Schicksal (Gedicht über Louise Glück)

Es gab Blut auf den Gleisen
Mein Schatten ist dort geblieben
Gefangen von den Sonnenstrahlen
Im Zwischenraum des Lebens
Und jemand hat mich aus dem Zug gestoßen.

Ich bin gefallen, ich habe mich auf dem Gras gerollt
Wie ein Heuhaufen
Kühe und Schafe
Habe die Tage vergehen sehen.

Ich habe mehrere Iris zerdrückt, mehrere Rosen
Das ist dort schon lange gewachsen
Als mein verletzter Körper sich selbst fand
Das Gesicht im Strom,
Ich fühlte, wie Arme mich hochhoben,
Eine freundliche Stimme, die mich abgestaubt hat, hat mich abgeholt
Und setzte mich an einen Tisch, wo sie Brot schnitten.

Damals waren wir dreizehn, und ich erkannte es
Einer von uns wie mein Mörder
Er hatte sich seit der Zugfahrt verändert,
Er trug einen Bart und das Lächeln der Sieger
Sein Gesicht war wie ein Schlag auf die Wange der Licht
Meine Freunde wandten sich langsam an mich
Sie vermuteten, dass ich sie verlassen wollte;
Zurück zum Bach gehen, das dicke Unkraut hoch ziehen
Das Gesicht rot in der Hitze, Blumen zwischen den Fingern,
Warten Sie, bis die Sonne am tosenden Horizont untergeht

Aber ich blieb sitzen, jemand musste
Bestimme für immer unser Schicksal
Ich winkte dem dreizehnten Mann mit der Hand zu
Ich habe meine Freunden versichert, dass ich mit dem Zug abreisen werde
Nach dem Zerreißen der Wildblumen, die die Schienen behindern
Um einen törichten Weg für diejenigen zu öffnen, die ein wenig sterben
Indem sie ihre Sehnsüchte nach Schönheit während der Sonnenuntergänge schlucken

Le destin (poème sur Louise Glück)

Il y avait du sang sur la voie ferrée
Mon ombre était demeurée là
Happée par les rayons du soleil
Dans l’interstice de la vie
Et quelqu’un m’a poussé du train,
Je suis tombée j’ai roulé sur l’herbe
Comme une botte de foin
Des vaches et des moutons
Regardaient défiler les jours
J’ai écrasé plusieurs iris, plusieurs roses
Qui poussaient là depuis longtemps
Quand mon corps meurtri s’est retrouvé
Le visage dans le ruisseau,
J’ai senti des bras qui me soulevaient,
Un voix amicale qui m’époussetait, me relevait
Et m’installait à une table où l’on coupait du pain
Nous étions treize alors, et je reconnus
L’un d’entre nous comme mon meurtrier
Il avait changé depuis le voyage en train,
Il portait une barbe et le sourire des vainqueurs
Son visage était comme une gifle sur la joue de la lumière
Mes amis se sont tournés vers moi lentement
Ils devinaient que j’avais envie de les quitter ;
Retourner près du ruisseau, arracher les herbes drues
Le visage rouge sous la chaleur, des fleurs entre les doigts,
Attendre que le soleil décline dans l’horizon rageur
Mais je suis restée assise, il fallait bien que quelqu’un
Décide pour toujours de notre destin
J’ai fait un signe de la main au treizième homme
Je lui ai assuré que je repartirai en train
Après avoir arraché les fleurs sauvages qui entravent les rails
Pour ouvrir une route insensée à ceux qui meurent un peu
En ravalant leur désirs de beauté lors des couchers de soleil

Avenida Revolución (Espagnol du Mexique)

Narcotrafic sous les étoiles,
Une vocho (Volkswagen Sedan) crachote de la cocaïne
La route est blanche la nuit s’engouffre sous mes paupières
La police mexicaine a saisi 205 millions de dollars
Je marche épuisé mon revolver comme un éperon
La griffe du temps se refermait sur mes épaules
Telle un aigle imbibé d’azur
Mija (ma fille) ne cherche pas à me retrouver

Je débouche une dernière chela (bière)
Au milieu du ruban de goudron qui file à Tijuana
Una chava (une jeune fille) se reflète dans l’obscurité bleutée
De l’alberca (la piscine) d’écume de nuages
Un mirrey (bourgeois) s’est arrêté à ma hauteur
Il a ouvert la vitre de sa décapotable rouge
¡es neta lo que dices! (« c’est vrai ce que tu dis ! »),
Je n’aurais pas dû le tuer !

