l’Eden, firdaws, et le Jardin de l’Eternité.

Une Citroën de collection surmontée d’un fanion roule à toute vitesse en direction de la jeune femme. Elle se retourne en ma direction. Je vole jusqu’à elle la prend dans mes bras et nous roulons sur le bas-côté de la route. Mais elle ne peut que penser que c’est le vent qui l’a sauvée, n’est-ce pas ? Alors elle fait un signe de croix, comme une chrétienne et se sauve, toujours pieds nus. Elle porte une kebaya, une petite veste en brocard rouge avec un décolleté en trapèze, un chignon bas orné d’une fleur blanche.

Elle s’approche d’une maison en pierre qui jouxte la rizière. Que Sri, la Mère du Riz, soit avec elle. Qu’a-t-elle l’intention d’accomplir ce soir ? La princesse se saisit d’une arme à feu, cachée dans les plis de son chemisier rouge. Elle se frotte les yeux. Ses joues sont grêlées par la pluie. Je chante tout bas. La nuit recouvre comme une épaisse cape ses désirs meurtrier. Je suis l’éclat de sa peau jusqu’à une galeng, une étroite diguette. Elle caresse le pelage brun d’un buffle qui se détache dans l’obscurité. La lune veille sur nos consciences. Puis la princesse sort son revolver, fait volte-face et tire trois coups en ma direction.

Ainsi elle peut me voir. Est-elle une magicienne ? En souriant, je m’approche pour lui prendre la main et lui parler. Je lui raconte que quand on a marié ma petite amie à cet imbécile, et qu’elle m’a intimé méchamment de ne plus lui parler, je me suis promis de trouver une fille de roi. Et la voilà qui a surgi devant moi comme un rayon de soleil déchirant le rideau d’amertume de mes journées ! Je lui dis dans toutes les langues qui ont été parlées au cours des siècles dans le pays Sunda, le sanskrit, le kawi, le vieux-malais, le soundanais ancien, l’arabe, le vieux-javanais, le hollandais, le malais et l’indonésien.

Abdi bingah tiasa patepang deui sareng anjeun. Je suis content de vous rencontrer, je lui dis enfin.
Parantos lami abdi nataroskeun anjeun. Je vous ai cherché longtemps, me répond-elle.
Abdi hanjakal. Je suis désolé.

Les rizières sont un monde de femmes et les paysannes nous dévisagent. Je raconte à la princesse mes mésaventures sentimentales. Elle se baisse, attrape des graines dans un sac en jute et les lance à la volée. Les graines une fois dans le vent se transforment en petits oiseaux. Alors, elle se retourne vers moi et me sourit. Mais que signifie ce sourire ? A-t-elle accepté ma requête ? Soudain, elle trace en caractères pallawa sa réponse, un vers qui signifie qu’elle m’aimera, si je prête au ciel mon âme pour faire étinceler les jours de mes compatriotes.

Je me penche et arrache des mauvaises herbes. Le soleil fait luire les courbes des épis. Les femmes me traversent pour piquer le riz. Un nuage éclaircit le ciel d’un rose sombre. Je marche dans la boue, tout à ma tâche et la jeune fille disparait. Un sarcloir git, abandonné près d’une charrette.

Sur le marché, on échange le riz, surtout celui de Cianjur, à l’odeur de citronnelle. Un journal à la main, je cherche ma mystérieuse inconnue. La pluie tombe dans la nuque des marchands. Personne ne peut me voir. J’en profite pour m’asseoir sur une motte de terre et contempler les va-et-vient de la foule bruyante. Des enfants lancent des cerfs-volants depuis une colline derrière le marché. L’air sent le durian, la goyave et l’ananas de Bogor. Je croque dans un citron. Les fraises ont été introduites par les Hollandais il y a plus d’un siècle. Je vole une tasse de café à un marchand et croque dans une fraise en attendant de voir réapparaître mon inconnue.