Les murets blancs prennent la forme ombrageuse du meurtre
J’ai posé mes lunettes de soleil dans une flaque de sang
Un homicide ahorita (plus tard) sous la clarté de la lune
Estoy sin un quinto (je suis sans le sou)
Et este pinche carro no funciona (cette foutue voiture ne fonctionne pas)
Et con permiso (avec votre permission)
Je vais lancer mes remords en direction du ciel

J’ai dépassé en pleurant les maquiladoras (ateliers d’assemblage en sous-traitance pour les États-Unis)
Attends-moi sur la zócalo (la place centrale)
Je ne peux plus nier la beauté des prières de ma mère
Dar el avion (ignorer) la mort qui me tend des bras nus
Me siento crudo (j’ai la gueule de bois)
¡Abre la cajuela, por favor ! (Ouvre le coffre, s’il-te-plaît)
Le cadavre d’un bourgeois prend la pluie sous les étoiles
Sur le bas-côté de la route

La route est fardée de coke
Con permiso (avec votre permission)
Je vais cracher mon sang dans les rues de Juárez
Tenir le matin en joue, un duel au premier sang
L’Agua Caliente (casino de Juárez) ricane comme une vieille femme,
Et les nuages grondent et bouillonnent d’impatience
Au-delà de la vapeur sur le Rio Bravo, les Etats-Unis
Et cette prison dont les barreaux se découpent comme des palmiers dans la nuit
Je veux braver le sens de la vie, ce soir,
Sur l’Avenida Revolución (rue principale de Juárez)

La station-service

Il y a dix ans de cela,
Je me suis arrêtée dans une station-service
La nuit me comprimait la poitrine
Les étoiles se réverbéraient dans les flaques de gazole,
Les pins fouettaient le ciel de leurs branche touffues
Je suis restée la pompe à essence dans la main
Jusqu’à ce que le matin me surprenne à espérer
J’avais un billet de 10 en poche, une carte de crédit usée
Et des souvenirs par millions.
Je me suis acheté un paquet de cartes,
Quelques chewing-gums et un disque de toi
Et je suis restée dans ma voiture
A écouter ta voix
Les cartes, je les ai jetées dans le vent
Il me les a rapportées.
J’ai roulé le long du chemin de la corniche,
Un As plaqué contre ma roue gauche,
Les sillons de la route s’effaçaient
Au fur et à mesure que la lumière
Mettait un point d’honneur à ressusciter
J’ai voyagé dans toute la région
En écoutant chanter celui
Qui jadis joua une partie avec moi
Nous étions d’habiles joueurs alors et nous n’avions pas besoin
De parcourir des kilomètres
A la recherche de notre destin.
Mais ce matin me gifle
Comme un ennemi un peu sincère,
Et donne des ailes à ma Clio
Je me suis arrêtée devant la plage
Les vitres de l’auto étaient embuées
Je les ai essuyées de mes mains froides
Dans le ciel, des rayons rougeoyants
Me promettent des lendemains de fête
J’ai bu un peu d’eau, j’ai fermé les yeux
L’océan me parlait de toi

La fin de la littérature (Varsovie)


Warszava Centralna (Gare centrale de Varsovie) un couple discute,
Les heures tournent les panneaux lumineux annoncent ma destination
Ne me regarde pas, je pars pour le rivage le plus éloigné de la vie
Là où le vent n’a plus de prise sur le désir, là où la littérature

N’est plus qu’une ombre — à l’ouest de la guerre, la ville-phénix souffle sur ses cendres,
Je me perds dans un rai de lumière en pensant épouser l’Histoire,
Au nom de tous les miens, j’ai essoré le drap mouillé de l’espoir
Mietek Grajewski penché à une persienne noire regarde tomber la pluie

Il n’y a plus que des hommes et des femmes dans ces rues
Un pêcheur (Wars) vivait au bord de la Vistule l’homme est tombé
Amoureux d’une sirène (Sawa) la capitale a surgi comme un geyser
Des tréfonds de l’eau glacée

Warszava Centralna (Gare centrale de Varsovie) des gouttes de charbon
Pleuvent sur le quai blafard, je pars sans me retourner, le visage fermé
Les heures tournent, je pars pour le rivage le plus éloigné de l’été
Dieu a tiré avec son colt sur la littérature dans l’ancien ghetto

Une tour bleue empruntait aux nuages son voilage d’argent brodé
Le piano a joué longtemps, avant que les citadins ne reprennent leurs querelles
Quelqu’un a crié la mort de la littérature, j’étais loin alors au bord d’un océan
Il pleuvait de l’or sur l’écume et des feuilles de charme flottaient ;

Les palais de ma ville sont des larmes sur le manteau de goudron
Entendez-vous la longue agonie de Dieu je ne crois pas
Qu’il pourra survivre à la littérature, je ne crois pas
Que les ombres survivent longtemps à la lumière – Ne me regarde pas

Je me perds dans un rai de lumière

Le choix (Bhoutan)

Hé, maudite Shangrila ! Tu me renvoies dans l’obscurité avec le coeur foulé et des larmes pleins les yeux.

Les rhododendrons et les azalées fleurissent, leurs pétales volent des deux côtés du chemin.

Elle s’est retournée sans me voir. Sa longue robe rouge a volé au-dessus d’une flaque noire. Mon cœur s’est brisé comme un miroir. Je vois encore les éclats de verre dans chaque lac de ciel que je traverse.

J’ai laissé couler mes larmes dans l’évier de ma petite chambre louée à un propriétaire Hâ. Puis j’ai mis un coup de poing dans le volet en bois de la fenêtre. Mes successeurs dans cette chambre verront encore la trace de mon cœur brisé dans le pin. Je ne me suis pas levé pendant quatre jours. La femme de mon logeur m’apportait du pain et un peu de viande. Puis, alors que je commençais à avoir mal au dos à force de rester allongé, j’ai entendu du bruit au dehors. Des enfants jouaient au tir à l’arc et riaient. Je me suis levé. J’ai enfilé une tunique vert clair en lin et j’ai été regarder ce qui se passait au-dehors.

Il me semblait irréel que le monde continue à rire. Comment, alors que je souffrais la mort, des enfants pouvaient-ils s’amuser à tirer des flèches sur des oiseaux invisibles ? Au milieu de la rue j’ai fermé les yeux. Une voiture blanche a failli me renverser. Je me voyais en rêve traverser un verger de prunier. Bidhya était là elle me prenait la main et m’entraînait dans les montagnes noires, qui délimitent la frontière entre l’ouest et le centre du pays.

Soudain, j’ai entendu des groupes de promeneurs. Ils s’esclaffaient dans une langue qui m’était inconnue. Le dzonghkha est « la langue des forteresses », mais il existe 19 langues et de nombreux dialectes ici. La radio nationale émet en dzonghkha, anglais, tshangla et shâchobikha. Alors que je tendais l’oreille pour deviner la langue des passants, le ciel s’est mis à gouter. De l’eau brune a perlé sur mes joues, et la couleur de l’herbe a foncé.

Je me suis promené sous le ciel brillant, écartelé entre le désir de mourir et de vivre. Je n’avais pas mangé depuis la veille. J’ai fait tous les étals du marché en pensant au sourire de Bidhya. A la manière qu’elle avait de me montrer les enfants jouer dans les rues au milieu de cochons noirs et de poules. A son amour pour la danse et son talent pour le chant. Enfin, mon regard a été attiré par de fins bracelets en étain. La vieille femme qui les vendait m’a fait un clin d’œil. Elle a sorti un petit miroir des plis de sa longue jupe noire et rouge et me l’a tendu en riant :

— Vous faites peur à voir, étranger.

— Pourquoi dites-vous cela ?

— Votre visage a la pâleur d’une lampe effrayée par le jour.

Je me suis forcé à rire. Une crampe m’a fait me pencher en avant vers la vielle.

— Tu as une femme ?

— Non. J’étais venu épouser mon amie d’enfance dans cette ville, mais elle ne veut pas de moi.

— Elle est mariée ?

— Elle est étudiante. Je l’ai rencontrée à Luton en Angleterre.

— Raconte-moi.

— Plus tard, la vieille. J’ai des courses à faire.

J’achetai quelques bracelets pour ma logeuse. Je m’en retournai vers ma pension de famille. Le ciel se parait de couleurs changeantes, à l’instar de mes pensées. Celles-ci tournoyaient dans mon âme comme un aigle rendu fou par le vent. J’avais l’impression que mon corps lui aussi était broyée par le chagrin.

Je n’essayai pas de revoir Bidhya une dernière fois. Elle m’avait probablement déjà oublié. Il fallait bien que son visage sombre comme un navire dans l’océan glacé de mes souvenirs. Mais je ne pouvais me résoudre à rentrer dans mon pays. Je partis à l’aventure. Je ne doutais pas que partir seul m’exposerait à des mésaventures, mais la mort elle-même ne m’effrayait plus.

Au milieu d’un bois de conifères, il y avait un petit temple bouddhiste. J’y pénétrai sur la pointes des pieds. Les nuages avaient ralenti leur course. Ils pesaient sur le toit en bois de leur imposant ventre gonflé. L’air sentait la térébenthine et la citronnelle. Il n’y avait personne. Je m’assis sur un petit coin parsemé de sable. Je me mis à prier. J’avais beau être athée, la ferveur religieuse me rasséréna. Le pan du mur de droite était recouvert de broderies. Je vis Bidhya danser au milieu de son salon en rêve. Elle tournait de plus en plus vite sur elle-même. Les fils qui tissaient sa robe étaient de couleur vive. Il y avait un livre abandonné sur le sol près d’elle. Je rouvris les yeux, plus seul que jamais.