Je compte les heures en mâchonnant quelques cacahuètes grillées. Mais elle ne réapparaît pas. Le dais du soleil est imperceptible. Les nuages s’amoncellent bien au-dessus de mon front ridé. Les maisons sur pilotis, imah panggung, prennent le soleil. De l’espace sous la maison, le poulailler, s’échappent des pépiements insupportables.

Où est-elle ? Je quitte la ville et les hommes et vole à présent au-dessus d’une des forêts sacrées du Pays Sunda. Au sud de Tasikmalaya, j’avise un temple devant lequel un moine agite patiemment une sanggar manuk, une cage à oiseaux vide en bambou avec une balancelle et un capuchon en satin brodé.

Adossé à un acajou, je regarde le moine rire solitaire, et son visage se décomposer. Soudain, le voilà qui change d’apparence et prend le visage de ma princesse. Quelle est donc cette sorcellerie ? Suis-je tombé amoureux d’un vieux moine ?

Je me rue entre les jacquiers et les acacias, angoissé mais curieux. Quand j’atteins le temple, le moine a disparu dans un souffle de fumées opaques ; je suis seul à présent. Ma main en visière, je noircis mon cœur d’idées desespérées.

M’a-t-on fait avaler de la poudre aphrodisiaque de rhinocéros pour me berner ? Qui est ce moine ?

Un petit hélicoptère de tourisme vole au-dessus de la forêt. Je m’élève haut au-dessus de la cime des arbres, au-dessus des pales. J’aperçois l’usine pétrochimique de Cilegon au loin qui envoie de lourdes fumées sombres dans le ciel mat. Je vais chercher le moine dans tout le pays Sunda. J’arpente les docks du chantier naval de Banten, les mines d’étain dans les îles de Bangka et de sel et le petit port de pêche de la baie de Cilauteureun.

Les emas, mines d’or de Sunda, existent depuis des centaines d’années. Les extractions illégales sont légion. Au pied des monts Halimun, je me balade entre les chercheurs d’or. Mais le moine semble vivre loin des hommes.

Je visite une ébénisterie dans laquelle on construit un superbe mobilier sino-soundanais en teck. Laqué, rehaussé d’or fin, ce sera un superbe objet. L’or de Bandung est le plus cher d’Indonésie. Je songe au brun doré de la pupille de cette princesse qui est devenue un moine et je souris.

Soudain, le voilà à nouveau devant moi, il mâchonne un peu de gingembre confit et me sourit. Je le tire par le bras et l’emmène à l’écart des regards. Nous marchons longtemps sans nous parler, jusqu’à atteindre une plantation d’indigotier. Le moine enfin, parle

— C’est un arbre aphrodisiaque. Il m’a permis de conquérir votre coeur.
— Vous m’en avez fait avaler. Quelle espèce de fantôme êtes-vous ?
— J’étais une princesse très pieuse. Une magicienne jalouse de ma beauté m’a changée en moine. Il n’y a qu’une manière de faire disparaître ce sortilège. C’est de…
— De ?
—  Je ne peux pas le dire. Mais… Il suffit de lire tous les contes qui parlent de ce type de sortilège. Rappelez-vous.
Et elle me quitta.
J’achetai de l’huile aphrodisiaque d’indigotier, la minyak atsiri. Je tombai amoureux de la princesse-moine et mon amour la sauva. Quant à moi ? Je retournai sur mes pas.

En buvant un thé épicé avec des clous de girofles, de la cardamome, je réfléchis en contemplant les nuages s’étirer comme les fils de soie qu’on utilise pour tisser les batiks. Irai-je retrouver la princesse dans le nar (enfer, feu) de l’amour ? Je décidai de prendre la journée pour y réfléchir, et retournai patiemment dans mon village. Tous les bruits avaient cessé. J’étais seul, les mains en croix, allongé sur mon lit.

J’attends que la mort et la vie, qui se disputent mon existence, décident de mon sort. Et quelle que soient leur décision, que je demeure un spectre ou que je reprenne ma forme humaine, une chose est sûre, je passerai ma vie à poursuivre un unique but, celui de l’amour.