En sortant du temple, j’eus l’impression désagréable d’être suivi. Je dépassai une haute statue en argile mélangé d’arbre daphné. Je cueillis un pavot bleu et le respirai (il s’agit ici de la fleur nationale). La fleur du pavot est utilisée depuis des siècles pour la pharmacopée, comme la gentiane ou l’edelweiss. Le Bhoutan a d’ailleurs jadis été surnommé le pays des « vallées du sud aux plantes médicinales ».
Je continuai mon chemin en tendant la main vers les papillons. J’entendis quelques coups de feu tirés depuis l’orée du bois, mais je n’y fis pas attention. L’après-midi se dégradait. Le vent prenait possession de la forêt. Alentour, les fleurs blanches disputaient un territoire verdoyant avec la mousse et les racines des arbres centenaires. Alors que je marchais, je croisai la route d’un léopard porte-musc. Il remua la queue et gratta la terre. J’avais toujours la sensation d’être épié. Déjà, le léopard tournait la tête en direction des profondeurs de la forêt. Il s’enfuit comme poursuivi par le Diable.

La silhouette d’un moine drukpa se fondait dans l’obscurité balbutiante. Que suis-je venu faire ici ? Je revis l’œil droit de Bidhya s’écarquiller et briller dans l’obscurité de ma conscience. Son dos qui s’éloignait loin de ma vue, dans les rues sombres. Je m’adossai à un pin bleu en réfléchissant. Il me sembla que le soleil était une gigantesque flamme sur le point de me consumer. Dois-je quitter ce pays ? Que reste-t-il pour moi dans cette vie ?

— Avant de partir, réponds à ma question. Choisirais-tu l’amour, même malheureux, ou la liberté ?

Une voix se découpait dans l’obscurité.

— Qui a parlé ?

Le visage éclairé à la lanterne de la vieille femme du marché surgit devant moi comme un nuage sous la tempête. Elle me rendit mon regard avec bienveillance.

— N’abandonne pas.

— La femme que j’aime ne veut pas de moi.

— Les fleurs de notre pays sont magiques.

— Qu’est-ce que tu veux que cela me fasse ? Ce sont des histoires de bonnes femmes.

— Si tu cueilles les bonnes fleurs, que tu les trempes dans du thé bouillant, il se peut que ta belle change d’avis.

— Qu’est-ce que c’est que tu racontes ? Va-t’en !

L’apparition commença à me faire douter que je fus sain d’esprit. Elle leva les bras au ciel et la lumière du soleil vint la submerger. Je fis un pas en arrière, effrayé. Alors, la pluie tomba à nouveau, comme par revanche sur la lumière éclatante. Je fermai les yeux, curieux de savoir si je n’étais pas en train de faire un mauvais rêve. Mais la vieille était toujours plantée devant moi quand je les rouvrit.
— N’abandonne pas.

— Un philtre d’amour ? Tu connais cela ?

— Appelle cela philtre, magie ou sorcellerie. Suis-moi.
Elle m’emmena à travers la forêt. Nous croisâmes plusieurs groupes de moines drukpa, le clergé d’Etat. Ils ne nous retournèrent pas nos regards. Etions-nous dans la vallée de Paro ? Nous marchâmes longtemps, longeant des falaises qui prolongaient la mer d’arbres, enjambant des cours d’eau glacés. Plusieurs stupas (monuments funéraires) remplis de rouleaux de prière se dressaient sous le tambour du soleil.

Je nous revis, Bidhya et moi, à l’aéroport de Luton. Sa main tremblait en serrant la bretelle de son sac à dos. A l’époque, elle m’aimait. Cela était hypothétique, mais je m’en convaincus soudain. Le vent se mit alors à souffler plus doucement. Je versai une larme sur mon sort et me hâtai de rejoindre la sorcière. J’étais comme guidé par la main invisible de la vieille femme. Je passai devant les moulins à prières d’un temple et m’agenouillai.

Au sol, se trouvaient de nombreuses fleurs au cœur rougeoyant comme une cape de démon. Je les ramassai une à une. Mes doigts brûlaient. Les pétales étaient corrosifs et m’arrachaient de faibles gémissement. Je levai les yeux au ciel et aperçut le soleil décliner de son berceau de ciel. Une musique de flûte indienne nous parvint et fit trembler l’herbe sous nos genoux. La sorcière se leva, s’approchant de moi elle m’essuya le visage.

— Je t’invite chez moi.

Voilà comment je fus invité à préparer une potion dans l’antre de la magicienne la plus dangereuse du Bhoutan. Quand j’eus pénétré dans sa maison, elle ferma les rideau et éclata d’un rire tonitruant. Je me frottai les yeux et n’en crut pas ma vision : elle était devenue une toute jeune fille. Je m’apprêtai à lui demander la raison de ce changement d’apparence, quand elle m’intima d’un mouvement de la main de me taire. Nous étalâmes les pétales rouges sur une grande table en bois, et la sorcière prépara du thé noir. Lorsque le thé fut bouillant, nous y plongeâmes les pétales.

— Il faut les laisser macérer deux nuits. Tu peux dormir ici, en attendant.

Je fis l’amour à la sorcière chaque heure de chacune des deux nuits qui suivirent. J’avais l’impression de tenir dans mes bras une écharpe de soie. A la fin des deux nuits, je réalisai que je n’avais pas un instant pensé à Bidhya. Son souvenir commençait à se glacer en moi. Le philtre aurait-il un effet ? La magie ne marche plus en ce monde, et la magicienne n’est rien d’autre qu’une idéaliste doublée d’une rêveuse, me dis-je. Je contemplai son visage rajeuni par la magie et lui caressai les paupières. Puis je me décidai à rejoindre la ville une dernière fois.

Sur mon chemin, la clarté de la lune avait quelque chose d’agressif. Je parcourais chaque mètre la poitrine serrée en repensant aux deux nuits d’amour que j’avais passées en compagnie de la sorcière. Celle-ci ne chercha pas à me rattraper. J’étais de toute façon loin, lorsqu’elle dut se réveiller. J’avais emporté dans un petit récipient volé à la sorcière un peu du philtre d’amour que je comptais faire boire à Bidhya.

La soir même, j’atteignis la ville de… Bidhya fut surprise de me voir. La jeune femme semblait avoir oublié mon existence. Je m’assis près d’elle, les yeux rivés sur ses cheveux noirs et j’attendis l’heure du dîner. Alors, je versai un peu du philtre dans les épices qui recouvraient le plat de juma (saucisses en sauce) qu’elle s’apprêtait à manger. Elle goûta au plat en regardant l’horloge murale, muette devant ma logeuse.

Quelqu’un toqua à la porte.

Bidhya alla ouvrir, et un imposant buffle blanc entra dans la petite pièce. La logeuse croyant voir un démon, s’enfuit à toutes jambes. Je restai de marbre, je n’avais qu’une idée en tête, profiter de l’effet du philtre pour demander la main de Bidhya. Mais il semblait n’avoir pas plus d’effet que du vinaigre sur une mouche. Depuis que j’étais revenue, Bidhya demeurait mutique, peu intéressée par mes tentatives de ramener la conversation entre nous deux. Je regardai successivement les portraits de famille de ma logeuse accrochés au mur, puis je me levai pour caresser les cornes du buffle.

Ce dernier s’assit à la table du dîner que nous partagions, Bidhya la logeuse enfuie et moi. Ma compagne ne semblait pas le moins du monde effrayée.

— C’est un esprit de la forêt, dit-elle enfin, entrouvrant ses lèvres minces.

Je ne sus que lui répondre. Le buffle avait entrepris de dîner, et s’affairait avec deux baguettes pour attraper une boule de riz. Je repensai à la magicienne, et me demandait si elle était pour quelle chose dans cette mystérieuse apparition. Mais bientôt, le buffle eut terminé son repas. Il demanda d’une voix d’outre-tombe qu’on lui serve un peu de saucisses en sauce. Comprenant qu’il en allait de ma vie, je m’empressai de lui tendre le plat de juma. Il termina ce dernier en moins de deux minutes, suite à quoi il se fit indiquer la chambre à coucher et partit se reposer.

Nous restâmes Bidhya et moi, interdit devant la scène qui s’était produite devant nos yeux émerveillés. Je n’avais désormais plus de doute que la sorcière était dissimulée dans cet étrange buffle aux manières humaines. Au beau milieu de la nuit, alors que je fumais sur le toit en terrasse, la curiosité me poussa à descendre les escaliers qui menaient à l’étage inférieur de la maison. La logeuse n’avait toujours pas reparu. J’entrouvris les perles qui masquaient l’entrée de la chambre à coucher, et vit Bidhya sur le sol, prostrée à côté du Buffle.

Ce dernier finit par sentir ma présence. Il ouvrit les yeux.

— Tu veux savoir pourquoi je suis là ?

— Tu as assez dîné et dormi, le buffle, lui dis-je. Il est temps pour toi re refaire le chemin inverse et de t’en retourner d’où tu viens.

— Dîne-t-on jamais assez dans cette ville ?

Le buffle fut soudain pris de soubresauts et son poil frissonna. Quelques instants plus tard, je me rendis compte qu’il s’était transformé en la magicienne de la forêt.

— Que viens-tu faire ici ? Pourquoi Bidhya ne bouge-t-elle plus ?

— Tu m’as volé un récipient très précieux. Je voulais m’en servir pour inviter mes amies et préparer le thé dedans. Mais tu t’es servi chez moi comme un voleur. Comme le voleur que tu es !

Sa voix était douce, mais menaçante. Mes yeux allaient de son cou à celui, immobile, de ma chère et tendre. J’eus soudain peur d’avoir causé du tort à celle que j’aimais.

— Que veux-tu, sorcière ?

— Tu as le choix. Soit tu sacrifie ton amour pour elle, et tu peux rester dans cette pièce, soit tu choisis de rester sous l’effet de ce sentiment qui te préoccupe, et tu pars avec moi.

Je contemplai le petit miroir qui faisait office de pendentif sur le cou de Bidhya. Ainsi, j’avais le choix entre être débarrassé d’un sentiment pour une femme qui ne m’aimait pas, et retrouver ma liberté, ou rester fou d’amour pour Bidhya quitte à peut-être ne jamais revoir mon pays. J’étais alors un jeune homme idéaliste, et je ne pus me résoudre à détacher mon regard des joues de celle que j’aimais. Je murmurai :

— Sorcière, je ne veux pas oublier le sentiment qui m’habite. Ce serait mourir qu’oublier ce qui me fait respirer.

— Mais elle, ne t’aime pas.

La sorcière fronça les sourcils et se changea à nouveau en buffle. Je m’approchai de Bidhya et lui caressa la joue. Elle ouvrit les yeux et me vit monter sur le dos de l’animal de trait. Nous traversâmes le village. La sorcière avait pris soin de nous rendre invisible aux yeux des villageois.

Depuis ce jour, ma vie est paisible et répétitive. Je me lève aux aurores le matin pour contempler le soleil, après une nuit d’amour avec la magicienne. Je prépare le repas pour la journée, puis je prie longuement devant la rivière. La forêt fait entendre une cathédrale de sons agréables. Je prends mon bâton de marche et j’arpente le bois, en direction de la ville.

La magicienne a entouré le bois d’un cercle magique que je ne peux franchir. Je m’agenouille à l’orée de la forêt. Au loin, une forteresse se découpe dans la brume, et au-delà, je sais que Bidhya mène une vie heureuse, étudie, se rend au marché, vit, aime, prie, et ne pense pas à moi. Il y aura peut-être un jour où elle cherchera à me recontacter. Il m’est agréable de penser que mon amour pour elle emplit chaque seconde de ma vie. Que c’est dans un état passionnel que je vais couper l’herbe le soir sous la chaleur violette du soleil. Et que c’est éperdu de cette ivresse que les hommes recherchent toute leur vie durant que je respire, seconde après seconde, aux côtés de la sorcière.

Un jour peut-être recouvrerai-je la liberté. Alors, je marcherai en direction de la ville. J’aurai vieilli, Bidhya sera mariée sans doute, elle m’aura oublié.

Je toquerai à la porte de sa maison. Elle m’ouvrira, mais ne me reconnaîtra pas. Je lui tendrai une dague en or, que j’ai ciselée heure après heure sur les bords de la rivière en pensant à son visage, pendant des années.

Ou bien, je déposerai la dague sur le pas de sa porte, espérant que ce soit elle et non l’un de ses enfants qui la trouve. Un jour, quand j’aurai disparu de cette terre comme un souffle chaud, ses descendants caresseront la lame de la dague, s’ils ne l’ont pas vendue.

Une démone tentera peut-être de leur faire oublier ce qu’il y a de plus magique en eux, alors ils auront une arme pour se défendre contre l’ordinaire et l’oubli.

Ghazal azéri

La capitale d’Azerbaïdjian ressemble à un amphithéâtre
Dans lequel je joue le rôle de ma vie
Assoupie dans un hôtel parisien, je vois
Les navires partir du plus grand port de la mer Caspienne
Ils emportent l’« Azar « le feu sacré »,
Le rouge de la modernité et de la démocratie.

J’ai foulé les plaines vertes de l’Islam,
Les tapis ornés de motifs floraux
Prenaient vie — les liserés de roses
S’élevaient jusqu’au firmament de la nuit
Un ghazal m’est parvenu depuis une forêt ombragée
J’ai cherché dans le ciel brillant
La trace des sourires que j’avais offerts à ton souvenir

Dans mes songes, les hommes font s’enflammer une dune
A « Yanardagh » (la montagne de feu)
Et dans les eaux azerbaïdjanaises, le pétrole me brûle les yeux.
Je porte l’arthalik en ce jour de Novrouz,
Une chemise aux boutons croisés en soie rouge.
Je me prélasse sur la plage d’Abchéron
Un pêcheur aux yeux violets a sorti de l’eau fraîche
Trois voblas qu’il vendra aux Russes cette nuit
Le Guilavar (vent du Sud) ramène des gouttes de regrets sur mes lèvres.

L’arbre de fer pousse sur les montagnes de Talych.
Dans la région de Lenkaran, j’ai perdu un peu de mon souffle
A Neft dachlari, une ville construite au milieu de la mer,
A quelques mètres de cette plage éclairée par les neiges éternelles
D’une montagne gravie par les héros de ce pays,
Les vieilles femmes espionnent les voyageurs par les chebeke,
Ces grilles traditionnelles aux fenêtres,
Qui permettent d’épier discrètement la vie des autres

La capitale d’Azerbaïdjian ressemble à un amphithéâtre
Dans lequel je joue le rôle de ma vie
Icazə verin, sizi valsa dəvət edim
(Je viens vous prier de m’accorder une valse)

Assoupie dans un hôtel parisien, je vois
Les navires partir du plus grand port de la mer Caspienne
Ils emportent l’« Azar » le feu sacré »,
Le goût de réglisse de la liberté, le parfum poussiéreux de l’amour

Et des files d’hommes et de femmes se baignent et me regardent
J’ouvre les yeux sur les lumières de la nuit parisienne
Loin des montagnes de l’Azerbaïdjan, ma vie s’étiole
Elle est ce fil passé au rouet, qui finit par se briser
A force d’être remis sur l’ouvrage, alors mon courage
Renaît lorsqu’en fermant les yeux je parcours les terres azéries
A la recherche des roses les plus parfumées, à la recherche
Du ghazal qui brisera mon cœur

Incendie au Berghain

Berlin est connue pour ses clubs. Je me regarde dans la vitre d’une voiture. Pas mal. Je respire l’odeur qui émane de ma chemise. Pas trop gênant. Puis je me peigne avec la pluie et mes doigts trempés. Je suffoque dans cette ville. Je veux allumer la nuit, danser jusqu’au jour, je veux qu’on me laisse faire l’amour à ma capitale sous les projecteurs les plus intenses.

Je suis devant la gare Ostbahnhof. Les anges passent comme des jeunes filles, je ne sais plus où je suis, en enfer ou au paradis. Le ciel a sombré dans un mélange de couleurs mortuaires. Les étoiles se réverbèrent dans les caniveaux. Plusieurs clochards rangent leurs seringues. Je fais quelques pas de gigue en priant en mon for intérieur le Dieu des SDF pour qu’il me laisse entrer au Berghain. Le club sélect de Berlin est situé près de la gare. Je me penche vers un rétroviseur de voiture pour regarder successivement mes dents, puis mon visage blafard. Je suis joli garçon pour un va-nu-pieds.

La centrale électrique qui abrite le club est illuminée par des pancartes lumineuses. Quelques guirlandes multicolores pendent sur les murs comme des présages de fêtes endiablées. Un vigile qui ressemble à mon oncle Dadaf me reluque. Je hausse les épaules et me cale dans la file d’attente, derrière un couple qui se touche gaiement. La nuit s’est éclipsée sur la pointe des pieds. L’atmosphère est ouatée et fière. Les filles sont juchées sur des talons elles font toutes au moins 1m82. Je sifflote en regardant le trottoir dépressif devant le club. On entend les éclats de techno minimale depuis le bâtiment qui tremble.

Je rentre comme une carte de crédit gold dans le Berghain. Personne ne suspecte que je suis un pauvre gars qui a économisé plusieurs jours pour se payer l’entrée. Je me fonds dans la foule qui danse. Par-là, encore par-là. 1500 personnes se déhanchent sur la techno. Je monte les quatre étages du club jusqu’au Panorama Bar. Je crois plusieurs filles qui haussent les sourcils d’un air séduisant en me toisant. Je leur touche le bras, mais elles s’évaporent dans la foule comme de la sueur sur la piste de danse.

Je suis en transe. Je danse comme s’il s’agissait de mon dernier soir sur terre. Mon corps fusionne avec le rythme de la musique. Mon front dégouline de chaleur, mes yeux sont vitreux, happés par le sol sur lequel roulent des verres à pied. Je me heurte à plusieurs personnes. Je décide de faire une pause aux alentours des trois heures du matin.

Assis sur un sofa en velours, j’entame la discussion avec une fille. Elle me parle de son amour pour la guitare, mais je ne l’entends pas, je n’écoute que la musique de ses yeux, qui fait danser ma poitrine. Je lui caresse la main, elle ne la retire pas. Nous nous regardons, hantés par la musique autour de nous, puis nous nous embrassons. Elle finit par me laisser là, au son de la techno, heureux et fier comme un paon, à rêver de soirées qui ne finiront jamais. Mais un peu plus tard, je la vois revenir accompagnée d’un jeune gars qu’elle tient par l’épaule.

Je sors une cigarette de ma poche, on a pas le droit probablement, mais qu’importe. Je jette le mégot encore brûlant dans un coin de la pièce. Soudain, c’est l’embrasement. Je vois les rideaux d’un coin de l’étage prendre feu. Je suis paralysé. Je ne veux pas qu’on m’interroge. Je me revois dans le commissariat de Kreuzberg à répondre aux questions insistantes des policiers. Avez-vous vos papiers ? Alors, je reste immobile comme une lune de sang. Les jeunes gens continuent leur manège, à tourner les uns autour des autres comme des toupies affolées par l’amour et la vie.

Et puis, le feu progresse. Il consume le bas d’un rideau, puis le bois du plancher tout autour de nous. Une jeune fille qui ne doit pas être mineure, marche sur une flammèche. Elle se retourne vers moi. J’ai l’air coupable d’un vaurien qui vient de commettre son premier crime. Je lui chuchote de ne rien dire, mais elle se penche vers son petit ami. Lui avise les flammes. Le couple essaie d’éteindre les flammèches en jetant leurs verres de champagne dessus, mais cela ne fait qu’aviver le feu.

J’hésite à débarrasser le plancher, à me disperser à nouveau dans la nuit anonyme. Mais je reste là à suffoquer comme une locomotive au fur et à mesure que les flammes grandissent. Le paradis est en train de devenir un enfer, et personne ne fait rien. Pas même les vigiles qui ont été prévenus de l’incendie. Je demeure là, planté comme un poteau télégraphique, à me consumer. La chaleur augmente peu à peu. Mes mouvements ralentissent. Je n’arrive plus à détacher mon regard des oscillations du feu et du bleu nuit qui couronne les flammes.

Les jeunes ont été évacués du Berghain. La techno vient de s’arrêter et a été remplacée par le craquètement du bois. Un pan de mur vient de se détacher, entièrement consumé. Quant le feu a atteint le bar du deuxième étage, les flammes ont recouvert toutes les bouteilles et se sont subitement développée en un gigantesque incendie. Je pense qu’on peut voir la fumée de tout Berlin. Les promeneurs, les touristes, doivent avoir arrêté leurs vélos dans la brume de la capitale, pour observer la tragédie. J’imagine leurs regards inquiets, leurs mains en visière sur leurs front.

Quant à moi, perdu dans la contemplation de la flamboyance devant mes pupilles désertées par l’avenir, je demeure là à attendre qu’on vienne me chercher. Soudain, une fenêtre s’ouvre et à travers les flammes, je vois la silhouette ombreuse d’un pompier fendre la fumée jusqu’à moi. On m’agrippe, on me hisse sur des épaules musclées, on me sort du capharnaüm. Je suis transporté jusqu’aux trottoirs humides devant le Berghain. Quelqu’un me parle. J’étouffe, je tousse, je ne suis pas mort. Qu’on vienne me dire que c’est moi qui ai mis le feu au club sélect de Berlin. Qu’on vienne me dire qu’en plus d’être pauvre, je suis un criminel puisque j’ai tué la nuit agitée de la capitale, puisque j’ai fait s’enflammer les pistes de danse. J’entends encore la techno résonner à travers les flammes.

Les stroboscopes de Sofala (Cisena de Mozambique)

J’ai mis un doigt sur tes lèvres, tu m’as chuchoté en shimakonde
Quelque chose que je savais depuis toujours
Dans la province de Sofala, les strobocopes tournoient au-dessus des mines de bauxite.
Et les nuages les imitent.
Juwa ukibulika (le soleil se lève)
La lune pourpre gémit
Le soir espionne le matin aux bras graciles,
Les nuages fuient la terre damnée en s’évadant près du soleil
Le fleuve Zambèze s’est soulevé de son lit. Il nous a fait un pont d’or
J’ai récité un pemphero ya mbuya (Pater noster)
La toile du ciel s’était déchirée sous la chaleur
Elle nous arrachait des murmures de douleur,
Partons au Sud ! Allons rattraper le Temps !
Partons au Sud ! Arracher un peu de son manteau au destin !
Ecrire notre légende dans les plis du vent,
La murmurer aux fleurs du voyage –
L’étoile du matin pâlit, le ciel s’est affaissé sur notre passage
J’ai tué un grillon, une guerre a éclaté ce soir,
Le lac Malawi s’enflamme comme un geyser de lumière !

La forêt de quartz (Français utilisé sous l’Occupation 1940)

J’ai vu une forteresse (bombardier étasunien) dans le ciel d’argent
Notre marchandise (groupe de clandestins) dévalait la sente depuis la forêt
Mon azor (revolver) serré contre ma chemise trempée de sueur, j’ai longé la rivière du danger
Les arbres m’indiquaient le chemin de la liberté.

Le soleil dégoulinait de nuit. Quelqu’un a organisé un bal (tabassage)
Les adolescents ont des yeux au beurre noir et la haine s’écoute dans leurs silences
Demain sera fait de lueurs pourpres, je t’emmènerai au Sud de la Guerre
Nous partirons chevauchant nos espoirs comme des coursiers ivres

Je suis devenu un clandestin (résistant passant à la clandestinité)
Je t’emmène avec moi dans cette tempête de liberté historique
Je t’emmène sur le sentier des rêves inexprimables
Et si la terre tremble sous nos pas, c’est que la nuit agonise

Mes évangiles (faux-papiers) me protègent
Laisse-moi faire osciller le quartz de cette radio pour raccrocher (prendre contact avec un réseau)
Le pianiste (opérateur radio) planqué dans l’herbe fait entendre la douce musique de la liberté
Il m’a dit que les étoiles n’ont aucun soupçon

Et si je mets ma montre à l’heure (dégainer son cran d’arrêt)
C’est que les ombres nous encerclent
Prend ma main sous cette pluie mortuaire
Le matin ne nous attendra pas

Il pleut des météores (torpilles) dans le ciel d’août
Je t’ai prise par la taille et nous avons traversé une forêt d’ombres
Poursuivis par les ongles crochus du danger, nous avons lutté pour retenir notre souffle,
Le lendemain nous attendait assoupi dans une flaque de soleil.